











Crise ? Quelle crise ? Pour l'observateur français installé en Inde, il y a quelque chose de fascinant à voir la capacité de réaction d'un secteur comme celui de la high-tech indienne à une situation qui, dans un pays comme la France, ferait hurler au désastre… A priori, et sans verser dans le pessimisme absolu, il y a pourtant de quoi s'inquiéter… L'état de décomposition avancée qui frappe les grandes banques américaines et européennes touche de plein fouet leurs fournisseurs de services indiens (TCS, Satyam et autres Wipro). Deux chiffres parlent d'eux-mêmes : 30 à 40 % du chiffre d'affaires obtenus par les sociétés d'informatique (développement de programmes…) et les prestataires de BPO sont réalisés pour le secteur financier. Et environ 65 % de ce total provient des Etats-Unis.
Dès lors, la crise financière implique inévitablement des baisses de chiffres d'affaires, des pressions sur les marges et un net ralentissement dans la conclusion de nouveaux contrats. D'ores et déjà, certains grands noms du secteur ont gelé leurs embauches. Nasscom, l'organisation professionnelle du secteur, a revu à la baisse ses prévisions pour l'année fiscale s'achevant fin mars 2009 : elle table désormais sur une croissance de 22 %, au lieu des 28 % envisagés et, sans doute, réduira encore ces chiffres le mois prochain. Jusque-là, pas de problème, tout le monde est d'accord : ce sera dur. Là où les choses deviennent intéressantes, c'est quand il s'agit de regarder les réactions de la profession. De la déprime ? De la panique ? Un peu d'abattement, au moins ? Pas du tout. Pour les professionnels de l'informatique indiens, la crise n'existe pas, il n'y a que des opportunités…
Les patrons du secteur se réjouissent d'ailleurs ouvertement d'une première chose. Les salariés ne sont plus tentés de partir chez le concurrent. Résultat : les salaires ne s'envolent plus, augmentations et primes peuvent être supprimées. Ça ne fait peut-être pas rire les salariés qui s'étaient habitués à des hausses de salaires de 25 % par an, mais les employeurs sont ravis. Deuxième facteur d'optimisme : les sociétés high-tech indiennes sont persuadées que la crise n'aura qu'un temps. Très vite, les grandes entreprises occidentales, tout occupées à réduire leurs coûts, reviendront de plus belle vers la sous-traitance. Et puis, il y a les opportunités créées par ce nouveau contexte. Celle de diversifier ses clients, par exemple. Puisque la finance est en crise, les SSII devraient se tourner vers des secteurs comme la santé ou les médias, estime le président de Nasscom. La diversification sera aussi géographique : les SSII vont chercher à se renforcer en Europe notamment, comme on le voit avec l'offre déposée par HCL sur le Britannique Axon. Mais le reste du monde les intéresse aussi : Nasscom vient de consacrer une conférence à l'intérêt d'attaquer le marché japonais. “ Les entreprises de technologies de l'information vont devoir adopter des stratégies d'acquisitions, note Hari Rajagopalachari, Executive Director chez PricewaterhouseCoopers à Bangalore, même si ce ne sera pas facile : la plupart ont grandi purement par croissance organique, elles seront obligées de montrer qu'elles sont capables d'intégrer d'autres entreprises. ” Sur ce point, elles ont en tout cas une raison objective d'être optimistes : leurs montagnes de cash, qui leur permettent d'acheter ce qu'elles veulent sans courir après des crédits devenus introuvables…
L'autre opportunité concerne la montée en gamme dans la chaîne de valeur. “ Les SSII qui font du simple développement essaieront de récupérer le cahier des charges. Et quand elles l'auront, elles tâcheront de mettre la main sur le conseil en amont, ce qu'il y a de plus rémunérateur ”, prédit un expert du secteur. Il y a dans tout cela, bien sûr, un peu de la Méthode Coué et beaucoup de communication. Mais cet optimisme en béton armé reflète aussi le volontarisme qui fait génétiquement partie des entreprises high-tech indiennes et les a aidés à assurer la croissance échevelée de ces dernières années. Ça leur a plutôt réussi, jusqu'ici…
