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Il n'est sans doute pas encore temps de jeter ses baies de stockage traditionnelles à la poubelle, mais les architectures de stockage en grilles et en grappes (clusters) suscitent un intérêt croissant. Ces douze derniers mois témoignent de l'intensité de ce mouvement. Dans le monde du mode bloc : rachat d'Equallogic par Dell, de XIV par IBM, et de Lefthand Networks par HP. Dans l'univers du mode fichier : développement de Hulk/Maui par EMC ; promesse, par Netapp, de livrer l'an prochain une version d'Ontap, le système d'exploitation maison, qui réalise la fusion des branches traditionnelles et en cluster de ses systèmes ; mise sur le marché de Centricstor FS par Fujitsu-Siemens. Sans oublier la prise de poids progressive d'acteurs comme Panasas, 3Par, Isilon ou Permabit. Tous délaissent le modèle traditionnel des systèmes de stockage, animés par des contrôleurs spécialisés pilotant un nombre prédéfini de disques. Et proposent de fournir les mêmes services en associant, sur un réseau dédié (Ethernet, FibreChannel, Infiniband, etc.), des briques de base de type serveur x86, à l'aide d'un logiciel qui les constitue en ressource unique, en mode bloc, fichier, ou les deux.
Les avantages de ce type d'architecture ne manquent pas. Pour commencer, le matériel de base produit en grande série s'avère meilleur marché que des équipements spécialisés. Des fournisseurs comme Lefthand Networks poussent la logique plus loin : la solution se présente sous la forme d'un logiciel à installer sur des serveurs du marché. Ensuite, dans ces architectures, chaque nœud additionnel apporte à la fois une augmentation des performances (nombre d'entrées-sorties délivrées, cache…) et de l'espace de stockage supplémentaire. En comparaison, les capacités d'une baie traditionnelle restent limitées à celles de ses contrôleurs, si puissants soient-ils. Enfin, le coût d'acquisition du gigaoctet de stockage s'avère plus linéaire sur ce type d'architecture qu'avec une baie traditionnelle, où les premiers teraoctets sont grevés par le prix des contrôleurs.
Deux questions clés se posent donc : les architectures distribuées vont-elles tuer les baies traditionnelles ? Quelle place leur donner dès aujourd'hui dans l'infrastructure ? Les avis divergent selon les constructeurs, plus sur la maturité des solutions que sur leur valeur à terme. Apparues pour répondre aux besoins des clusters de calcul, les architectures de stockage distribuées se sont industrialisées progressivement, soit pour concevoir des réseaux SAN IP dans les PME, soit pour satisfaire les besoins des entreprises du web 2.0, confrontées à une perpétuelle explosion de leurs besoins de stockage de données non structurées, soit pour réaliser des systèmes d'archivage. Il n'y aurait donc pas, a priori, concurrence avec les baies traditionnelles. Jay Kidd, directeur marketing de Netapp, considère pourtant que “ le modèle distribué constitue le futur des architectures de stockage, car il augmente capacités et performances de façon indépendante. Cette architecture dominera à long terme. ” Chez IBM, Eric Chiquet, responsable de l'offre disques, présente le problème autrement : “ A terme, la concurrence existera entre nos baies modulaires et nos systèmes XIV, mais ils ne visent pas le même marché ”. Cependant, lui aussi considère que l'avenir sera à ce genre d'architectures, car elles contribuent à s'affranchir de la distinction entre stockage primaire et secondaire, en offrant, au prix du secondaire, les performances du primaire. Alain Guillais, consultant et architecte spécialiste du stockage chez NewArch (groupe Solucom), reste plus circonspect : “ Avec les systèmes distribués, apparaissent peu à peu des approches services : l'utilisateur définit son besoin par classes de stockage, lesquelles sont assurées par distribution des données sur l'équipement, selon des géométries adéquates. Des constructeurs tentent de se détacher du contrôleur traditionnel, mais il s'agit de challengers ”.
En 2004, HP prévoyait une évolution massive du stockage vers les architectures grilles. Qu'en est-il aujourd'hui ?
“ Nous sommes un peu revenus sur notre position d'alors. En fait, il existe deux mondes. Le premier a besoin de performances et de garanties sur la protection des données. La baie monolithique constitue la solution idéale. Dans le second, la donnée non structurée progresse à une vitesse phénoménale, mais les exigences de performances et de protection y sont moindres. ”
Qu'est-ce qui caractérise l'architecture distribuée ?
“ La demande est formulée différemment. L'utilisateur ne pense plus entrées-sorties par seconde ou très haute disponibilité, mais raisonne en termes de coût du système au petaoctet ou de nombre d'administrateurs par petaoctet. Dans ce monde-là, il fait sens de disposer de solutions en grille n'imposant pas d'utiliser, comme sur les baies traditionnelles, un bus interne très sophistiqué. ”
















