











Avec l'open source, l'informatique connaît une révolution profonde de ses méthodes de production. Ce secteur est même en train de passer au Virtual Shore (mode de développement applicatif – NDLR). Car avant tout, ce qu'il faut retenir de l'open source, c'est son principe : celui de la création communautaire, de la fédération des compétences pour bâtir une solution. Cette idée a véritablement pris son essor grâce à internet, qui a favorisé la formation de communautés d'intérêt à l'échelle de la planète et a facilité le travail collectif.
Dans le cas du Virtual Shore, la communauté, organisée en réseau, se penche sur une problématique logicielle, souvent très spécifique. Elle élabore ainsi une solution qui devient alors son patrimoine collectif. Celui-ci est ensuite sans cesse amélioré, enrichi et maintenu. Il tend donc vers une très grande qualité, souvent supérieure à bien d'autres. D'autant qu'avec la transparence qu'implique l'exposition sur le réseau, les moins bonnes idées, les contributeurs les moins intéressants, sont très rapidement écartés par une sorte de “ darwinisme logiciel ”.
Il ne s'agit plus, comme dans l'approche traditionnelle, d'additionner les talents, mais de les conjuguer. En effet, l'informatique est depuis toujours dans une logique très tayloriste : découper les projets en morceaux, les confier chacun à une personne différente et assembler le tout à la fin. L'offshoring n'est d'ailleurs qu'une extension planétaire de ce principe : on confie certaines parties à développer là où cela coûtera le moins cher, ou tout simplement, là où l'on dispose des ressources suffisantes. Ensuite, la difficulté sera de s'assurer que chaque morceau correspondra bien à ce qui est attendu en termes de fonctionnalités, de qualité, de délais et de capacité à s'intégrer aux autres. Cette vision s'oppose complètement à la production communautaire, où le découpage peut se faire très différemment et où l'effet réseau a un impact très positif sur la qualité et la productivité.
Après l'offshore, on passe au Virtual Shore : tous les intervenants se retrouvent au sein d'un espace collaboratif et les tâches sont affectées aux personnes compétentes et disponibles. Cela nécessite de disposer d'un outil adéquat – une forge logicielle – qui rassemble de façon intégrée et cohérente toutes les étapes nécessaires au développement logiciel en réseau. Et le Virtual Shore demande également une gouvernance très novatrice : les responsables du projet doivent commencer par apporter des idées pertinentes, puis faire en sorte qu'une première réalisation soit rapidement disponible et enfin savoir animer la communauté pour obtenir un enrichissement collaboratif de la solution.
Comme dans le textile, la presse ou le transport, l'évolution des modes de production et de distribution va bouleverser l'offre. Pour le client final, l'open source va ainsi se traduire par le développement de nouveaux segments à côté de la proposition traditionnelle des grands éditeurs et prestataires. D'une part, celui d'une informatique low cost, qui apportera des fonctionnalités simples, d'excellente qualité pour un coût modique, les éditeurs sur ce créneau utilisant leur connaissance métier pour assembler les meilleurs composants open source. Et d'autre part, celui d'une informatique spécialisée, haut de gamme, réactive et de proximité, à faibles volumes mais fortes marges, qui utilisera les briques et les méthodes open source pour pouvoir se concentrer sur les problématiques qui réclament une grande expertise technique et métier.
