











Pour la quatrième année consécutive, Syntec informatique annonce une prévision de croissance pour 2008 – de l'ordre de 6 % – pour le marché des services et logiciels en France. Pour 2009, l'incertitude prévaut.
Prudence. Pour la première fois de son histoire, Syntec informatique ne se risque pas à des perspectives pour l'ensemble de l'année à venir. On doit se contenter d'une prévision de croissance pour le premier semestre, comprise entre 2 à 4 %. Quid du second ? Entre des “ arbitrages à court terme qui ralentiraient le rythme ” et un “ rebond très tonique ”, la chambre syndicale des SSII et des éditeurs hésite. Chat échaudé… En 2002, elle s'était fourvoyée en annonçant au départ une croissance de 8 %, alors que le marché terminait finalement l'année sur une… contraction de 3 %. Les analystes sont moins frileux. Richard Nguyen, analyste senior à la Société Générale Cross Asset Research, table sur une stagnation ou, au mieux, une faible croissance en 2009. Dans son scénario pessimiste – soit une dépense informatique en baisse de 7 % en Europe – le marché du service pourrait même entrer en récession. De part sa soudaineté, cette crise ne ressemble pas aux précédentes. 2002 faisait suite à cinq années de croissance à deux chiffres et à un surinvestissement historique (An 2000, euro, Web, PGI, téléphonie mobile) sur fond de bulle spéculative.
Une réplique du scénario de 2001-2003 est donc à écarter, mais l'ampleur de la dépression dépendra des coupes budgétaires opérées par les grands comptes. Et donc de l'évolution de l'environnement économique. Pour l'instant, les acteurs gardent un œil attentif sur les prestations de régie et de conseil, véritables baromètres des retournements de marché. Selon Pierre Audoin Consultants (PAC), le marché de la régie s'est bien tenu jusqu'au mois de septembre malgré le ralentissement déjà confirmé de l'économie. Certains dirigeants de SSII font un constat plus mitigé. “ Depuis le début de l'année, on constate des retours importants de contrats de régie. Nous sommes sur un rythme de hausse générale de 3 à 4 % contre les 7 à 8 % que nous aurions pu réaliser ”, avance Guy Mamou-Mani, DG de Groupe Open et président du conseil de surveillance de Teamlog. La SSII a compensé cette baisse par une recrudescence des contrats de services et de prestations à engagement de résultats. Pour 2009, néanmoins, toutes les analyses convergent. Ce marché sera en décroissance, de – 1,5 % selon PAC.
A l'autre bout du spectre, les prestations d'infogérance et de TMA (tierce maintenance applicative) devraient faire bonne figure, voire conserver le même rythme de croissance qu'en 2008, soit 7 à 8 %. “ Elles vont mieux résister, voire bénéficier de l'environnement économique. L'outsourcing en période de crise est plus résilient ”, rappelle Frédéric Giron directeur des études chez PAC. Les entreprises confient généralement leurs applications et leur infrastructure à un prestataire pour diminuer les coûts. Petit bémol : la pression sur les prix, déjà forte dans ce secteur, devrait s'intensifier. D'où une accélération de ce que le cabinet appelle les pratiques “ lower cost ” : l'utilisation accrue de prestations dans les pays à bas coûts, l'industrialisation des prestations pour gagner des points de productivité.
Toutes ces données sont susceptibles d'être revues à la baisse par PAC en cas de dégradation de l'environnement économique. En outre, cette analyse générale est à affiner selon les domaines d'activité. “ Trois secteurs enregistreront des ralentissements plus importants : la banque, l'industrie et le commerce distribution ”, relève Frédéric Giron. A l'inverse, le marché des “ utilities ” (distribution d'eau, électricité, etc.) et le secteur public continuent leur marche en avant.
Décisions différées, recadrage à la baisse du périmètre des projets, renégociation en milieu de contrat… Les conséquences immédiates de la crise se font déjà sentir chez les prestataires. Les efforts tarifaires demandés se limitent pour l'heure à quelques pourcents. Ils restent néanmoins difficiles à accepter pour les SSII qui n'ont pu véritablement desserrer l'étau imposé par les grands comptes ces dernières années. “ Les demandes restent raisonnables mais elles interviennent après une période où les prix ont baissé et se sont stabilisés à un niveau très bas. Simultanément, nous avons augmenté nos collaborateurs, certes modérément, mais l'effet ciseau est là ” poursuit Guy Mamou-Mani. La baisse des tarifs devrait être accentuée par le phénomène offshore, les SSII indiennes cherchant en Europe un relais de croissance pour compenser leur déclin américain. Pour gagner les contrats, elles vont chercher à mettre davantage la pression sur les prix. La renégociation des tarifs s'accompagne également d'une intensification du référencement des prestataires. Selon certaines SSII, France Télécom a récemment arrêté son dernier référencement à environ 40 prestataires contre 70 environ il y a trois ans.
Au final, les prestataires qui ont le privilège de rester dans les petits papiers des directions achats se voient accorder un plus grand volume de prestations en compensation des efforts tarifaires consentis. Résultat : les grandes SSII généralistes capables de s'engager sur de gros volumes de prestations devraient limiter les dégâts. Mais la petite ou moyenne SSII sans spécialité technologique la rendant indispensable aux yeux des donneurs d'ordres risque de souffrir. D'autant que, baisse de la demande oblige, les grands prestataires commencent à réduire leur taux de sous-traitance. “ La baisse de volume va avoir un impact sur les prestataires de rang 2 ou 3. La crise sera dévastatrice pour les petites SSII généralistes qui n'ont pas d'offre différenciatrice ”, confirme Richard Nguyen.
De fait, on devrait assister, selon certains observateurs, à une nouvelle phase de consolidation. Le marché français, qui se caractérise par son extrême fragmentation, est sur le papier un terrain favorable. Mais pas forcément dans l'immédiat. “ On l'a vu lors des cycles précédents, les fusions-acquisitions interviennent environ un an après le retournement de conjoncture quand les sociétés voient que la croissance n'est vraiment plus là ”, analyse Richard Nguyen. Les SSII indiennes, données depuis deux ans consolidateurs potentiels, pourraient enfin sortir du bois. Une opération spectaculaire est toutefois peu probable. “ Je pense qu'elles vont poursuivre leur stratégie d'acquisition de petites sociétés de niche à l'expertise pointue ”, estime Pascal Matzke, analyste chez Forrester
Anticipant le nouvel environnement, les grandes SSII ont déjà bâti un plan pour préserver leur rentabilité. Atos Origin annonçait ainsi, lors de ses derniers résultats, la réduction de la sous-traitance, des voyages et des formations, une accélération de l'offshore et une plus grande sélectivité des recrutements. De fait, l'emploi sera affecté. Rendus frileux, les employés ne bougent plus. Dès lors, le turnover chute tandis que la masse salariale augmente sous la poussée des embauches réalisées au premier semestre. “ Si, d'ici à quelques mois, la situation ne se rétablit pas, on licenciera ici pour embaucher dans les pays à bas coût ” avance Richard Nguyen. Sans attendre ce tournant, Capgemini a déjà stabilisé ses effectifs “ onshore ” et vise 28 % de son personnel en offshore fin 2008 et 40 % en 2010.
Opportunistes, les acheteurs profitent de la crise pour faire pression sur les prix et recourir davantage à l'infogérance, offrant une meilleure maîtrise des coûts. Voire à une externalisation plus poussée avec l'offshore.
A contre-cycle, l'infogérance devrait rester sur une très bonne dynamique en 2009. A l'opposé, la maintenance connaîtra une récession en raison de la chute des dépenses de matériels.
Le secteur subit grosso modo une crise tous les dix ans. L'effet de cycle pourrait se précipiter. Après un palier de quatre ans à + 6/7 %, le marché connaîtra une inflexion au 1er semestre 2009.
Le rythme des fusions-acquisitions suit le même cycle que la croissance du secteur, même si – en volume – les grandes opérations (SchlumbergerSema/Atos Origin en 2003, Unilog/LogicaCMG en 2005) faussent la donne.
C'est la chute des dépenses IT aux Etats-Unis au 3e trimestre 2008. Le troisième trimestre de baisse d'affilée. “ Un tel retournement n'était intervenu qu'une seule fois depuis dix ans, en 2001, et cela avait duré sept trimestres ! ”, se souvient Richard Nguyen.
C'est à ce jour la croissance de la dépense informatique envisagée par le cabinet Pierre Audoin Consultants sur le marché français en 2009. Sachant qu'elle s'établit à 3 % en 2008 et 3,1 % en 2007. Cette dépense prend en compte les frais internes et les achats externes en matériel, logiciels et services informatiques.
La hausse espérée en 2009 du marché des logiciel et services (contre 6 % en 2008) par Pierre Audoin Consultants. Ce scénario pourrait être modifié en cas de dégradation de l'environnement économique.
C'est le poids de l'offshore en France à fin 2009 sur la base d'une croissance annuelle de 30 à 50 % par an. Soit 4 à 5 % des services en France. L'Inde capte 40 % environ des prestations. (source : Syntec Informatique).
Jean-François Gautier (Aedian) : “ 2009, une année “ sans ” ou un rebond fin mars ”
“ Sur le terrain, on observe une gestion attentive des acteurs, un atterrissage budgétaire sous contrôle. Les projets stratégiques sont maintenus. Rien à voir avec la débandade de 2002 où l'on coupait tout. Dans le domaine bancaire, on assiste aussi à une réallocation des projets au profit de la gestion des risques, du contrôle de gestion et du reporting. Quant à l'assurance, elle est dans une forme de dynamique. Elle se prépare notamment à investir beaucoup sur Solvency II. Bien entendu, les services achats réclament une réduction de tarifs, mais cela reste dans une proportion raisonnable. En 2002, on pouvait réclamer une baisse de 20 %. Aujourd'hui, c'est 2 %, car les acheteurs savent bien qu'il n'y a plus de gras. Pour l'année prochaine, deux hypothèses : 2009 est rayée de la carte ou le marché repart violement fin mars. Le ralentissement a été si soudain que le rebond peut l'être tout autant. ”.
Amadou Ngom (Des Systèmes & des Hommes) : “ un plan anticrise comme en 1991 et 2001 ”
“ En partant en vacances, tout allait bien. Au retour, des signaux contradictoires se sont accumulés. Nos clients banquiers – un tiers de notre chiffre d'affaires – nous ont confirmé leurs objectifs de réduction des dépenses dès cette année. Cela se concrétise par un étalement des projets ou une réduction de périmètre. Ça va se durcir en 2009. La croissance sera inférieure à 2 %. Nous avons l'habitude – c'est la troisième crise de notre histoire – même si celle-ci se caractérise par sa brutalité. Comme en 1991 et 2001, nous ne transigerons pas sur les compétences et maintiendrons les budgets formation. Nous continuerons aussi sur la voie de l'hyperspécialisation : c'est l'expertise qui paie. Enfin, je crois à une délocalisation raisonnée. Si l'offshore n'est pas la panacée, y recourir partiellement peut avoir du sens. Nous avons une dizaine d'ingénieurs à Pune, en Inde. ”
Guy Mamou-Mani (Groupe Open) : “ sans attendre la crise, la demande des grands clients a changé ”
“ Il y a beaucoup de confusion entre répercussion de la crise financière sur les cours de bourse, la raréfaction des crédits et l'activité réelle des SSII. Jusqu'à ce jour, l'activité se porte plutôt bien. En revanche nous avons des signaux négatifs : nos clients demandent des efforts supplémentaires sur les tarifs. Sans attendre la crise financière, ils ont depuis le début de l'année accéléré l'évolution de leur demande : moins de contrats de régie mais plus de contrats de services. Sous l'effet de ces “ contrats cadres ”, le nombre de prestataires référencés diminue, mais une SSII peut se voir confier la direction d'une activité, d'un département ou d'une fonction dans l'entreprise. Grâce à l'effet volume, elle retrouve ainsi les marges qu'elles n'auraient pu atteindre sur une activité de régie. Cette transformation n'est pas nouvelle, mais elle s'accélère sous l'effet de la crise économique. ”
