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PRESSE
Olivier Saint-Cricq (La Nouvvelle République) : « multiplier les canaux de diffusion »

Dominique François
, Caractère, le 19/11/2008 à 00h00

À Tours, le groupe de presse vise une offre éditoriale cohérente et diversifiée.

Construit autour du quotidien régional dont il porte le nom, le groupe La Nouvelle République développe aujourd'hui une stratégie cross-média. Ces dernières années, il a été particulièrement actif avec le lancement de TV Tours, la création d'une édition dominicale de La Nouvelle République ou le passage du quotidien au format tabloïd.

Pour s'ouvrir à des investisseurs potentiels, il a modifié ses statuts. S'il reste une société à participation ouvrière, il a rompu avec les dispositions qui interdisaient à quiconque de détenir plus de 1,25 % du capital et réservaient un tiers des actions aux salariés. Il a mis en oeuvre le plan de modernisation sociale de la presse - 44 personnes doivent partir sur trois ans - et signé plusieurs accords : abandon sur quatre ans (2005-2008) de l'indexation automatique des salaires sur l'inflation, réduction du nombre de jours de RTT, production de l'édition dominicale à périmètre quasi constant, et règlement de la question des droits d'auteur sur Internet avec les journalistes.

Caractère : Comment se porte aujourd'hui La Nouvelle République ?

Olivier Saint-Cricq : La presse ne se porte pas bien. Tous les quotidiens régionaux subissent, depuis des années, une érosion lente et régulière de leur lectorat. Les comportements évoluent et la lecture est en perte de vitesse, sauf sur certaines niches très spécialisées de la presse magazine. La Nouvelle République n'échappe pas à cette désaffection pour la lecture. L'émergence d'Internet a accentué ce mouvement, surtout chez les jeunes.

C : Dans ce contexte, quelle est la stratégie de votre groupe ?

O. S. -C. : Il faut monter dans le train plutôt que de se laisser écraser. La presse régionale a un gros atout : sa capacité à récolter de l'information sur un territoire donné grâce à un savoir-faire et un réseau qu'elle est seule à maîtriser. Nous avons donc un vrai métier, l'édition de l'information de proximité. Il faut accepter de multiplier les supports pour toucher des publics différents et cumuler les audiences de façon à intéresser les annonceurs. D'ici cinq à dix ans, la presse et La Nouvelle République doivent réussir à se positionner comme média multisupport. Je n'ai aucune inquiétude sur l'avenir du papier. Le quotidien continuera à exister sous cette forme à côté d'autres canaux de diffusion de l'information. Nous n'avons pas attendu d'être dépassés pour réagir. Nous avons tenté l'aventure des radios libres ; nous sommes partenaires d'une télévision régionale ; nous avons, depuis longtemps, un site Internet qui aujourd'hui reçoit 560 000 visites uniques par mois et dont l'audience progresse de 50 % par an. Notre site ne cannibalise pas l'édition papier, car ses visiteurs ne sont pas des lecteurs du journal. Le modèle Internet repose sur la gratuité et l'audience. Tous les sites qui gagnent de l'argent font de l'audience. C'est ce que nous souhaitons faire en développant notre site Web, notamment avec des breaking news mais aussi des sites thématiques (sports, culture, loisirs) qui n'aient pas forcément la marque NR mais visent une audience nationale.

C : Envisagez-vous de lancer un quotidien gratuit d'information ?

O. S. -C. : Nous avons sérieusement étudié la question. D'autant qu'après s'être implantés dans les grandes villes, les ténors du secteur devaient se lancer à la conquête des villes moyennes. Ils ne l'ont pas fait. Éditer un gratuit d'information à Tours n'a pas d'intérêt. La politique de transports en commun n'est pas celle des grandes villes et nous n'avons donc pas le même réseau de distribution. Le marché publicitaire n'est pas extensible et nous avons déjà un quotidien, des gratuits de PA, une télévision, etc. Notre étude retenait une hypothèse de diffusion raisonnable de 15 000 à 20 000 exemplaires. Pas de quoi intéresser les annonceurs et rentabiliser le gros investissement nécessaire au lancement d'un gratuit. Le projet reste dans les cartons, au cas où, mais nous n'avons pas les moyens de courir plusieurs lièvres à la fois.

C : Après deux ans, quel bilan tirez-vous de votre édition dominicale ?

O. S. -C. : Nous avions, depuis longtemps, le projet de sortir une édition du dimanche. Mais nous n'étions pas convaincus que les lecteurs et les annonceurs répondraient favorablement. Ce projet, compte tenu de son coût, a donné lieu à de nombreuses discussions avec les partenaires sociaux. Faire des économies, c'est bien, mais arrive le moment où il faut aussi s'octroyer de nouvelles opportunités de ressources. Nous avons donc franchi le pas en novembre 2006. Nous ne voulions pas faire un journal du septième jour mais une formule magazine qui se rapproche de celle d'Ouest France. Les études donnaient un potentiel de 50 000 à 60 000 lecteurs, à maturité. Nous n'avons pas progressé aussi vite que nous le souhaitions, puisque nous espérions être à 40 000 exemplaires vendus fin 2007 et que nous n'en avons vendu que 30 000. Peut-être avons-nous trop fait dans le magazine et pas assez dans l'information locale. Nous allons rééquilibrer les choses, avec, entre autres, des faits divers et, pourquoi pas, des avis d'obsèques. Nous allons aussi essayer de dynamiser le réseau de distribution, car nombre de points de vente sont fermés le dimanche. Mais je crois qu'il faut du temps pour faire naître un réflexe d'achat chez un lecteur qui n'était pas habitué à trouver son quotidien le dimanche.

C : Le 16 septembre, le quotidien est passé au format tabloïd. Pourquoi ? Qu'attendez-vous de cette nouvelle formule ?

O. S. -C. : Nous avons répondu à une demande répétée des lecteurs. Mais, dans le passé, nous avons fait plusieurs fois marche arrière pour des raisons techniques et financières. La question s'est à nouveau posée quand nous avons sorti La NR Dimanche, au format tabloïd. Elle nous a servi de laboratoire pour la mise en page, la façon d'écrire, etc. Nous nous sommes donc lancés dans cette aventure qui passait par une modernisation de l'imprimerie et l'augmentation de la capacité d'impression en quadrichromie, pour les lecteurs et pour les annonceurs. Ce projet a mobilisé tous les salariés du journal pendant dix-huit mois. Nous avons créé un Intranet pour que chacun puisse faire ses suggestions, mené des enquêtes lecteurs, fait des numéros zéro. Au total, nous avons dépensé 7 millions d'euros. Pour un journal, le passage au tabloïd est une révolution. Nous espérons donc conforter notre lectorat traditionnel qui se retrouvera dans cette nouvelle formule, et faire venir à nous des lecteurs qui avaient jusque-là une vision un peu négative et vieillotte de La NR par la modernisation de son contenu, de ses rubriques et de sa maquette.

C : Quels investissements avez-vous réalisés à l'imprimerie pour sortir ce nouveau journal ?

O. S. -C. : Nos deux rotatives Visa ne nous permettaient pas de produire plus de 12 pages en quadrichromie, à condition de limiter la pagination totale à 32 pages. Nous avons donc équipé chacune d'entre elles d'une tour Goss quatre hauteurs à huit encrages supplémentaires. Sur 60 pages tabloïd, nous pouvons aujourd'hui en sortir 40 en quadrichromie. Cet investissement a été subventionné à hauteur de 40 % par le fonds de modernisation de la presse. Pour traiter les plaques utilisées par ces nouvelles tours, nous avons aussi acquis un troisième système CTP Kodak. Dernièrement, enfin, nous avons acheté des laveurs de blanchets Techniweb et des encriers numériques CGI.

C : Vous avez créé une filiale baptisée Grand Centre avec La République du Centre et La Montagne. Pourquoi ?

O. S. -C. : C'est un cadre juridique qui n'a pas vocation, pour l'instant, à dégager de l'argent mais à étudier toutes les possibilités de mutualisation et de synergie. Aujourd'hui, nous n'exploitons pas moins de sept rotatives pour imprimer moins de 500 000 exemplaires. Alors qu'il suffirait de deux centres d'impression bien équipés pour les produire à moindre coût. Dans le Cher, où nous sommes en concurrence avec La Montagne, nous affrétons en commun des camions de livraison pour nos deux titres. Nous pourrions négocier ensemble avec nos fournisseurs, gérer en commun la distribution du supplément TV ou des produits annexes. Grand Centre est un vaste projet qui doit permettre à nos trois groupes d'avoir les moyens de leurs ambitions : rester indépendants et réactifs face aux marchés.

C : Quel doit être le rôle d'un quotidien régional ?

O. S. -C. : Il doit donner à chacun la possibilité de s'informer sur son environnement immédiat, de s'y voir vivre. Et surtout favoriser le lien social. Mais aussi gagner de l'argent pour rémunérer les actionnaires, les salariés et investir dans le journal.

L'entreprise : un groupe régional axé sur le multimédia

Basé à Tours (37), le groupe La Nouvelle République réalise un chiffre d'affaires de 150 millions d'euros dont 100 millions pour le vaisseau amiral du groupe, La Nouvelle République du Centre-Ouest , sixième quotidien régional français, présent sur six départements avec douze éditions et une diffusion payée de 210 000 exemplaires. Il édite aussi le quotidien Centre Presse (Poitiers, 86).

Le groupe contrôle une régie publicitaire, NR Communication, une filiale dédiée au portage et, avec La République du Centre (Orléans), une imprimerie de labeur, Roto-centre. Il est aussi présent dans la presse gratuite avec Comareg NR et la Sopep, la production audio-visuelle avec TGA, le multimédia avec NR Multimedia, et détient 50 % de TV Tours, via La Nouvelle République et Centre Presse .



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