











Novell a annoncé le 14 octobre dernier le rachat du spécialiste du BSM (Business Service Management) Managed Objects. L'éditeur sera intégré dans la division administration baptisée Systems and Resource Management.
Coutumier des revirements stratégiques, Novell surprend une nouvelle fois. Personne, en effet, n'aurait parié qu'il ferait l'acquisition de Managed Objects. Des acquéreurs apparaissaient en effet plus naturels, tels EMC, Quest voire Oracle, qui se sont intéressés dans un passé plus ou moins récent à l'univers de l'administration du SI.
Cette première impression passée, l'acquisition s'inscrit néanmoins dans la continuité des manœuvres lancées depuis dix-huit mois par l'éditeur. Depuis la sortie de Zenworks Orchestrator, une solution de gestion des plates-formes de virtualisation, Novell affiche son ambition de pénétrer davantage dans le monde du centre de données et de changer la polarité d'une offre d'administration plutôt orientée vers le poste de travail, avec la suite Zenworks. C'est d'abord dans cette perspective qu'il faut replacer le rachat de Managed Objects spécialiste du BSM (Business Service Management), un domaine qui fédère les activités du centre de données.
Le credo affiché par Novell dans ce domaine est la réduction du coût et de la complexité du centre de données au moyen de la virtualisation des serveurs, ainsi qu'une meilleure répartition des charges de travail. Novell a ainsi enrichi Zenworks Orchestrator de la technologie de Plate-Spin. Une société acquise en début d'année, qui propose des solutions pour optimiser le rendement du centre de données via la mesure de la charge de travail des serveurs physiques et leur conversion, le cas échéant, en machines virtuelles.
Créé en 1997, Managed Objects, éditeur pionnier du BSM, fournit pour sa part une solution qui transforme les événements techniques en information exploitable par les responsables informatiques ou fonctionnels. Elle délivre ainsi des rapports et des tableaux de bord permettant de suivre l'impact de l'infrastructure informatique sur un service métier (émission d'une facture, publication d'un chiffre d'affaires, etc.). Orange utilise le logiciel pour superviser son activité mobile. Chez l'opérateur, la solution consolide ainsi les informations émanant de l'hyperviseur BMC Event Management et d'autres outils comme Witbe ou Vantage. “ Elle permet à la direction informatique de transformer les alarmes techniques provenant des applications en acte métier, l'activation d'une ligne téléphonique par exemple ”, résume Mohamed Ait Boukidour, responsable du pôle supervision des processus métier. Pour établir cette corrélation, l'éditeur s'appuie donc sur les différents outils de supervision, mais surtout sur une technologie de CMDB (Configuration Management Database). Une brique qui apporte une représentation virtuelle des liens entre l'infrastructure informatique et les applications jusqu'aux services métier qu'elles supportent. La solution de Managed Objects est aussi un outil d'aide à la décision qui va permettre de calculer le manque à gagner si une chaîne de facturation tombe en panne. “ Dans le modèle relationnel de la CMDB, on peut introduire des règles arithmétiques d'impact et de quantification des coûts ”, relève Olivier Faivre, expert System & service management chez Devoteam. Comment Novell prétend assembler son offre avec la plate-forme de Managed Objects ? La stratégie est encore un peu floue. L'éditeur a néanmoins dévoilé quelques pistes. Sur le papier, l'intégration de cette technologie avec des solutions de gestion de la charge de travail, d'approvisionnement de serveurs virtuels comme Zenworks Orchestrator permettrait de redéployer des serveurs si une ligne de service critique, la facturation par exemple, devient engorgée. “ Lier CMDB et aspects de virtualisation, de consolidation, de migration est un discours porteur mais insuffisant ”, juge néanmoins Loic Lafhej responsable de l'offre BSM chez Steria. “ Une solution de CMDB réduite à cela perdrait de sa notoriété ”. Mais la plate-forme de Managed Objects peut également compléter avantageusement certaines briques de la suite Zenworks. Selon Christophe Therrey, responsable de Novell France, la CMDB sera aussi amenée à devenir le référentiel de la suite.
A plus long terme, la plate-forme pourrait servir de fédérateur pour toute la gamme Novell. Une option que l'éditeur n'a lui-même pas clairement affichée. “ Grâce à sa connectivité, la solution de Managed Objects sait récupérer l'information contenue dans l'ensemble des produits de la gamme Novell (outils d'inventaire, annuaires, gestion des machines virtuelles…) et la tirer vers le haut. D'abord en leur permettant de communiquer entre eux, mais aussi en proposant au travers du portail de restitution la mesure des contrats de services, le suivi de performances, l'impact sur le budget, etc. ”, juge Olivier Faivre. L'atout essentiel du logiciel réside, en effet, dans sa capacité à piocher puis consolider les informations contenues dans des outils tiers. Il dispose ainsi de 150 connecteurs préconfigurés, et d'adaptateurs génériques à personnaliser pour s'interfacer aux environnements spécifiques des grands comptes.
Le logiciel de Managed Objects affiche néanmoins quelques lacunes. “ L'éditeur apporte une technologie de connexion et de consolidation des données, mais la clé pour modéliser la CMDB reste la cartographie automatique des applications qui, chez eux, reste manuelle ”, relève Jean-Pierre Garbani vice-président de Forrester Research. A dire vrai, Managed Objects possède cette technologie, mais par l'intermédiaire d'un partenariat de distribution avec nLayers. Un partenariat menacé puisque nLayers appartient depuis 2006 à EMC.
Au-delà, les synergies commerciales entre les deux éditeurs ne sont pas à négliger. Malgré une taille modeste (environ 30 millions de dollars de chiffre d'affaires) Managed Objects possède quelques belles références. Surtout, l'éditeur permettra à Novell d'accéder à des décisionnaires informatiques, lui qui a plutôt l'habitude de dialoguer avec des techniciens. Les ventes croisées pourraient fonctionner à plein, Novell proposant à ces interlocuteurs plus haut placés l'ensemble de son catalogue.
Si le rachat confirme les ambitions de Novell dans l'administration du centre de données, l'éditeur reste néanmoins un petit poucet en face des ogres que sont IBM, HP, CA ou encore BMC. Il ne dispose pas, loin s'en faut, de l'arsenal de solutions des “ Big 4 ”. Hors l'acquisition de Managed Objects, l'administration du SI est la deuxième source de revenus de Novell (20 % du CA actuellement).
Pour devenir à terme un véritable relais de croissance capable de compenser le déclin de certaines activités de l'éditeur (Netware ou les services), l'acquisition ou le développement de briques complémentaires semble nécessaire dans le domaine du service desk, la supervision, l'automatisation du centre de données…, comme le confirme Novell. La CMDB de Managed Objects se placerait alors, comme chez les champions de l'administration, au centre de l'offre.
Dopé par les ventes de PlateSpin qui s'ajoutent à celles de Zenworks, le pôle administration a rattrapé le pôle sécurité. Autre tendance de l'année 2008, l'augmentation de l'activité autour de Suse Linux compense désormais la baisse de celle liée à Netware.
143 M$, c'est d'affaires de Novellle dans chiffre l'administration sur les trois derniers trimestres.
15 fois plus pour HP Software. Sur la même période, l'activité du géant de l'administration approche les 2,2 milliards de dollars.
13 MD$, c'est la taille du marché mondial de l'administration en 2007, selon Gartner.
60 %du marché aux mains de 4 éditeurs : IBM, CA, HP et BMC.
Ray Noorda, le PDG de l'époque, déteste Bill Gates et lui fait une concurrence tous azimuts : rachat de DR-Dos, de la suite Wordperfect, du tableur Quattro. Quant à Unixware, il devait se combiner à Netware pour former SuperNOS et balayer Windows NT. Raté, Ray Noorda finira par être remercié, Wordperfect sera cédé à Corel, Unixware à SCO et DR-Dos à Caldera. Novell se recentre sur son annuaire.
Les rachats se succèdent autour de l'annuaire (serveur d'applications, gestion de contenu, hébergement, cache, etc.). C'est la grande époque des Net Services. Aucun ne percera.
Il rachète Cambridge Technology Partners, une société de conseil, pour parler “ solutions ” avec ses clients. Objectif : réaliser 30 % du CA en services contre 5 % à l'époque. La greffe ne prend pas.
Rachats de Ximian (client de messagerie Evolution, outils Mono) puis de Suse Linux. L'ensemble des services Netware bascule sur noyau Linux. Les ventes progressent, mais pas assez vite pour compenser la chute des revenus issus de Netware. Novell stagne et licencie.
Zenworks Configuration Management. Gestion des postes de travail et des serveurs Windows : inventaire, prise en main à distance, télédistribution, imagerie, politique (GPO).
Zenworks Linux Management. C'est l'équivalent de Configuration Management pour les distributions Linux (sauf Debian qui n'est pas pris en compte), tant côté serveur que poste de travail.
Zenworks handhelds management. Même couverture fonctionnelle que les deux précédents outils, mais appliquée aux mobiles : Palm OS, PocketPC, RIM BlackBerry et Windows CE.
Zenworks Virtualized Applications. Outil qui sert à créer le package complet d'une application virtuelle. Novell propose déjà 80 modèles d'applications sur son site.
PlateSpin. Les outils acquis par Novell (PowerRecon, PowerConvert et Forge) simplifient la réplication de systèmes et la migration d'architectures physiques vers virtuelles et inversement.
Zenworks Orchestrator. Administration d'environnements virtualisés hétérogènes comprenant plusieurs hyperviseurs. Solution qui vient en complément de Platespin.
Zenworks Patch Management. Solution de collecte, d'analyse et de déploiement des programmes correctifs qui embarque en OEM l'outil de Lumension Security, une des références du domaine.
Zenworks Endpoint Security. Brique qui va compléter la politique GPO en cryptant les données, en bloquant la gravure, en contrôlant la durée de vie des applications sur le poste client…
Zenworks Asset Management. C'est la première brique d'administration orientée métier et non plus seulement technique de Novell. En plus des fonctions d'inventaire, elle associe la gestion des contrats et permet de gérer la refacturation.
Que peut apporter Novell face aux grands BMC, CA, HP et IBM ?
Volker Smid : nous ne cherchons pas à remplacer les “ Big 4 ”, nous voulons être complémentaires. Avec deux différentiateurs importants : une administration de systèmes hétérogènes et l'avantage d'être propriétaire de notre plate-DR forme. Nous avons notre propre Linux, notre hyperviseur et l'accord avec Microsoft nous donne accès à des technologies clés. C'est inestimable en environnement hétérogène.
Il vous manque des briques, faut-il s'attendre à d'autres acquisitions ?
VS : nous procéderons par acquisition et par développement interne. Même si notre offre n'est pas à 100 % complète, elle a déjà fière allure. Nous avons la gestion des traitements physiques et virtuels avec PlateSpin, la distribution avec Zen et la CMDB de Managed Objects qui donnera du sens à l'ensemble des informations. Comment se fera l'intégration ? Il est trop tôt pour donner un carnet de route. Mais le premier chantier sera la mise en place de synergies commerciales et d'assurer des ventes croisées.
Encore un virage stratégique, est-ce sincère cette fois ?
VS : Novell a totalement changé, il y a deux ans, avec l'arrivée du nouveau PDG. Aujourd'hui la stratégie est claire : nous sommes un éditeur de logiciels d'infrastructure. Nous avons clairement dévoilé nos intentions dans l'administration des salles informatiques. Si l'on considère nos investissements actuels, il est clair qu'ils concernent surtout l'administration de systèmes et de ressources. A vous de tirer vos conclusions.
