











Je m'étonne toujours des coûts intrinsèques des projets. Car aujourd'hui, on ne fait plus grand-chose avec 10 000 euros ! Si le développement des systèmes d'informations a d'abord été technologique, il est devenu de plus en plus industriel voire conceptuel, avec l'apparition ces dernières années de la modélisation des systèmes d'information. Cette évolution passe, comme toute révolution industrielle, par des phases initiales de maîtrise globale, puis de spécialisation et enfin par le développement d'un marché secondaire de sous-traitance. Ce principe ne s'applique évidemment pas qu'à l'informatique. Cette délégation par la sous-traitance possède bien des avantages, mais induit aussi une réflexion comme celle que je me suis fait à l'issu d'un exercice budgétaire ou je m'étonnais du coût intrinsèque des projets. Oui, pour 10 000 euros, on n'a plus rien.
Chaque DSI, en tant que patron de sa direction, se doit ainsi d'aligner son schéma directeur sur la stratégie de l'entreprise. L'informatique est un moyen. Le résultat doit être visible par le business. Cette démarche implique une maîtrise des budgets, ainsi qu'une anticipation des éventuelles dérives. Nous tentons tous de remplir ses objectifs. Certains de façon empirique, d'autres de manière très structurée. D'aucuns en mettant en place des indicateurs de performance qui portent sur les critères à piloter, d'autres en se fiant à leur expérience. Quoi qu'il en soit lors des préparations budgétaires ou à l'occasion d'un dépouillement d'appel d'offres, il est nécessaire de se poser la question : “ Bon sang, pourquoi est-ce si cher ? ”
Le moindre projet technique ou fonctionnel fait souvent appel à un prestataire externe dont les coûts s'étalent entre 400 euros pour un développeur, 800 euros pour un chef de projet, jusqu'à des tarifs prohibitifs qui peuvent parfois avoisiner les 1 500 euros pour des consultants confirmés ou directeurs de projets.
Du coup, dès que les prestations se déroulent sur plusieurs jours, la note grimpe rapidement. La maintenance applicative des progiciels, par exemple, est un vrai gouffre. Il est très fréquent, voire systématique, que les standards ne conviennent pas. Lors de la mise en place de ces solutions, subsistent alors pendant plusieurs années des ajustements fonctionnels nécessitant des dizaines voire des centaines de jour de prestations annuelles. Quelle entreprise calcule vraiment au bout de cinq ou dix ans ce que lui a coûté son PGI, maintenance comprise ? Autre exemple : prenez un consultant censé vous aider à formaliser votre schéma directeur informatique, vous pouvez faire grimper la note à 20 ou 30 000 euros sans aucune difficulté. Même les projets techniques, à l'impact fonctionnel parfois limité, peuvent se révéler onéreux. L'on se donne, peut-être trop souvent, bonne conscience en se disant qu'aux vues des enjeux, l'investissement en vaut la peine. Ces exemples ne font que renforcer l'idée galvaudée que l'informatique est surtout un centre de coût, sous-entendez : c'est cher, on n'en voit pas toujours la nécessité, mais sans elle, on ne pourrait pas fonctionner…
Il n'y a bien entendu pas de recette miracle. Mais une chose est sûre, on ne reviendra jamais à des coûts raisonnables. La multitude des projets a un prix de base inhérent à chaque lancement représentée par une étude ou une expression formalisée du besoin, qui englobe à elle seule des sommes non négligeables. Parfois même, comme au poker, on en arrive à payer pour voir si on va gagner ou pas. L'une des solutions consiste, selon les cas, à traiter les projets dans leur globalité et de les regrouper par problématique. Cette manœuvre remet à plat un ensemble de processus qui, au fur et à mesure du temps, ont dérivé et finissent par ne plus être adaptés à la situation de l'entreprise. Elle aide à les optimiser de nouveau, dans le cadre d'une démarche d'amélioration continue.
