











L'intégrateur Telindus peine à trouver des ingénieurs spécialisés en sécurité, réseaux ou téléphonie sur IP. Les annonces qu'il passe sur les sites de recrutement drainent des CV d'ingénieurs étrangers ne résidant pas en France. L'entreprise s'est organisée pour ne plus passer à côté de ces profils.
1. S'adapter aux lourdeurs administratives
En France, toute entreprise qui souhaite recourir a de la main-d'œuvre étrangère doit motiver son choix auprès de l'Administration et prouver qu'à compétences égales le recruté aura le même traitement qu'un Français. “ Il faut être très organisé et présenter un dossier étoffé et argumenté, prévient Fabienne Guillou, DRH de Telindus France. Au début, cela semble complexe. Ensuite, on connaît les démarches et cela va plus vite. ” Pour préparer les dossiers, son équipe s'est dotée d'outils de gestion de ressources humaines grâce auxquels elle publie des fourchettes de salaires et répertorie les candidatures afin d'expliquer, plusieurs mois après, pourquoi elle a refusé les CV d'ingénieurs français. Un système de partage d'informations permet aux recruteurs de s'inspirer des dossiers précédents. Ils connaissent ainsi les méthodes de travail de l'agent de la direction départementale du travail et de l'emploi qui instruit la demande. Car, “ il faut l'appeler plusieurs fois par mois pour savoir où en est le dossier. Il est important qu'il voit que nous le suivons de près ”, note Fabienne Guillou.
2. Éviter que le candidat idéalise le poste
Après l'analyse du CV et un entretien téléphonique, Telindus fait venir le candidat pour une journée d'entretiens. Le manager opérationnel s'assure des compétences techniques, tandis que le recruteur vérifie son niveau de motivation et son intérêt pour le poste de manière plus approfondie qu'il ne le ferait pour un postulant français. Il est indispensable de prévenir le candidat que l'embauche peut prendre de cinq à huit mois. La SSII lui expose aussi clairement les inconvénients éventuels du poste : horaires de travail contraignants, astreintes du week-end, temps de transport importants en Ile-de-France, etc. “ Il faut être très transparent pour que le candidat n'idéalise pas le poste, et qu'il comprenne que c'est un choix de vie ”, résume Fabienne Guillou. Pour lever les ambiguïtés liées à la méconnaissance de la culture française, son service a conçu des documents expliquant les contrats de travail français, les conventions collectives, les systèmes de mutuelle, mais aussi le code vestimentaire à adopter chez le client, etc. “ Nous apprenons au fur et à mesure car il est difficile de se mettre dans la peau d'un informaticien étranger et d'intégrer toutes les spécificités culturelles de son pays. ”
3. Garder le contact par mail pendant des mois
Le contact avec le candidat est assuré par les nombreux échanges par messagerie et téléphone durant toute la durée du recrutement “ Nous sommes en relation avec lui au moins tous les quinze jours, même si le dossier est au point mort ”, explique la DRH de l'intégrateur. Elle conseille également au manager opérationnel d'échanger des courriels avec le candidat pour l'informer de la vie de l'entreprise, attirer son attention sur des nouveautés techniques, etc. Ces échanges faciliteront son intégration tout en faisant patienter le manager. “ Si nous devions attendre plusieurs mois l'arrivée de cinq ou six collaborateurs dans le service, cela serait difficile. Mais un cas, c'est gérable, relativise Emmanuel Kapferer, directeur fonctionnel des services d'intégration. D'autant que les postes ne sont pas bloqués. ” En effet, Telindus ne recrute des non-résidents que pour des besoins récurrents : ainsi, si le poste a été pourvu avant que le dossier n'aboutisse, le candidat se voit proposer un job équivalent dans un autre service.
4. Aider le nouvel embauché dans sa vie quotidienne
“ Un interlocuteur identifié, servant de point d'ancrage dans le service RH, est essentiel. Ces collaborateurs étrangers demandent un suivi à la fois plus pointu et plus long ”, insiste Fabienne Guillou. Un tandem doit s'établir entre le recruteur et le manager. Le premier accompagne le nouvel arrivant dans sa recherche de logement, ses démarches administratives, répond à ses questions sur la vie quotidienne française. La RH demande au manager d'être plus attentif aux problèmes qu'il pourrait rencontrer et si besoin, de venir lui en parler. Fabienne Guillou conseille par ailleurs au nouvel embauché de rencontrer son supérieur quelques jours avant sa prise de fonction officielle afin de régler toutes les questions externes à l'entreprise qui pourraient l'empêcher d'être opérationnel le jour J.
Activité : intégrateur de solutions et de services de télécommunication.
Création : 1980.
Effectif : 650 personnes.
CA 2007 : 180 M d'euros.
Pouvoir embaucher des candidats compétents même lorsqu'ils n'ont pas la nationalité française et qu'ils résident à l'étranger. Sur la centaine de recrutements annuelle, une dizaine d'ingénieurs n'habitent pas en France ou sont des étrangers qui achèvent leurs études dans l'Hexagone. Ils sont spécialistes sécurité, réseaux ou téléphonie sur IP, et dotés de certifications constructeurs. Ils n'ont en général pas ou peu d'expérience (un ou deux postes précédents). Ils peuvent venir du Maghreb, d'Afrique, du Moyen-Orient ou d'Asie.
Le manager opérationnel et le recruteur de la direction dont il dépend et, bien entendu, la DRH.
Des délais d'embauche très longs : souvent plus de six mois pour les non-résidents et une intégration sur le plan professionnel et personnel pas évidente.
Acquérir des compétences et favoriser la mixité culturelle. Telindus mise sur une plus grande fidélité de la part de collaborateurs qui ont vu le degré d'investissement de l'entreprise pour les faire venir.
Une cotisation à régler à l'Administration (plus de 1 600 euros pour chaque ingénieur non résident embauché), et beaucoup de temps pour constituer les dossiers administratifs, maintenir le lien avec le candidat, etc.
Après avoir été DSI puis chasseur de tête, sa société propose aux entreprises françaises de recruter pour elles des ingénieurs malgaches ou mauriciens.
“ Peu d'entreprises sautent encore le pas ”
“ Elles n'ont souvent ni le temps ni les moyens de monter les dossiers administratifs. Et attendre un collaborateur cinq mois leur est impossible, car elles ne sont pas en mesure d'anticiper leurs besoins. De plus, elles ont peur que les candidats acceptent entretemps un autre poste. Enfin, contrairement aux idées reçues, embaucher un ingénieur étranger coûte plus cher. ”
“ Pour les emplois dits en tension, les démarches sont un peu plus courtes ”
“ Depuis l'arrêté du 18 janvier 2008 sur la délivrance des autorisations de travail aux étrangers, les informaticiens d'étude ou les experts font partie des emplois en tension. Il n'y a plus besoin d'avoir le feu vert de l'ANPE pour enclencher la procédure administrative : cela permet de gagner trois à quatre semaines. ”
