Intel chamboule – encore – ses plates-formes

Les architectures processeur du constructeur se succèdent à un rythme infernal. Le fondeur revient sur ses choix, dépréciant rapidement les innovations. Les clients pourraient bientôt ne plus suivre.
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Les faits

Lors du forum IDF, fin août à San Francisco, Intel a dévoilé l'architecture des processeurs Core i7, qui équiperont les serveurs dès décembre. Principales nouveautés : les quatre cœurs physiques simulent huit cœurs logiques, le contrôleur mémoire est intégré comme sur l'Opteron d'AMD et le voltage, ainsi que la fréquence, sont uniques à chaque cœur pour mieux ajuster la consommation.

L'analyse

“ Intel lance désormais une nouvelle architecture processeur tous les ans. Sachant que les entreprises amortissent leur serveurs sur trois ans, c'est juste deux architectures de trop ! ” Mathieu Poujol, directeur des technologies chez Pierre Audoin Consultants, est de ceux que les dernières caractéristiques n'impressionnent pas. De fait, c'est surtout la concurrence entre fournisseurs qui s'accélère. A un tel point qu'on a l'impression qu'Intel sort des nouveaux processeurs uniquement pour empêcher AMD d'en vendre. Or les clients ne peuvent pas tout absorber, à l'instar des difficultés que rencontre Vista en entreprise. Et, surtout, un nouveau décalage technique entre l'offre et la demande apparaît.

Anticipation difficile des besoins

Auparavant, il suffisait de mesurer les performances de SAP sur la dernière architecture CPU pour justifier ou non un achat. Aujourd'hui, les entreprises sont plus préoccupées de savoir si le coût énergétique annuel d'un serveur est encore équivalent à son prix d'achat. Pire, on peut se demander si Intel est sûr de la direction technique à suivre : le passage de la course à la puissance, qui aura animé les fondeurs pendant plus de 25 ans, à l'actuelle course à l'économie d'énergie bouleverse les prévisions. Par exemple, l'hyperthreading, qui double virtuellement le nombre d'unités de traitement présentes, ressurgit dans le Core i7… alors qu'il avait été abandonné à la fin du Pentium 4 !

De même, l'intégration du contrôleur mémoire est un principe qu'Intel avait vivement critiqué lorsque son concurrent AMD le mit au point. Ultime ironie, Intel a réduit sur le Core i7 la taille des mémoires cache à 256 Ko par cœur, dans l'espoir d'optimiser les dépenses en énergie, alors qu'il justifiait jusqu'ici une autre optimisation avec douze fois plus de cache par cœur sur le Core 2 ! Quand faut-il le croire ?

Trouver dans quels domaines innover

Ce balbutiement est en fait symptomatique du problème que rencontrent les fabricants de processeurs : autant ils savent inventer de nouvelles fonctions, autant ils anticipent difficilement leur utilisation par le marché. “ En 2003, Intel avait prévu que les développeurs se serviraient de l'hyperthreading pour paralléliser leur code. Il s'est trompé ”, remarque Mathieu Poujol. Aujourd'hui, l'hyperthreading revient pour servir les machines virtuelles, qui sont désormais très répandues. Même si les performances d'un hyperviseur avec 8 cœurs logiques plutôt que 4 physiques n'ont pas encore été mesurées, l'hyperthreading devrait déjà apporter le bénéfice contractuel d'exploiter plus de licences logicielles par socle de processeur.

En revanche, l'intérêt d'un contrôleur mémoire interne demeure spéculatif. Intel imagine se servir du contrôleur mémoire pour créer un réseau de serveurs qui passerait par le bus très rapide du processeur, renommé pour l'occasion Quick Path Interconnect (QPI). SGI exploite une technique similaire sur ses supercalculateurs et on le sait volontaire pour soutenir le déploiement de QPI, notamment en y adaptant son réseau NUMALink.

Un problème se pose cependant : on ignore si les entreprises voudront d'un réseau conçu pour faire tourner une seule image d'un OS sur plusieurs serveurs à la fois, c'est-à-dire exactement l'inverse de ce que fait la virtualisation. Certains craignaient qu'Intel ne devienne le seul fabricant de puces pour ordinateurs, surclassant AMD, et donnant le “ la ” de toute technologie processeur. Mais il n'est pas impossible que les serveurs de demain soient, en définitive, composés de puces Cell, NVidia ou ATI qui innoveront sur des caractéristiques inédites. Ce qui, au final, est plutôt réjouissant.

Les autres initiatives d'Intel

Les ports USB dévolus aux périphériques vont évoluer dans plusieurs mois en une version capable de transférer 5 Gbit/s, contre 480 Mbit/s à l'heure actuelle. La norme est prête et les fabricants implémentent doucement leurs contrôleurs. Surtout, on attend que les machines soient équipées de bus PC Ie plus rapides pour supporter l'USB 3.0.

Intel a mis au point une nouvelle technologie de disques durs à mémoire flash, plus rapide et de plus grande capacité que les modèles actuels. Des unités de 80 Go devraient arriver dans les trois prochains mois avec des vitesses d'écriture de 70 Mo/s. Début 2009, une version “ Extreme ” proposera 64 Go, mais avec une vitesse d'écriture de 170 Mo/s.

Prévu pour fin 2009 sous la forme d'une carte graphique, le processeur Larrabee sera ensuite sur les rangs pour participer aux traitements d'un serveur, à l'instar des puces de NVidia et ATI. Ce processeur sera, à terme, composé de 16 cœurs x86, chacun capable de simuler quatre cœurs.

2 questions à… : Martin Reynold, analyste chez Gartner Group

Que va apporter le Core i7 aux serveurs ?

“ Il permettra de fabriquer des serveurs multiprocesseurs, dont la puissance sera directement proportionnelle au nombre de processeurs, grâce au bus QPI qui abolira les goulets d'étranglement. Mais il ne doublera pas exactement le nombre de machines virtuelles par serveur, puisque l'hyperthreading est sujet à ces goulets. ”

Que reste-t-il à AMD ?

“ L'architecture d'AMD a encore, pour le moment, un meilleur rapport performances/prix sur les serveurs de milieu de gamme. Mais le fondeur a deux ans pour se surpasser s'il veut retrouver et maintenir sa profitabilité. Les constructeurs ont tout intérêt à soutenir AMD, car son existence permet de réguler les prix d'Intel. ”

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