Arbitrage Oracle-BEA : vers des abandons qui taisent leur nom

Officiellement, l'éditeur ne néglige aucun produit à court terme. Mais il laisse subtilement à ses clients le soin de suivre ses directions stratégiques.
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Les faits

Oracle a dévoilé sa future plate-forme middleware bâtie sur l'offre de BEA. Des logiciels tels que Weblogic Server ou Webcenter se distinguent de ceux comme WLI, considérés comme moins critiques. Mais tous seront développés et maintenus durant neuf ans.

L'analyse

Selon Oracle, les utilisateurs de Fusion et de BEA peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Aucune ligne de produit, même jugée non stratégique, ne sera supprimée avant une décennie. L'éditeur poursuivra les développements de l'ensemble de ses logiciels, même redondants. Dans les faits, des abandons auront pourtant lieu. Mais la responsabilité en incombera aux entreprises, non à Oracle. Car, loin d'être libres de leur choix, les clients n'ont guère d'autre option que de suivre les orientations de l'éditeur. Quel utilisateur prendrait le risque de poursuivre ses investissements dans des produits jugés non stratégiques ? Pas Bouygues Telecom en tout cas : “ Neuf années de garantie de maintenance, ça paraît confortable mais c'est relativement court car ça ne représente finalement que deux ou trois nouvelles versions ”, affirme Paul Cohen Scali, directeur informatique internet et relation client chez l'opérateur. Résultat : les arbitrages à long terme rendus par Oracle influent déjà sur les choix des entreprises. Chez Bouygues Telecom, on n'exclut pas de remettre en cause WLI (la gestion des processus techniques de BEA) au profit de BPEL Server, future pierre angulaire de tout dialogue interapplicatif – dès lors quasi indispensable dans un monde Oracle. “ Ce moteur BPM est censé orchestrer les processus sur lesquels s'appuieront toutes les applications d'Oracle, tel que Siebel que nous utilisons en interne. Mais ces atouts supposés d'intégration devront être démontrés par l'éditeur avant toute adoption de notre part ”, poursuit Paul Cohen Scali.

Autre raison incitant à une migration rapide : la méfiance inspirée par la redondance des offres. “ Oracle ne pourra pas entretenir plusieurs lignes de produits s'il veut être rentable ”, avance Hubert Déchelette, architecte midleware à l'Unedic.

Un manque de transparence

Le responsable du club utilisateurs BEA regrette, par ailleurs, le manque de transparence d'Oracle. L'éditeur mise sur Webcenter qui sera, à terme, agrémenté des services collaboratifs des deux portails de BEA, moins stratégiques. Mais, en France, sur les gros appels d'offres, Oracle et BEA s'accordent pour ne pousser que Weblogic Portail, qui jouit de nombreuses références. Webcenter étant, lui, encore perçu par beaucoup comme un framework. Autre zone d'ombre : le BPM. Le moteur BPEL d'Oracle partagera le même runtime que le workflow humain de BEA, non BPEL. Mais les détails sur cette convergence manquent. Comme ceux concernant la réconciliation des deux ateliers de développement : JDeveloper d'Oracle et Workshop de BEA, fraîchement basé sur Eclipse.

Les briques “ stratégiques ” du middleware d'Oracle

Serveur d'applications : Weblogic Server (BEA). L'une des principales raisons du rachat.
Machine virtuelle : JRockit (BEA). Oracle en était quasiment dépourvu.
ESB : Aqualogic Service Bus (BEA). Le bus d'Oracle n'était pas à la hauteur.
BPM : BPEL Server (Oracle). Il s'enrichira des fonctions humaines d'Aqualogic BPM.
Portail : Webcenter Suite et Webcenter Framework (Oracle).
Moniteur transactionnel : Tuxedo (BEA). Oracle n'en avait pas. Grande base installée.
Atelier de développement : JDeveloper (Oracle). Workshop de BEA sera regroupé dans un pack Eclipse d'Oracle.

2 questions à… : Georges Abou Harb, directeur général adjoint de Logica France et membre du club utilisateurs BEA

Oracle peut-il maintenir ses produits neuf ans ?

“ En théorie, oui. Ce n'est pas dans sa stratégie d'anéantir les produits qu'il rachète. Dans la pratique, certains modules comme son serveur d'applications devraient disparaître plus vite que prévu. La concentration du marché est telle qu'aucun produit n'est jamais maintenu plus d'une décennie. ”

Comment peut-il réussir dans le middleware ?

“ En assurant une transparence totale sur sa stratégie produits et en entretenant de bonnes relations avec ses clients, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Oracle devra aussi cesser d'abuser des situations de quasi-monopole qui rendent certains grands comptes allergiques à l'éditeur. ”

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