











Quelle sera la vie du DSI en 2012 ? Louis Naugès s'est prêté au jeu de la prospective. Cloud computing, Saas, Paas et web 2.0… Pour le président du cabinet de conseil Revevol, un nouveau cycle de changements technologiques et organisationnels attend les DSI. Le premier chantier porte sur les infrastructures. Avec l'informatique en nuage (cloud computing), les centres de calculs internes sont, selon lui, appelés à disparaître. “ En passant par les centres de données de Google, d'Amazon ou d'eBay, le prix de revient est dix fois moins élevé. ” Le mouvement est déjà engagé avec, pour étape intermédiaire, l'hébergement de serveurs auprès de prestataires spécialisés. “ Que votre machine soit placée dans un rack ou que vos données soit “ on the cloud ” ne change pas grand-chose. ”
Le frein n'est pas tant sécuritaire – “ Les environnements de Google ou de Salesforce sont plus sécurisés que ceux de n'importe quelle entreprise ” – que psychologique. “ Google, Amazon ou Salesforce ont mille fois plus à perdre en termes de réputation que leur client d'une fuite de données. Mais il y aura toujours des gens qui garderont leur bas de laine plutôt que de porter leurs économies à la banque. ”
Avec l'avènement des PC ultraportables à bas coût de type EeePC, des smartphones et du très haut débit – “ 100 Mbit/s partout en fixe et mobile en 2012 ” –, l'ordinateur personnel tel qu'on le connaît vit ses dernières années. “ L'utilisateur choisira son “ objet d'accès ” en fonction de ses besoins de mobilité et de confort visuel. ” Sur son poste, il ne trouvera qu'un navigateur, le système d'exploitation jouant le rôle de simple driver. “ Le système d'exploitation est appelé à devenir non signifiant. Déjà, quand on demande à un possesseur d'iPhone ou de Blackberry avec quel système d'exploitation tourne son terminal, il est incapable de répondre. ”
Mais le vrai défi porte sur la couche applicative. Louis Naugès décompose les usages en quatre familles, par ordre croissant de difficulté d'adoption. Pour la bureautique 2.0, c'est déjà parti. “ Les entreprises pionnières ne communiquent pas encore sur le sujet mais Google Apps tourne déjà sur des parcs de 30 ou 40 000 PC. ” De même, les services innovants labellisés web 2.0 (blogs, wikis, flux RSS, réseaux sociaux) pénètrent sans trop de difficulté le monde de l'entreprise. “ On est sur un terrain vierge. Il n'y a pas dix ou quinze ans d'héritage à rayer ou de désapprentissage à faire. Il s'agit, par ailleurs, d'outils bon marché. ” Les DSI peuvent, enfin, s'appuyer sur les “ millenials ” ou “ digital natives ”, rompus au chat et au réseautage, pour propager la bonne nouvelle auprès de leurs collègues de tous âges.
Troisième famille : les applications structurées mais non spécifiques comme la GRC. Avec, pour mot d'ordre, place au Saas ! “ Des entreprises se lancent encore en 2008 sur des projets de PGI de 150 ou 200 millions d'euros qui vont vivre en 2014. Elles font fausse route. Cela va contre le cours de l'histoire. ” Un discours à l'opposé de la culture Oracle-SAP qui sévit encore dans les DSI. Mais aussi de celui des SSII qui ont financièrement intérêt à “ placer 40 personnes pendant quatre ans pour un projet CRM traditionnel, plutôt que cinq personnes pendant six mois pour un projet équivalent en mode Saas ”.
Pour notre consultant, nous sommes dans une nouvelle guerre des Anciens et des Modernes. “ Salesforce reste le spécialiste de la GRC et ouvre sa plate-forme à d'autres solutions. A l'inverse, l'échec de Business Bydesign est révélateur de la vision archaïque que peut avoir un tenant de l'intégré comme SAP. On fait du copier-coller de l'existant à la sauce Saas sans même passer par une version bêta. ” Première décision à prendre : geler tout nouveau projet de PGI. “ Le désengagement se fera progressivement. On n'arrête pas, net, un poids lourd lancé à pleine vitesse. Il faudra de cinq à dix ans pour s'en sortir. ”
Le dernier morceau est le plus gros : les applications métier. Elles touchent le cœur de métier et les entreprises en tirent parfois un avantage concurrentiel. “ A défaut de solution du marché, les entreprises peuvent toujours faire du développement spécifique et l'héberger sur les plates-formes d'informatique en nuage. ”
En 2012, le DSI qui aura franchi toutes ces étapes en respectant les paliers de décompression sera, d'après Louis Naugès, un DSI heureux ! “ En s'appuyant sur des plates-formes d'hébergement puissantes et fiables, en choisissant des composants à la carte, le DSI s'enlèvera un certain nombre d'épines du pied. Prestataire de services compétitifs et innovants, il se mettra dans la poche les utilisateurs, les métiers et sa direction, et pourra jouer pleinement son rôle de stratège. ”
