











“ La recherche et l'innovation sont les principales clés du développement de l'Europe. Ce sont aussi les moyens les plus efficaces de répondre aux défis lancés par les économies émergentes de l'Asie et de fonder un développement durable pour l'ensemble de la planète ”, a assuré Nicolas Sarkozy lors du Salon européen de la recherche et de l'innovation. On pourrait penser que la fonction informatique et la DSI jouent un rôle prédominant dans cette innovation au rôle si décisif. Car, comme chacun le sait, on ne conçoit plus de nouveaux produits – qui d'ailleurs comportent de plus en plus d'électronique et de logiciels embarqués – sans progiciels de PLM (Product Lifecycle Management). Pourtant, selon un récent rapport de The Economist Intelligence Unit, 83 % des dirigeants pensent que le rôle ultime de l'informatique consiste seulement à favoriser la croissance des revenus. Cette même enquête montre que 41 % des dirigeants et 37 % des cadres de la fonction informatique estiment que, d'ici cinq ans, les services informatiques centraux n'existeront plus !
Un constat affolant, au moment où se développe la “ prosumérisation ”, c'est-à-dire la rencontre entre utilisations personnelle et professionnelle de l'informatique, qu'elle soit fixe ou mobile, et qui transforme l'utilisateur de systèmes d'information d'entreprise en consommateur. “ Ce sont les métiers qui paient les nouveaux projets. Comme ils sont responsables des résultats qui en découlent, ce sont eux également qui décident de leurs propres applicatifs ”, constate René Bonvanie, directeur en charge des DSI chez l'éditeur américain Serena Software. Le DSI n'est donc plus le seul fournisseur des systèmes d'information. Ce phénomène s'accélère avec la prolifération des offres Saas (Software as a Service). Du coup, bien des utilisateurs préfèrent, par exemple, la messagerie Googlemail à celle de leur entreprise. Ou la gestion de la relation client de Salesforce à celle d'Oracle-Siebel. Face à cette compétition, le DSI se retrouve dos au mur : il doit évoluer d'une fonction de support vers un rôle de moteur de l'innovation par l'informatique. Simple question de survie.
Comme le démontre l'étude de Capgemini Consulting intitulée Global CIO Survey 2008 et parue en mars dernier, la technologie est considérée comme essentielle à l'innovation de l'entreprise. Ce qui est loin d'être le cas pour la fonction informatique. En effet, si 70 % des DSI et dirigeants de 400 entreprises interrogés dans le monde pensent que les systèmes d'information sont essentiels à l'innovation, moins de la moitié d'entre eux déclare que leur entreprise partage ce point de vue. Et à peine 24 % la perçoivent comme la principale force d'impulsion de l'innovation au sein de leur société. Sur ce dernier point, la DSI se classe cinquième sur les six fonctions opérationnelles derrière la R&D, les opérations, les ventes et le marketing et devant une seule autre fonction opérationnelle : la finance.
Mais les choses changent vite. “ Après une longue période marquée par la préoccupation de réduire les coûts et d'améliorer les processus métier, l'innovation est devenue le sujet phare de réflexion cette année au sein des directions générales et des DSI ”, confirme Hubert Tardieu, vice-président exécutif et responsable innovation du groupe Atos Origin. Lequel a pris la décision, dans son plan de transformation, de créer une direction de l'innovation. Objectif : développer celle-ci à travers l'informatique.
Une opinion que partage la FFT (Fédération française de tennis). D'une année à l'autre, les Internationaux de France (le fameux tournoi de Roland-Garros) qu'elle organise prend en compte des évolutions à la fois sociétales et technologiques. A bien des égards, la démarche d'Alex Loth, DSI de la FFT, est remarquable. Qu'on en juge ! “ Le rapport de notre audience à l'information se modifie en profondeur avec l'émergence des nouvelles technologies ”, explique-t-il. Le site Rolandgarros.com a vu sa fréquentation exploser avec 5 millions de visiteurs uniques, 26 millions de visites et 224 millions de pages vues. Le site web mise sur l'interactivité, la personnalisation de l'expérience de l'internaute et les réseaux sociaux. IBM, partenaire de la FFT depuis vingt-trois ans, met à contribution ses laboratoires de recherche de la Gaude, près de Nice, et d'Atlanta, aux Etats-Unis. “ Nous recourons à la technologie de vidéo-IP Media Hub d'IBM qui fait interagir les images vidéo numériques avec les données informatiques. ” Ce qui aboutit à deux résultats. D'une part, le fan de tennis dispose de la nouvelle rubrique Mon Roland Garros avec les derniers résultats des matchs et les statistiques (services, aces…). De plus, grâce à un widget, il partage son expérience du tournoi avec son cercle d'amis sur des réseaux sociaux tels que Facebook, Google, Yahoo ou Vista. D'autre part, la technologie Media Hub permet de générer des contenus éditoriaux dans différents formats : TV hertzienne, WebTV, TMP (Télévision mobile personnelle), Wap, TV sur Set-top Box…
Selon Eric Monnoyer, un des vice-présidents de Capgemini, “ les entreprises les plus innovatrices présentent cinq caractéristiques communes ”. Tout d'abord, leurs dirigeants ont une bonne compréhension de l'informatique (77 % d'entre eux contre une moyenne de 38 % toutes entreprises confondues). Ensuite, les DSI ont instauré avec les responsables métier de bonnes relations de partenariat (94 %). Entre autres, ils ont maîtrisé la problématique de la livraison des services informatiques aux utilisateurs en termes de coût et de qualité (83 %). Ce qui est le cas à la FFT. Autre particularité, le DSI est rattaché au directeur général ou au directeur opérationnel plutôt qu'au directeur financier (75 % contre 53 % en moyenne). Enfin, à une écrasante majorité (88 % contre 40 %), la fonction informatique joue un rôle de partenaire des autres entités de l'entreprise et non de fournisseur ou de prestataire de services.
De son côté, l'enquête The Next CIO is You que Serena Software a menée aux Etats-Unis et en Europe auprès de 100 DSI d'entreprises au chiffre d'affaires et au budget informatique en forte croissance, complète la vision de l'étude de Capgemini. Pour 44 % des personnes interrogées¸ la transformation du modèle de l'entreprise est le premier moteur des grands projets informatiques. Loin devant la réduction des coûts (37 %) et la recherche de bénéfices (35 %). Une surprise : “ Notre sondage dévoile que les DSI français sont plus ouverts à la co-innovation avec les métiers que leurs collègues américains ”, révèle René Bonvanie, installé depuis vingt ans en Californie.
Une ouverture d'esprit dont témoigne Eric Pineau, DSI de Dekra Automotive France, le spécialiste du contrôle technique pour automobile et poids lourds, qui fournit des outils communs à 1 400 sites d'exploitation. Parmi ceux-ci, 1 100 sites franchisés sont, pour l'essentiel, tenus par des artisans. “ Nos logiciels doivent être agréés par des instances publiques comme la Drire (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement). C'est très encadré car les transactions des contrôleurs sont officielles, précise Eric Pineau. Pour toute évolution des matériels et des logiciels, nous prenons des décisions au niveau du réseau en commission paritaire. ” Des discussions qui s'y déroulent naissent de fructueuses idées : “ Depuis six mois, nous avons mis en place un outil de e-learning pour guider les 3 000 contrôleurs dans un processus d'amélioration continue de la qualité, souligne le DSI. Or chaque contrôleur doit effectuer vingt heures de formation par an. Avec ce système, quatre heures sont réalisées en e-learning et seize heures en salle. Au résultat, l'artisan gagne une demi-journée et une nuit d'hôtel. ” Une économie appréciable.
“ Dans les entreprises que nous avons interrogées, les DSI français se distinguent par leur côté “ malin ” : ils se concentrent plus sur la croissance des revenus et le retour sur investissement que sur la simple réduction des coûts, contrairement à ce que l'on voit aux Etats-Unis, renchérit René Bonvanie. Ils encouragent les salariés à utiliser les technologies du web 2.0, très utiles pour relier les besoins des métiers aux capacités de la DSI. ” Un bon point pour accueillir les jeunes de la génération Face-book qui ne supporteront pas l'ambiance fermée des sociétés qui n'innovent pas. “ Reste que les meilleurs DSI aimeraient accorder à leurs équipes 20 % de leur temps pour faire de la veille technologique, souligne René Bonvanie. Cela permettrait aussi de tester des nouvelles technologies. De quoi imaginer les projets d'avenir. ”
Le poids de l'opérationnel peut brider la capacité de la fonction informatique à contraintes innover. Les plus souvent les mentionnées sont les problèmes à opérationnels court terme, suivis par l'insuffisance de moyens.
Secteur public : organisations orientées “ citoyen ”, pressions budgétaires, sécurité des publics, conformité, pyramide des âges.
Télécoms et médias : convergence vers des sociétés de services intégrées, Supply Chain numérique, modèles économiques basés sur l'audience.
Services financiers : programme de croissance et de différenciation, concurrence transfrontalière, sophistication accrue des clients et des investisseurs, grande exigence en matière de conformité et de gestion des risques, consolidation du marché
Energie, eau et chimie : exigence des clients, infrastructures vieillissantes, gestion des risques, coût des opérations, dégroupage de réseaux, réduction des gaz à effet de serre.
De quelle manière avez-vous développé vos solutions ?
“ Depuis dix ans, notre société, qui exploite un système global de réservation pour l'industrie du voyage, mène une stratégie d'architectures orientées services avec des solutions développées en interne. Aujourd'hui, nous avons une centaine d'applications. Le but de notre démarche est de nous intégrer aux systèmes d'information de nos clients, (500 compagnies aériennes, 92 000 agences de voyage), même les plus petits d'entre eux. ”
Sur quelle structure vous appuyez-vous ?
“ Notre grande force, c'est nos 95 filiales commerciales. Elles vont voir les clients dans tous les pays et font remonter les besoins en direct du terrain vers le marketing central qui formalise ensuite les demandes vers les équipes de développement. C'est une conception collaborative. ”
