L'informatique du bout des doigts

Les interfaces tactiles font leur grand retour, portées par des innovations technologiques et par le désir de dépasser le modèle fenêtre-icône-menu-souris vieux de 40 ans. Reste à imaginer des applications capables d'en tirer parti.
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Les faits

Les interfaces tactiles multipoints se répandent : iPhone et MacBook d'Apple en profitent déjà, les nouveaux EeePC d'Asus l'intégrent, Nokia et HTC y travaillent, et Microsoft, à l'origine d'un prototype de table tactile Surface, annonce leur disponibilité dans Windows 7.

L'analyse

C'est le grand retour des mains dans l'informatique. Pas seulement les doigts qui frappent l'un après l'autre les touches du clavier, mais bien les mains… qui manipulent, font de grands gestes, saisissent, posent, poussent et repoussent. Les mains à défaut de la voix, car les promesses de la reconnaissance vocale n'ont pas été tenues. Les raisons de cette poussée du tactile ? Les technologies ont mûri, en particulier avec l'irruption des surfaces multipoints, récemment industrialisées bien que conçues il y a plus de 25 ans. En effet, si les interfaces tactiles ne manquent pas autour de nous (billetteries automatiques, bornes en tout genre), elles ne faisaient que parodier la souris en servant à déplacer un pointeur unique. A quoi bon alors posséder une dizaine de doigts ? Avec les surfaces tactiles multipoints l'utilisateur peut faire usage de ses deux mains pour réaliser des gestes complexes, et, sur des dalles de taille importante, plusieurs personnes peuvent travailler en même temps. Pour Franck Poirier, professeur en informatique à l'Université de Bretagne Sud et spécialiste des IHM : “ il faut replacer cette évolution vers le tactile dans une perspective historique : nous arrivons à la fin du cycle de la souris, inventée dans les années 60. Il est normal d'essayer de trouver autre chose. De plus, la souris reste très liée au PC, or nous sortons de l'ère du PC pour aller vers celle des assistants mobiles personnels et de l'informatique qu'on utilise de façon continue, et pas seulement derrière un écran. ” Dans ce contexte de mobilité, la souris ne fonctionne plus, et l'interaction tactile s'impose. Pas étonnant donc de voir tous les grands du secteur se pencher sur le sujet, ou de constater le succès d'Apple dont l'iPhone a su anticiper la tendance. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Si Dell a bien intégré un écran tactile multipoint dans sa tablette XT, il ne fonctionne que comme un traditionnel écran tactile monopoint par manque de pilotes et d'un système capable de l'exploiter ! L'anecdote prouve en tout cas que l'industrialisation de la technologie va bon train.

Quelle “ killer-app ” pour le multipoint ?

En revanche, la généralisation des usages va demander de l'inventivité. “ Les premières statistiques indiquent que seules 5 à 10 % des manipulations exploitent le multipoint sur un iPhone : on ne zoome pas des photos toute la journée ”, remarque Vincent Encontre, directeur général d'Intuilab. Les applications sont en fait à inventer. Et il faut se méfier des évidences : des domaines comme la retouche d'images ou la CAO-DAO exigent une précision que les interfaces tactiles ne sont pas encore en mesure de fournir, d'autant plus que les applications y ont été développées pour tirer le meilleur parti possible de la souris, ou de dispositifs plus spécifiques comme les tablettes tactiles à stylet. Pour le moment, les expérimentations vont bon train dans deux domaines. D'une part, le travail collaboratif, y compris à distance, dès lors qu'il requiert de manipuler des schémas, des composants, des images (modélisation UML, composition graphique, traitement du son…). D'autre part, les modeleurs utilisés, par exemple, dans un cadre commercial : agencement d'une cuisine à partir d'un catalogue de composants, assemblage d'un vélo ou d'une paire de chaussures à la demande, élaboration d'un voyage à la carte, et pourquoi pas simulation d'opérations financières dans une banque. Mais la “ killer-app ”, celle capable de déterminer le succès de cette technologie, comme la messagerie l'a été pour internet et le tableur pour l'IBM-PC, personne ne s'avance aujourd'hui à la prévoir.

Les nouvelles capacités des interfaces tactiles

Le français Intuilab aligne trois composants pour étendre des applications existantes vers les interfaces tactiles : une table multipoint, un middleware logiciel qui interprète les gestes des utilisateurs et s'interface avec les applications, et des modules logiciels compatibles Adobe AIR, Microsoft WPF et Perl.

Les interfaces tactiles multipoints permettent de définir et utiliser des syntaxes gestuelles complexes, au-delà de quelques actions très intuitives, pour interagir avec une application.

2 questions à… : Vincent Encontre, directeur général d'Intuilab, prestataire de services dans le domaine des interfaces homme/machine

Pourquoi cet intérêt pour le tactile multipoint ?

“ Il constitue le premier changement de paradigme majeur d'interaction avec la machine depuis l'apparition de la souris. Mais la question reste : qu'en fait-on ? Avec la souris est apparu le bureau multi-fenêtre, de façon quasi exclusive d'ailleurs, ce qui a empêché de développer d'autres usages de la souris. Le tactile multipoint conduit d'abord à réinventer le bureau. ”

Sur quels nouveaux modes de collaboration travaillez-vous ?

“ Nous nous intéressons aux grandes surfaces, et à la capacité de travailler à plusieurs sur une même interface tactile. L'objectif est de faire venir sur un support numérique soit des traitements qui s'effectuent encore sur papier car il n'existe pas de solution informatique satisfaisante ; soit des opérations que chacun effectuait sur son écran, de son côté. Nous travaillons ainsi sur des modèles de réunion de travail, avec un bureau numérique sur lequel les participants peuvent partager et annoter des documents. Dans le cadre d'une télé-conférence, par exemple, ou dans celui d'un groupe de travail de médecins. Le secteur de la distribution est également très intéressé par ces techniques. ”

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