… ils font progresser la traduction automatique

Le groupe EADS utilise un moteur de traduction automatique qu'il optimise grâce à la richesse de ses terminologies et au savoir-faire d'un service de traduction interne.
envoyer
par mail
imprimer
l'article
partager sur Viadeo
partager sur Facebook
partager sur LinkedIn
partager sur Scoopeo
partager sur Technorati
partager sur Digg
partager sur Delicious
partager sur Google
partager sur Myspace
partager sur Yahoo!

Le problème

MBDA, joint-venture d'EADS, BAE Systems et Finmeccanica spécialisée dans la conception et de la production de missiles, assure les traductions pour l'ensemble du groupe. Jusqu'en 2000, ce service faisait appel à des professionnels, ce qui ne permettait aucune capitalisation au niveau de l'entreprise.

La méthode

1. Enrichir continuellement les dictionnaires

Tout utilisateur de site gratuit de traduction automatique l'a expérimenté à ses dépens. Les résultats obtenus peuvent être surréalistes. La technologie ne tient véritablement ses promesses que par l'ajout de dictionnaires spécialisés et la constitution de corpus d'entreprise.

C'est tout le travail de Michael Hoff, sous l'autorité d'Eliane Grosheny-Langlois au service traduction de MBDA, que d'enrichir les terminologies maison : “ Au fil du temps, nous avons accumulé de huit à dix couches de dictionnaires. Celle du haut, où se trouvent les termes les plus récents, prime sur les autres. ” Pour le seul couple de langues français-anglais, ses dictionnaires renferment actuellement près de 95 000 termes MBDA, en plus du socle terminologique fourni par EADS. “ Ce que je code sert à Airbus ou Eurocopter ”, explique Michael Hoff.

Alors qu'avec le premier logiciel retenu il devait effectuer une dizaine d'opérations pour intégrer un nouveau terme, il peut, avec Systran, en intégrer 10 000 en un quart d'heure. “ L'encodage automatique est un vrai saut quantique ”, se réjouit-il. C'est un préalable pour enrichir l'outil et l'adapter aux besoins d'EADS. En parallèle, il utilise un opérateur numérique pour éviter de devoir saisir toutes les unités pour les déclinaisons d'une même expression. Il fait aussi appel à Similis, de Lingua et Machina. Cet extracteur fait coïncider des documents originaux et leurs traductions pour générer, ensuite, des listes de termes organisées par modèles linguistiques qu'il suffit d'intégrer.

2. Améliorer les résultats en les contextualisant

Les performances obtenues par EADS dépendent de la nature des textes à traduire. Les documents portent sur l'organisation, les études techniques ou les spécifications. “ Sur des thèmes à bande étroite, comme l'ingénierie ou le management, la traduction automatique produit de très bons résultats ”, juge Michael Hoff. Ce qui n'est pas possible pour les communiqués de presse envoyés à l'extérieur pour traduction. Pour gagner en qualité, il se base sur le principe de colocation nominale : l'occurrence de deux mots leur donne un sens contextuel. “ Par exemple, un couteau de cuisine se dit en anglais “ a kitchen knife ”, explique-t-il. Je code les mots de l'expression ensemble. Ainsi, il n'y a plus de risques que le moteur les traduise séparément. J'ai fait cette opération pour des milliers de chaînes de mots, de séquences nominales ou verbales. Ce qui lisse le résultat. ”

3. Faire cohabiter logiciel et traducteurs

Le service propose différentes options. Pour les documents officiels, il a maintenu le recours à des professionnels. En revanche, quand une simple compréhension du sens général d'un texte suffit, l'utilisateur utilise le service de traduction automatique accessible depuis l'intranet du groupe. Il choisit les langues source et cible – six options sont possibles pour la première et trois pour la seconde – puis place le texte à traduire dans le champ de saisie. Il peut aussi envoyer un fichier dont la taille est limitée à 300 Ko pour des raisons de consommation réseau. Dernière étape, il sélectionne le thème de référence – aérospatial, défense, technologies de l'information, droit et affaires ou optronique – afin d'associer les terminologies correspondantes.

4. Mêler qualité et rapidité dans une approche hybride

EADS propose, depuis 2003, un mode hybride : la traduction automatique améliorée. Michael Hoff reçoit les demandes via une messagerie électronique réservée à cette tâche. Il passe le texte à la traduction automatique puis le relit et le corrige. Le module Translation Project Manager, de Systran, repère les termes issus des dictionnaires maison, et les fait apparaître en surbrillance. “ Je mets un point d'honneur à ce que les traductions améliorées soient les plus finalisées possible. Seulement 0,5 % des documents passés par ce mode ont été suivis d'une demande de traduction professionnelle ”, assure-t-il. Moins chère, la traduction révisée est aussi plus rapide. “ Pour un document “ potable ” d'une quinzaine de pages dont le sujet est bien couvert, il me faut deux heures. ” Fort de ses résultats globaux, Michael Hoff a récemment présenté son approche à Veolia et EDF qui se sont dit intéressés.

EADS

Activité : Aérospatiale et défense.
Création : 2000.
CA 2007 : 39 M d'euros.
Effectif : 116 000 personnes environ en 2007.

Comment EADS a conçu une méthode de travail en environnement multilingue

Il s'agit d'améliorer la communication et le partage de connaissances entre les sites d'EADS répartis en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et en Espagne.

L'ensemble du groupe est concerné.

Systran Entreprise Server.

1999 : lancement du projet de traduction automatique. Le premier outil ne pouvant s'atteler à l'intégration massive de terminologies, il est remplacé au bout de trois ans par celui de Systran.
2003 : Systran est retenu comme solution serveur. La filiale gérant le système d'information d'EADS en France, EADS/ITS, en assure l'implémentation et la mise à disposition sur l'intranet groupe.
Depuis 2003 : enrichissement des terminologies.

Ce système fait économiser 60 000 euros par an (à environ 40 euros la page en traduction professionnelle). En janvier 2007, le service en ligne sur l'intranet enregistre 25 000 accès quotidiens. Les paires de langues les plus consultées sont le français et l'anglais (40 %) et l'allemand et l'anglais (40 %). Le reste porte sur l'italien et l'espagnol.

L'avis du traducteur : Jean-Marie Le Ray, dirigeant de la société de conseil Studio92.eu et de Primoscrib.com

Auteur du blog Adscriptor.com, il est à l'origine de Translation 2.0, un moteur de recherche terminologique multilingue.

“ La traduction automatique ne s'applique qu'à des cas restreints ”

“ Elle se justifie par le volume de documents à traduire, leur nature sensible (veille économique, textes stratégiques…) voire par le caractère exotique des langues requises. Internaliser ce type de solution suppose une cellule spécifique. Ce qui, avec la complexité de mise en œuvre, élève le ticket d'entrée. ”

“ Elle nécessite des terminologies bien balisées ”

“ La performance du moteur de traduction automatique dépend étroitement de la qualité des corpus sectoriels et des glossaires maison. Il faut se donner le temps de constituer ces bases au fil des années comme le fait EADS. Sinon le temps gagné par la traduction est perdu en postédition. Cette phase dépend du niveau de qualité souhaitée. ”

publicité
à lire aussi
SUR LES MÊMES THÈMES
…les communes sont guidées vers l'e-administration
… la Cité des sciences et de l'industrie usine ses sites
… Nocibé s'est constitué un référentiel de compétences
… LCL a divisé par quatre le temps de numérisation
…il a conçu 300 indicateurs pour son conseil général
… elle a introduit la qualimétrie dans le développement
… il est parvenu à équiper 350 commerciaux de Blackberry
… il a amené les développeurs à travailler ensemble
… il a participé à l'évolution de l'outil commercial de GFI
… ils ont calculé les coûts des prestations d'une DSI
… le DRH de Logica France fidélise les hauts potentiels
… il a sensibilisé 450 informaticiens au web 2.0
… il a fait participer 14 pays à un brain-storming
… le DSI a rationalisé l'impression à la ville de Lyon
…il s'est conformé aux de siderata des utilisateurs
… il a mesuré le niveau de satisfaction des utilisateurs
… il a aidé les développeurs à mieux gérer les priorités
…il a conduit son opération de LMBO
…elle recrute des collaborateurs étrangers
Le Cigref refond son référentiel des métiers du SI