Airbus dévoile son grand programme RFID

L'avionneur déploie ses premières applications RFID dans ses usines européennes et lance de nouveaux pilotes. Prochaine étape : bénéficier de la technologie sur l'ensemble de la chaîne logistique.
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Les faits

Trois ans après le début de la coordination de ses projets RFID au sein d'un programme unique, Airbus enregistre des bénéfices tangibles dans la plupart de ses pilotes. Epaulé par Odin Technologies et IBM OATsystems, le groupe européen met en production plusieurs projets de cette nature.

L'analyse

Singapore Airlines a récemment réceptionné son quatrième A380 qui reliera Singapour à Tokyo dans les prochains jours. Depuis le mois d'octobre, chaque livraison du géant des airs est suivie de près par les investisseurs. Après avoir accumulé un retard de dix-huit mois pour livrer le premier exemplaire, Airbus sait que sa capacité à tenir les délais est primordiale… Le constructeur aéronautique peut désormais compter sur la technologie RFID pour s'assurer que les 3 000 conteneurs de pièces détachées nécessaires à l'équipement de la cabine arrivent au bon endroit et au bon moment. Dans un immense hangar de Hambourg, quatre stations d'aménagement de cabine sont désormais équipées d'une quarantaine de lecteurs RFID pour tracer les étiquettes UHF apposées sur les conteneurs – à terme, six stations seront équipées dans la perspective de quatre livraisons par mois à l'horizon 2010. Non seulement le dispositif sécurise l'approvisionnement mais il a aussi permis de diminuer de 8 % le nombre de conteneurs nécessaires par rapport à la période où la réception des pièces était effectuée manuellement. Après le succès de ce premier déploiement, Airbus a décidé d'étendre ce processus de suivi automatique des conteneurs aux stations d'équipement des A320, toujours à Hambourg.

Loin d'être une initiative isolée, ce projet fait partie d'un vaste programme de recherche de visibilité en temps réel des processus afin de les optimiser. Baptisé Value-Chain Visibility and RFID, ce programme en trois phases (lire encadré ci-contre) consiste en différentes applications RFID, parfois associées à d'autres technologies de capture de données. Lancé en 2005, il a permis de coordonner de nombreuses initiatives à travers le groupe afin d'éviter les projets redondants et le recours à différents fournisseurs ou même à différents standards – à l'époque, le groupe aéronautique comptait une quinzaine de projets RFID en discussion dans ses différentes branches, de premiers tests RFID ayant été menés dès les années 90. Enfin, le programme de coordination accompagne aussi la rationalisation des processus de l'ancien consortium Airbus.

Des millions d'euros d'économies par an

D'un bout à l'autre de la chaîne logistique, Airbus encourage ses fournisseurs et clients à examiner les bénéfices qu'ils pourraient retirer en se joignant à ses pilotes et déploiements RFID. Pour sa part, l'industriel estime que, depuis 2006, la RFID lui a déjà permis d'économiser plusieurs millions d'euros par an en raccourcissant ses cycles de fabrication, en réduisant la paperasse et en diminuant ses stocks. “ La majorité des six ou sept pilotes déjà lancés ont montré un retour sur investissement en moins d'un an, les autres en dix-huit mois tout au plus ”, estime Paul-Antoine Calandreau, chef des projets RFID postlivraison (Flyable RFID projects).

C'est ainsi que le pilote de suivi des conteneurs à destination du site de Hambourg a rapidement été suivi d'un déploiement. Concernant aussi l'A380, l'autre pilote de la première phase du programme s'est déroulé à Toulouse en 2006. Grâce à lui, plusieurs concepts dans la réception et le stockage de pièces détachées livrées dans des boîtes taguées ont pu être vérifiés. Impliquant le fournisseur de pneumatiques Michelin et le spécialiste des systèmes de freinage Messier-Bugatti, ce pilote a permis de réduire de 75 % le temps de manipulation à la réception, de diminuer le temps de cycle et de limiter les niveaux de stock.

En février 2007, Airbus a attaqué la deuxième phase de son programme RFID, consacrée aux processus de fabrication et d'assemblage. Un premier pilote a consisté à coordonner la logistique des grandes pièces d'avion (A380, A320, A330, A340, A400M). Produites dans 16 usines en Europe – nez et fuselage central en France, fuselage arrière et queue en Allemagne, ailes au Royaume-Uni… –, elles sont ensuite acheminées dans l'Hexagone et en Allemagne pour assemblage. Pour ce faire, Airbus a conçu spécialement le Beluga, un avion-cargo capable d'emporter des ailes ou des tronçons entiers de fuselage. Ces grandes pièces sont transportées sur d'énormes cadres métalliques (plus communément appelés “ jigs ” en anglais) réalisés sur mesure et particulièrement coûteux. Avant ce pilote, Airbus ne disposait pas de moyen précis de traçabilité pour suivre ces jigs. Ses équipes devaient recourir aux moyens de communication classiques (téléphone, courriels…) ou se déplacer pour les retrouver. Désormais, des lecteurs RFID (Feig Electronic) placés sur des véhicules de chargement d'avions-cargos permettent d'identifier des tags RFID UHF (Intermec et Confidex) placés sur les jigs et d'indiquer leur statut (chargé, déchargé ou en vol). Résistant aux fortes variations de température et fonctionnant dans un environnement métallique, ces étiquettes électroniques assurent des taux de lecture de 100 %. Démarré en septembre, ce pilote s'est d'abord limité au site de Hambourg. Mais grâce aux résultats obtenus, Airbus a décidé de déployer cette application à Hambourg, puis dans l'ensemble des 12 autres sites desservis par les Beluga.

Un calendrier de maintenance automatisé

Plus récemment, l'avionneur a lancé deux autres pilotes dans la deuxième phase de son programme. Le premier remplace en partie le code à barres pour tracer les pièces de métal en cours de transformation dans son usine de Brême. Le système permet ainsi d'enregistrer de manière accélérée un million de confirmations de taille par an. Dans les prochains jours, la direction décidera d'une mise en production ou non de cette application. Le deuxième pilote assure le suivi d'outillages de production dans son usine de Broughton au Royaume-Uni. Dans ce projet, Airbus recourt à la fois à des tags RFID Gen 2 et à une technologie de localisation active en temps réel Wi-Fi. Le pilote consiste à mieux tracer les outils, mais aussi à mieux définir leur calendrier de maintenance et de calibrage. Il devrait se prolonger jusqu'à juillet.

Une fois les avions livrés, la RFID peut encore rendre de précieux services. C'est ce qu'essaie de démontrer Airbus dans la troisième phase de son programme, dédiée aux processus dits “ avionnables ” (ou flyable). Ces applications utiliseront une solution de marquage RFID des pièces et/ou de la charge utile. La technologie pourrait apporter des améliorations intéressantes dans l'ensemble des processus de réparation des pièces, de suivi du fret et de gestion de configuration, à la fois pour les pièces et l'avion lui-même. Toutefois, les standards autour de ces technologies retenues restent à publier. Mais les grandes orientations sont déjà prises.

En attendant, Airbus a d'ores et déjà sélectionné ses fournisseurs de référence. Tout d'abord Odin Technologies, retenu en juin 2007 pour son expérience en intégration des matériels RFID. Et, plus récemment, l'association IBM OATsystems pour son infrastructure logicielle.

Différents niveaux de bénéfices

Visibilité en temps réel et mise à jour automatique des événements tout au long de la chaîne de valeur.
Amélioration sans précédent de la qualité d'information.

Processus automatisés plus efficaces abaissant les temps de cycles (moins de stocks).
Plus grande précision et contrôle des opérations métier réduisant la non-conformité.
Meilleure traçabilité du cycle de vie des pièces détachées : moins de papier et moins de temps passé (diminution des coûts).
Automatisation généralisée permettant de limiter les interventions manuelles.

Réduction des stocks et des équipements nécessaires.
Amélioration de la productivité du travail et maîtrise des coûts.

Ce qu'ils en pensent

L'analyste - Jean-Noël Lefebvre (Aera.aero Consultants) : “ le manque de normes a ralenti les progrès de la RFID dans ce transport ”

“ A ce jour, seul l'étiquetage électronique des bagages bénéficie d'une recommandation de l'Association internationale du transport aérien (Iata) pour les normes ISO 18000-6C, 15961 et 15962. Les normes concernant les trolleys de restauration et de ventes détaxées sont en cours de finalisation. Mais l'Iata devra aussi s'attaquer aux conteneurs cargo et aux conteneurs de bagages comme aux palettes de fret. En ce qui concerne les pièces détachées, les constructeurs d'aéronefs sont à la fois influencés par le concept d'identification universelle (UID) du ministère de la défense américain (DoD) et par la norme d'échange électronique d'informations Spec 2000 de l'Association du transport aérien des Etats-Unis (ATA). Mais rien n'est encore arrêté. Enfin, la RFID reste à normaliser pour les boîtes à outils, les chevalets de transport (jigs) et les colis utilisés dans le cadre de chaînes logistiques ouvertes. ”

L'éditeur - Marc de Fréminville (IBM) : “ nous fournissons un socle technique commun pour la RFID ”

“ Cette infrastructure logicielle IBM OATsystems est destinée aux processus internes d'Airbus comme aux processus étendus à ses fournisseurs et clients. Elle comprend une couche de capture de données en frontière de réseau (Websphere Premises Server et OAT Flex), une couche de transformation des données primaires en données exploitables par les applications et de gestion technique des équipements (WS Premises Server et OAT Express) et un niveau d'intégration des applications selon une architecture SOA (WS Process Server et base de données événementielle OAT Axiom). Par ailleurs, Airbus a souhaité s'équiper d'une solution de monitoring technique (Tivoli Monitoring et Tivoli Composite Application Manager) et d'une solution de monitoring métier (WS Business Monitor) pour suivre les transactions et indicateurs de performance applicatifs. Ces solutions sont facturées en fonction du nombre d'événements de lecture RFID. ”

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