











A quelques heures de la présentation du projet de loi “ Création et Internet ” en Conseil des ministres, des députés socialistes s'insurgent contre ce qu'ils qualifient de “ loi d'exception pour l'Internet ”. Dans un communiqué commun, publié sur Liberation.fr ce mardi 17 juin en fin d'après-midi, une quinzaine de députés et sénateurs PS dénoncent les mesures envisagées par le gouvernement. Selon eux, elles seraient vouées à l'échec, comme l'ont été les DRM (verrous numériques).
Le groupe de parlementaires – dont les députés Christian Paul, Patrick Bloche ou Manuel Valls – affirme que d'autres solutions “ sont à portée de main ”. Ils suggèrent notamment la répartition d'une redevance “ en fonction de la réalité des consultations et productions d'œuvres culturelles ”, comme cela se pratique sur les radios ou les chaînes de télévision. En résumé, ils appellent “ à la mise en place d'une juste rémunération apportant une véritable garantie aux créateurs ”. Voilà qui promet de vifs débats lorsque le texte sera examiné au Parlement…
A en croire le ministère de la Culture, son projet de loi contre le téléchargement illégal avait passé sans encombre le crible du Conseil d'Etat. Mais des informations révélées aujourd'hui par le quotidien Les Echos entachent quelque peu cette version idyllique.
Malgré un avis officiellement “ favorable ”, la haute juridiction aurait suggéré au gouvernement d'effectuer des modifications notables du texte. Celles-ci ne remettent pas fondamentalement en cause son contenu mais tendent à édulcorer certains points.
Ainsi, le Conseil aurait critiqué l'absence de notification explicite du caractère gradué des sanctions contre les pirates. Avertissement par e-mail, autre avertissement par lettre recommandée, suspension d'abonnement… Les sanctions sont bien évoquées dans le texte, mais leur échelonnement n'était pas précisé. De fait, en toute théorie, un abonnement pourrait être suspendu sans avertissement préalable, sauf précisions supplémentaires.
Toujours selon Les Echos, le Conseil d'Etat souhaiterait aussi réduire le pouvoir que le gouvernement compte accorder à la future Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi).
En l'état actuel du texte, l'Hadopi pourrait ordonner des mesures pour “ faire cesser ou prévenir une atteinte au droit d'auteur ou droit voisin, occasionnée par le contenu d'un service en ligne ”, à la demande d'un ayant droit. Pour le Conseil d'Etat, ce genre d'initiative ne peut être confié qu'à une autorité judiciaire.
De même, il souhaite que les demandes de recours formulées par des internautes soupçonnés de piratage soient traitées par un tribunal judiciaire et non administratif. Quant aux internautes pris la main dans le sac et qui envisageraient une transaction avec l'Hadopi pour réduire leur sanction (comme prévu par le projet de loi), le Conseil suggère de limiter à trois mois la suspension de leur abonnement, au lieu de six mois.
La haute juridiction préconise par ailleurs un délai avant l'application de la loi. C'est précisément la demande formulée récemment par l'Arcep. Le régulateur des télécoms plaidait ainsi en faveur des fournisseurs d'accès à Internet, qui réclament du temps pour mettre en place les dispositifs nécessaires à l'application de la loi.
Le ministère de la Culture prendra-t-il en compte toutes ces remarques du Conseil d'Etat ? Réponse demain, mercredi 18 juin, date à laquelle le projet de loi “ Création et Internet ” doit enfin être présenté au Conseil des ministres.
















