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La récente enquête Global CIO Survey 2008, menée par Capgemini Consulting, relève un décalage entre l'importance accordée aux SI dans l'innovation des entreprises et le peu d'influence que les DSI semblent avoir sur le sujet. Le cabinet de conseil les incite à prendre position sur ce thème.
“ Les DSI sont soucieux de choisir la bonne technologie, de ne pas l'adopter trop tôt et surtout de le faire à bon escient. L'erreur est toujours possible car 80 % des innovations finissent à la poubelle ”, dit Jacques-Benoît Le Bris, président du Cercle de l'innovation du Cigref qui va publier, au printemps, un livre blanc sur le sujet. Pour réduire ce risque, le DSI du groupe Lagardère, Bernard Duverneuil, a mis en place un laboratoire : “ Nous avons ainsi la capacité de tester les technologies, de les qualifier, de les assembler et de voir leurs limites. Nous en avons profité pour installer un mini showroom qui montre ces technologies aux directions métier, pour les sensibiliser. ” De son côté, depuis un peu plus de deux ans, Axa a mis en place un fonds dédié à l'innovation au niveau du groupe. Il autorise les différents services informatiques à mener des expériences et des tests sur des technologies telles que la virtualisation, le grid, la géolocalisation, la mobilité, etc. “ Grâce à ce fonds, nous avons pu expérimenter avec une direction métier la géolocalisation par GPS puis mettre en place une offre de prévention pour les gestionnaires de flottes de camions ”, rapporte Alain Thuilot, en charge de la MOA, de la MOE et de la gestion du changement sur les assurances incendie, accidents, risques divers (IARD) et de la gestion des réseaux de distribution chez Axa France.
Mais attention ! Innover, c'est aussi accepter de se tromper, une chose inenvisageable sur de grands projets informatiques classiques, dans lesquels la programmation tient une grande place. Les SI ont besoin de standards. “ Les projets innovants, eux, laissent une place à l'imprévu, tant sur le plan de la réalisation que sur les objectifs. Il convient de garder une certaine souplesse, afin de profiter de bénéfices inattendus ”, remarque Pascal Corbel, maître de conférences et chercheur sur le management stratégique de l'innovation technologique. L'innovation dans une DSI constitue donc une révolution culturelle. Pour que les idées germent, il faut réussir à remettre en cause les schémas de pensée, et que les informaticiens n'aient pas peur de faire des propositions apparemment idiotes ou sans avenir. Pour cela, Axa France a mis en place un programme d'innovation participative. “ Nous utilisons une boîte à idées en technologie web 2.0, où les informaticiens déposent des suggestions pour apporter plus de valeur aux métiers ”, explique Alain Thuilot. Si les idées remontent bien, il reconnaît toutefois que cela nécessite un gros effort d'animation pour aller chercher les idées, sélectionner les meilleures, les aider à mûrir…
La DSI de la ville de Lyon, elle, a désigné des responsables de la veille pour de grandes thématiques transversales, telles que la mobilité, l'archivage légal, les systèmes d'information géographique, etc. “ Nous traitons des thématiques sur lesquelles les directions métier n'ont pas de réflexions globales. Ainsi, le décisionnel est porté par la direction du contrôle de gestion et non par la DSI ”, souligne Philippe Dubost, DSI de la ville.
Dans certaines entreprises, les informaticiens partagent naturellement du temps avec les gens des métiers. S'il y a des échanges, il n'y a pas besoin de structures particulières. “ Par contre, dans les entreprises où la DSI est perçue comme un fournisseur d'infrastructures, la création d'un comité d'innovation, qui offre un point de contact avec les métiers, est intéressante ”, estime Jacques-Benoît Le Bris. Le DSI du groupe Lagardère a fait le choix de lancer une structure transversale : le pôle innovation, où toutes les fonctions et tous les métiers du groupe sont représentés. “ C'est un lieu de partage et de réflexion, où l'on peut rebondir d'une idée à l'autre entre les différents métiers ”, assure Bernard Duverneuil, qui attend avec impatience le lancement de la première offre estampillée pôle innovation. Les deux informaticiens qui y travaillent à plein temps ont “ des capacités en terme de créativité, de curiosité et une certaine forme d'audace ”.
Mais les DSI doivent aussi lutter contre le manque de temps et réussir à se dégager des contingences opérationnelles. “ Elles ont du mal à concilier à la fois la gestion des gros projets SI et la prospective ”, regrette Rouba Taha, chargée de programme sur l'innovation au Cigref. Et si la proximité d'une DSI avec les différents métiers est un point essentiel pour participer à l'innovation, cela ne suffit pas. “ Pour être un partenaire écouté, il faut apporter des éléments au débat et avant tout faire fonctionner le service informatique au quotidien. Car, dès qu'un problème survient, la DSI est immédiatement décrédibilisée à la table des discussions sur l'innovation ”, affirme Hans Schenck, DSI de la Lyonnaise des eaux. Une crédibilité d'autant plus difficile à obtenir que le SI est vécu comme un facteur de lourdeur. “ Les DSI ont un problème : on leur demande d'être innovants mais en même temps elles doivent gérer l'inertie de vieux systèmes, devenus de véritables boulets ”, résume Didier Lambert, DSI d'Essilor. La R&D ou le marketing peuvent avoir des idées géniales, les limites du système de facturation ou de prises de commande les ramèneront vite sur terre. Pour contrer cet effet, la démonstration devient très importante. “ La DSI devra se rapprocher du manager avec qui il a le plus de chance de construire des initiatives innovantes, celui qui sera le plus réceptif à la démarche, conseille Eric Monnoyer, de Capgemini Consulting. Cela dépend de l'entreprise et des personnes qui sont à la tête des directions… ” Pour renforcer le lien avec les directions métier, la DSI du groupement des Mousquetaires rédige des notes technologiques pour expliquer aux directions métiers les usages qu'elles pourraient tirer des technologies en émergence. “ Ces notes permettent d'engager une première base de discussion avec les métiers ”, explique Georges Epinette, DSI du groupement. Les moyens qu'ont les DSI à leur disposition pour participer à l'innovation sont donc nombreux. Reste à être un peu inventif !
Sur les 400 DSI interrogés par Capgemini à travers le monde :
70 % estiment que l'informatique a un rôle crucial à jouer dans les projets innovants.
24 % seulement pensent pouvoir y jouer un rôle en tant que DSI.
76 % n'ont pas encore défini de processus pour l'innovation au sein de leur direction.
39 % des DSI français sont encore focalisés sur les grands projets de type PGI contre seulement 28 % de leurs homologues étrangers.
Source : Capgemini Consulting (Etude Global CIO Survey 2008).
Avez-vous mis sur pied une structure réservée à l'innovation ?
Georges Epinette : Nous possédons depuis 1987 une cellule de veille de trois personnes qui réfléchissent sur des sujets aussi bien techniques que métier. Elles ont reçu une formation de sociologie et d'économie et se sont ensuite passionnées pour la technologie. Leur background leur permet d'anticiper les usages futurs. Grâce à cette cellule, nous avons pu élaborer ou introduire des concepts qui sont désormais dans toute la distribution.
Et côté budget ?
GE : Nous disposons d'une enveloppe budgétaire. Lorsque nous avons un projet avec une direction métier, nous utilisons ces fonds après autorisation. La transparence est essentielle : il est malsain d'initier une innovation sur une quote-part d'un budget de fonctionnement. Dans ce cas, on tend à bricoler sans véritable politique d'enjeux gains.
Selon vous, qu'elle est la place du DSI dans les projets innovants ?
GE : Je crois à l'innovation ordinaire, c'est-à-dire aux processus quotidiens, que tout le monde fait. Il n'y a pas besoin de le clamer partout. Si le DSI est un des dirigeants de l'entreprise, il participera forcément à ces processus. Plus ou moins, mais il y participera.
“ Choisir d'innover, c'est élargir son périmètre d'action ”
“ L'innovation est un sujet d'actualité, voire un sujet politique depuis quelques années. Le contexte est favorable, mais encore faut-il pouvoir passer au concret. Le DSI a une carte à jouer. L'innovation par les technologies est un espace de liberté pour lui, car personne ne s'en est encore vraiment emparé au sein des entreprises. L'externalisation de tout ou partie du SI devient de plus en plus la règle. La DSI perd alors une partie de son activité par rapport au périmètre traditionnel. ”
“ En prenant en main l'innovation, le DSI renforce son rôle dans l'entreprise ”
“ L'innovation n'est pas externalisable ! De plus, un DSI peut démontrer sa contribution directe à la création de valeur. Cela peut renforcer son rôle au sein de la direction. Les DSI pensent qu'il n'est pas antinomique de gérer à la fois le SI et l'innovation, mais actuellement, ils jugent qu'ils n'ont pas l'organisation, les équipes et le temps pour le faire. Cependant c'est une opportunité à saisir. ”
“ Le DSI n'a pas à jouer le rôle de responsable de l'innovation technologique ”
“ S'il transfert des technologies venant de l'extérieur, s'il assure la veille, le DSI ne s'occupe pas d'innovations technologiques. Les innovations qu'il propose seront donc d'ordre organisationnel, économique, informationnel, porteront sur les usages, etc. Cependant, sur ces sujets, la légitimité du responsable informatique est loin d'être naturelle… alors que les innovations non technologiques ont souvent un lien très fort avec le SI. ”
“ C'est un sujet qui constitue une mine de quiproquos extraordinaires ! ”
“ Les entreprises de culture non technique, lorsqu'elles veulent innover, se retournent vers leur DSI. Parce que, pour elles, l'innovation est très liée à la technologie. De leur côté, les responsables des SI aimeraient bien innover. Mais les DSI ne font pas d'innovation technologique : ils ne déposent pas de brevets et ne sont pas là pour inventer l'informatique. ”
















