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Microsoft et Adobe veulent contrôler le client riche

Les deux éditeurs enrichissent à marche forcée leurs plates-formes RIA. Ils espèrent conquérir les entreprises avant l'arrivée à maturité de HTML 5, prévue début 2009.
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Les faits

Adobe a inauguré sa technologie AIR il y a trois semaines. Microsoft a répliqué lors de la conférence Mix08, qui s'est tenu du 5 au 7 mars à Las Vegas, en présentant Silverlight 2, le rival de Flex. Quant à Silverlight 1, concurrent de Flash Lite, il sera bientôt disponible sur Symbian OS et Windows Mobile 6.

L'analyse

Malgré l'apparition de frameworks de haut niveau tels Volta et Google Web Toolkit, les applications DHTML/Ajax souffrent encore de leurs trop nombreuses limites (faiblesses du langage Javascript, prise en charge peu homogène des navigateurs, mode déconnecté imparfait, etc.) pour répondre à tous les besoins des entreprises. Le standard HTML 5 aurait dû transformer les navigateurs de dernière génération en un socle RIA (Rich Internet Application) standard. Mais la première recommandation du W3C n'est pas attendue avant 2009. Du coup, les conditions sont réunies pour qu'une technologie de client riche prenne la relève des plates-formes de développement traditionnelles. Face à la multiplication des systèmes d'exploitation et des types de périphériques (PC, console, téléphone, etc.), “ les éditeurs cherchent un socle logiciel qui tiendra enfin la promesse que Java n'a pas su tenir : “ Write once, run anywhere ” ”, estime Yvan Petrovic, directeur technique du groupe de communication DDB. Adobe et Microsoft travaillent donc d'arrache-pied pour compléter leur plate-forme applicative “ universelle ” respective en un temps record, espèrant ainsi imposer leur technologie durant cette période de transition.

Être présent sur tous les périphériques

Jusqu'à présent, Adobe couvrait bien le navigateur (Flash 9/Flex 3) et les périphériques mobiles (Flash Lite 3), mais il était absent du poste de travail. C'est pourquoi il a lancé Adobe Integrated Runtime (AIR, ex-Apollo) le 25 février dernier. Il s'agit d'un pas très important pour l'éditeur, car ce RDA (Rich Desktop Application) augmente la portée de sa plate-forme tout en proposant une solution concurrente de WPF de Microsoft. Régnant sur le poste de travail, ce dernier a fait le chemin inverse. Il vient de présenter Silverlight 2, alternative à Flex (le RIA d'Adobe). Silverlight 1 concurrençait déjà Flash pour les applications multimédias. Fonctionnant désormais sur les téléphones de Nokia (Symbian OS) et, bientôt, sur Windows Mobile 6, il concurrence aussi Flash Lite 3. Silverlight 2, lui, intègre une machine virtuelle .Net, et il fonctionnera sur Mac OS X, Windows, et Linux via le projet Moonlight de Novell. Avec Silverlight 2, Microsoft pousse donc .Net sur tous les systèmes et tous les périphériques pour l'imposer comme “ une plate-forme de développement universelle et homogène pour le web, les applications mobiles et de bureau ”, explique Scott Guthrie, vice-président de la division .Net Developer chez Microsoft.

Pour fidéliser leurs utilisateurs, Adobe et Microsoft ont la même stratégie “ software + services ”. D'ici à cinq ans, “ le web concentrera les données et les services des utilisateurs ”, estime Ray Ozzie, architecte en chef de Microsoft. Selon lui, c'est la seule garantie d'un accès ubiquitaire à toute application depuis tout périphérique. L'éditeur propose ainsi de nouveaux services en ligne tels que la base de données SQL Server Data Services (SSDS), l'outil de collaboration Office Live Workspace. A terme, “ nous proposerons tous nos logiciels sous forme de services en ligne ”, dit Ray Ozzie.

Adobe partage la même vision et a commencé à découper ses produits en API web et composants graphiques de haut niveau. Sur son site destiné aux développeurs, il propose déjà des services en ligne et des composants liés à la collaboration : Pacifica (voix sur IP, indicateur de présence, chat), Cocomo (collaboration, échanges de documents en temps réel), et Share (stockage de documents en ligne). A terme, tous les outils de la gamme Live Cycle pourraient prendre la forme de services. L'idée d'Adobe est de faciliter la création d'applications composites en fournissant le socle d'exécution (Flex/AIR) et des composants prédéveloppés qui consomment ses services en ligne payants. “ On développe de plus en plus les RIA et RDA comme on le faisait avec les clients lourds hier. La seule différence étant que les composants consomment des services en ligne ”, explique Kevin Lynch, architecte en chef d'Adobe.

Une stratégie identique pour conquérir les développeurs

Finalement, l'adoption des services en ligne d'Adobe et de Microsoft dépendra surtout, dans un premier temps, de leur capacité à faciliter la vie des développeurs. Pour les convaincre, Adobe met en avant la possibilité de réutiliser des compétences existantes pour développer des applications AIR. Ce dernier est, en effet, compatible avec les applications DHTML/Ajax et Flash. Microsoft suit exactement la même approche. Alors que Silverlight 1 était limité à Javascript, Silverlight 2 prend en charge différents langages tels que C# et VB. Net, mais aussi Ruby, Python et PHP. Microsoft travaille notamment avec Zend pour mettre au point un compilateur Jit (Just in Time) PHP pour .Net (Phalanger) Et il a recruté John Lam, auteur du compilateur IronRuby qui convertit du code Ruby en code intermédiaire .Net (MSIL). Adobe et Microsoft tentent également d'accélérer l'adoption de leurs plates-formes en pariant sur l'ouverture. Le SDK de Flex est, par exemple, disponible sous licence open source, tandis que les contrôles graphiques de Silverlight 2 sont distribués sous licence Creative Commons. Côté outils, Adobe a complété Creative Suite 3 ES (Photoshop, Illustrator, etc.) avec un plug-in pour Eclipse, Flex Builder (voir notre dossier dans 01 Informatique n  1940). Microsoft a fait le chemin inverse avec sa suite Expression Studio, qui vient compléter Visual Studio. Annoncé sur Mix08, la deuxième mouture d'Expression Studio répond aux besoins des graphistes (Design), des intégrateurs (Blend) et des développeurs (Web). Les deux éditeurs tentent ainsi de couvrir tout le cycle de développement d'une application. Ils s'appuient sur un langage pivot – XAML pour Microsoft, et MXML pour Adobe – afin d'harmoniser le processus de développement en favorisant l'importation et l'exportation du projet entre chaque outil.

Mozilla seul challenger

Qui de Microsoft et d'Adobe parviendra à imposer sa technologie ? Adobe souffre des faiblesses de Javascript, peu apprécié des développeurs. Mais il possède la solution la plus mature. L'éditeur comprend aussi parfaitement les besoins des graphistes. Microsoft, lui, propose une plate-forme très riche et très évoluée (C#, richesse du framework .Net, etc.) mais encore immature. Une seule chose est sûre, la communauté Java – avec JavaFX, notamment – est en retard. Et seul Mozilla pourrait s'imposer comme un véritable challenger à mesure que sera adopté HTML 5, standard sur lequel il possède une longueur d'avance.

2 questions à… : Didier Girard, directeur technique du groupe Sfeir

Où en sont les concurrents de Microsoft et Adobe ?

“ Mozilla avec XUL, Sun avec JavaFX et la fondation Eclipse avec RCP sont en retard par rapport à Microsoft et Adobe. Au-delà des aspects technologiques, il leur manque une communauté de développeurs et des outils de développement adaptés, simples et puissants. Combler ces lacunes demandera des investissements très importants. Pour l'instant, aucune de ces entités ne semblent prêtes à les engager. ”

Et Google avec GWT et Gears ?

“ Google a une carte à jouer. Sa technologie Google Gears est intéressante pour transformer une application web en RIA. Nous la proposons déjà à nos clients pour accélérer les performances de leurs applications web. Quant à Google Web Toolkit, il est en train de s'imposer comme la plate-forme de développement Ajax de la communauté Java. ”

Ce qu'en pensent les concurrents : Mozilla : Tristan Nitot, responsable de Mozilla Europe

“ HTML 5 transforme Firefox 3 en un socle RIA standard ”

“ Notre poussons les standards du web pour éviter l'arrivée de technologies propriétaires. C'est pourquoi nous avons rejoint le groupe de travail WhatWG, à l'origine de HTML 5. Et c'est exactement ce que nous faisons avec Firefox 3. La nouvelle version de notre navigateur implémente les innovation décrites dans le brouillon du futur standard HTML 5. Ces innovations – prise en charge des flux multimédias, gestion du mode déconnecté, échanges directs entre sites via XMLHttpRequest, etc. – transforme tous les navigateurs en un socle RIA Ajax standard. ”

“ Prism offre une alternative à AIR ”

“ Basé sur les technologies de Firefox, Prism permet d'exécuter des applications internet de bureau (RDA). Prism est donc concurrent de la technologie AIR d'Adobe. Tous deux reprennent des technologies existantes sur le web, Flash pour AIR et les protocoles HTML, CSS, DOM, Javascript pour la fondation Mozilla. La principale différence, c'est qu'AIR inclut des technologies propriétaires, alors que Prism repose uniquement sur des standards ouverts. ”

Ce qu'en pensent les concurrents : Sun : architecte Java chez Sun Alexis Moussine Pouchkine,

“ À ce jour, Java est la seule technologie RDA qui fonctionne partout ”

“ Flash est très utilisé sur les sites grand public. Mais les application RDA intranet des entreprises sont presque toutes écrites en Java/Swing ou en .Net : MFC, WinForms, etc. AIR, Flex, Silverlight et JavaFX n'en sont qu'à leurs débuts. Aucune de ces technologies n'a encore réussi à prendre un avantage décisif. Quant à HTML 5, même s'il est prometteur pour standardiser les RIA, il ne couvre pas les besoins des RDA. Et il n'aura un intérêt que lorsque Internet Explorer le gérera réellement. ”

“ Les entreprises recherchent une seule technologie ”

“ Ce qui motive avant tout les entreprises, c'est la portabilité des technologies de RIA et de RDA pour adresser les clients internet (Ajax, Flash et les applets) et intranet (Swing est le leader) avec une seule technologie homogène. La portabilité, la sécurité et l'expérience utilisateur sont les trois qualités de JavaFX. Cette technologie étend la portée de Swing aux clients internet, élargissant ainsi la couverture fonctionnelle de Java sans modifier l'environnement quotidien des développeurs. ”

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