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PostgreSQL et MySQL, plus complémentaires que concurrents

On redoutait que PostgreSQL ne s'éclipse suite à l'investissement de Sun dans MySQL. Au contraire, sa dernière version est plébiscitée, et en fait un concurrent crédible d'Oracle.
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Les faits

Le SGBDR open source PostgreSQL paraît en version 8.3 avec 280 améliorations. Celles-ci se traduisent par des traitements de 5 à 30 % plus rapides qu'auparavant et des bases jusqu'à 20 % moins volumineuses.

L'analyse

Richard Green, grand patron de la division logiciels chez Sun, n'a pas eu d'encouragements assez forts pour accompagner le lancement de la dernière version de PostgreSQL : “ Cette nouvelle version est remarquable et nous recommandons à tous nos utilisateurs de l'essayer. ” Un entrain qui, au premier abord, surprend. On se souvient en effet que le constructeur vient d'investir 1 milliard de dollars dans la base concurrente, MySQL. Selon Pejman Tabassomi, consultant chez l'éditeur Quest Software, il s'agit pour Sun d'occuper des parts de marché : “ Ces deux SGBDR sont fournis avec Solaris 10. Si tous deux obéissent au standard SQL et sont des solutions open source, ils ne répondent pas aux mêmes besoins. ”

Déploiements critiques pour PostgreSQL

Historiquement, MySQL est considéré comme un SGBDR d'appoint, facile à administrer et suffisamment rapide en lecture. PostgreSQL a la réputation d'être plus complexe et pas forcément véloce, mais bien plus robuste et fonctionnel. “ En évoluant dans le sens des performances et de la compatibilité avec les standards les plus récents, PostgreSQL 8.3 va paradoxalement grignoter encore moins de parts de marché à MySQL, assure Pascal Haté, directeur de l'intégrateur Uperto. A eux deux, ils constituent désormais une offre open source suffisamment cohérente pour concurrencer les solutions propriétaires sur tous les fronts. ” D'après lui, MySQL aurait le champ libre pour accompagner les applications web et PostgreSQL serait plus que jamais une alternative à Oracle sur les déploiements critiques.

Utilisé par Yahoo et Wikipédia, respectivement troisième et sixième sites mondiaux en quantité de requêtes, MySQL peut depuis sa version 5.1 fonctionner en grappe pour répartir les charges et sait se répliquer pour garantir une haute disponibilité. “ De son côté, PostgreSQL 8.3 est un SGBDR objet de la même catégorie qu'Oracle, précise Pascal Haté. Il offre les mêmes fonctions que son concurrent propriétaire, mais son moteur ne pèse que 100 Ko en mémoire et son administration est plus simple. ” Il suggère qu'avec PostgreSQL, Sun pourrait faire migrer les clients d'Oracle vers l'open source, une perspective commerciale que n'offre pas MySQL. Marc Dutoo, consultant chez l'intégrateur Openwide, voit dans le double engagement de Sun le début d'une stratégie de plus grande ampleur : “ Les bases de données sont la partie émergée des piles applicatives. Si Sun peut proposer l'éventail des fonctions que telle ou telle entreprise attend d'un SGBDR, il est assuré de vendre aussi tout le reste, jusqu'au système d'exploitation. ” Et d'indiquer que si les clients sont aujourd'hui assez bien renseignés sur les qualités des solutions open source, ils redoutent toujours un défaut de support commercial. Sun est dans ce domaine susceptible de se substituer à l'éditeur que les logiciels libres n'ont pas, puisqu'ils sont élaborés par une communauté de développeurs indépendants. Sollicité, Sun n'a pas fait de commentaire.

Migration aisée depuis Oracle

Le constructeur n'est pas le seul à s'intéresser à cet aspect de PostgreSQL. L'Américain EnterpriseDB propose une version modifiée du SGBDR qui présente la particularité d'accepter directement les requêtes écrites pour Oracle, sans passer par les outils open source Ora2pg ou Talend. “ La démarche d'EnterpriseDB est astucieuse, analyse Pejman Tabassomi. Elle permet de migrer sans coûts supplémentaires et elle profite de la publicité que Sun fait autour de PostgreSQL en le distribuant avec Solaris 10. ” Reste à obtenir la reconnaissance du marché. Selon une enquête que l'éditeur Alfresco a récemment réalisée auprès de 35 000 utilisateurs de son progiciel de gestion de contenu, PostgreSQL arriverait en quatrième place des SGBDR déployés, avec 9 % de parts de marché, derrière MySQL (60 %), Oracle Database Server (14 %) et Microsoft SQL Server (13 %).

Les 10 principales améliorations de PostgreSQL 8.3

HOT (Heap Only Tuples) : méthode qui accélère de 75 % la maintenance des tables fréquemment mises à jour.
Validation asynchrone : PostgreSQL n'attend plus l'écriture sur disque pour passer à la requête suivante.
Dispersion des points de vérification : ceux-ci sont répartis pour améliorer les temps de réponse.
Parcours synchrones : les accès de plusieurs utilisateurs se superposent pour réduire le nombre d'entrées-sorties.
Support de Microsoft Visual C++ : PostgreSQL devient plus rapide sous Windows.
Support SSPI et GSSAPI : authentification sécurisée avec les annuaires Linux et Windows.
Support XML : reconnaissances des requêtes XPath et publication au format SQL/XML.
Colonnes Enum et tableaux composites : meilleure compatibilité avec les bases MySQL et Oracle.
Type UUID : autorise la conception d'applications distribuées.
Journaux : PostgreSQL notifie ses actions dans des fichiers au format CSV pour faciliter l'audit.

2 questions à… : Pejman Tabassomi, consultant chez l'éditeur d'outils d'administration Quest Software

Que peut apporter Sun aux SGBDR open source ?

“ La garantie d'un support commercial digne de celui d'un éditeur. Il est impératif pour une entreprise de disposer d'un contrat de maintenance avec une documentation adaptée, des ingénieurs disponibles en 24/7 et des mises à jour effectuées dans les temps. C'est principalement pour cette raison que les SGBDR propriétaires conservent des parts de marché importantes face à leurs équivalents en open source. Par ailleurs, il ne faut pas négliger que la bonne réputation d'un éditeur suffit à exonérer le DSI de toute remontrance en cas de problème. ”

Les développements de MySQL resteront-ils indépendants ?

“ Certes, ses moteurs de stockage MyISAM et InnoDB appartiennent respectivement à Sun et à Oracle. Mais cela n'a aucune conséquence technique. Il s'agit juste pour les deux éditeurs de se réserver certaines parts de marché dans le service proposé autour de ces technologies. ”

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