











Le logiciel Vidal Expert (base de données contenant l'intégralité des médicaments disponibles en France) devait être réécrit en Java. Le responsable informatique a opté pour Scrum, une des méthodes agiles. Un choix qu'il a fallu faire adopter à la direction et à l'équipe de développeurs.
1. Profiter d'un remaniement pour changer d'approche
Arrivé chez Vidal en juillet 2006 en tant que directeur de la branche Vidal Software, Jean-Laurent Fabre de Morlhon a été chargé de passer en Java des logiciels développés il y a dix ans, en Delphi pour la version PC et en 4D pour la version Mac OS. Vidal, qui édite le célèbre dictionnaire des médicaments, distribue une version gratuite de sa base sur CD-Rom à 90 000 médecins généralistes et une version payante qui inclut le logiciel Vidal Expert. Cette dernière permet la consultation de l'intégralité des spécialités génériques et hospitalières françaises. La décision de refondre les applications en Java est intervenue alors que l'équipe de Vidal Software avait été renouvelée presque entièrement. “ Une situation qui a facilité la mise en place de nouvelles méthodes de travail, admet Jean-Laurent Fabre de Morlhon. Il y a eu moins de résistance au changement. ” Il n'est en effet pas rare que le passage à ce type de méthode fasse exploser l'équipe de développement.
2. Rompre avec le traditionnel cycle en V
La gestion de projet traditionnelle en cycle – dit en V – impose la rédaction d'un cahier des charges par la maîtrise d'ouvrage (MOA), mais sans réelle concertation avec la maîtrise d'œuvre (MOE). Ce qui génère des tensions, des résistances aux changements pour un résultat généralement décevant : des fonctionnalités bancales, des interfaces graphiques déroutantes… La mise en œuvre finale du produit résultant d'un compromis forcé qui ne correspond pas aux besoins initiaux. Le projet de Vidal, critique pour l'entreprise – c'est son application phare – nécessitait la remise à plat de ces pratiques. “ Mon analyse était que la conduite du changement constitue un élément fondamental, et que le conflit provenait du manque de communication entre le moment où le cahier des charges était rédigé et la réalisation du projet, souligne Jean-Laurent Fabre de Morlhon. J'ai opté pour la méthode Scrum car elle ne nécessitait qu'un cahier des charges minimal, ce qui a également séduit la MOA. ”
3. Sensibiliser les dirigeants et les développeurs
Deux mois avant le début du projet, Jean-Laurent Fabre de Morlhon a entamé une phase de sensibilisation globale de l'entreprise. L'objectif était de démystifier le projet et la méthode choisie. Il a commencé par les directions générale et financière qu'il a conviées à une réunion. L'information a dans un second temps été diffusée progressivement à l'équipe de développeurs, afin de leur présenter la méthodologie retenue, et plus particulièrement Scrum (mêlée en anglais). “ Je me suis fait accompagner par un consultant de la SSII Valtech spécialiste des méthodes agiles, afin d'apporter un œil extérieur à ce projet ”, indique le responsable informatique. Il lui a fallu en outre se documenter sur la méthode Scrum. Il a récupérées des informations en ligne qu'il a fait circuler dans son équipe pour en discuter avant le début du projet. A chacun, il a remis des photocopies et une synthèse en français des points les plus critiques.
4. Un planning réactualisé tous les 15 jours
Le projet commence par une réunion d'équipe pour élaborer un calendrier des quinze prochains jours ouvrés (“ sprint planning ”). Cette réunion nécessite une préparation de chacun des participants. Ce qui s'avère difficile dans les premiers temps, car les développeurs ne sont pas habitués à ce mode de fonctionnement. Lors de chaque sprint planning, chacun est amené à estimer la durée des tâches qu'il doit réaliser. Il convient donc d'avoir une idée précise des thèmes abordés dans la réunion, afin d'être en mesure d'évaluer son temps de travail. La synthèse du sprint planning est contenue dans un document, le “ backlog ”, réactualisé. De plus, chaque matin, l'équipe de Vidal Software se réunit afin de récapituler les tâches de la veille et celles de la journée dans une “ Scrum meeting ”, une réunion express qui dure de 5 à 15 minutes.
5. Une nouvelle approche qui s'est avérée payante
Au final, le bilan est positif. Les dix personnes de l'équipe ont réussi à travailler ensemble sur un projet peu étendu, grâce à une méthode favorisant la communication quotidienne. Le logiciel s'est même révélé mieux que prévu. Et ce qui n'a pas été mis en œuvre le sera dans la version R2, prévue pour ce début année.
Activité : maison d'édition médicale.
Création : La société a été fondée en 1911. Elle a été reprise en 2004 par le groupe United Business Media.
Refondre les applications Vidal Expert sur CD-Rom en Java.
L'ensemble de l'équipe de développement informatique de Vidal Software, soit dix personnes.
Scrum, l'une des méthodes agiles à base de développements itératifs. Elle préconise la tenue de réunions quotidiennes.
Entre février et mars 2007 : sensibilisation de la direction et des équipes au projet de refonte.
Avril : lancement du projet.
Décembre 2007 : livraison de la première version du logiciel refondu.
Mars 2008 : livraison prévue de la version 2.
10 années/homme en interne, plus un consultant de Valtech.
Spécialiste des méthodes agiles, il enseigne également le génie logiciel à l'université Paul-Sabatier de Toulouse
“ L'expression “ méthodes agiles ” date de 2001 ”
“ Mais Scrum est né bien avant puisqu'elle date de 1993. En revanche son adoption en France est bien plus tardive. Elle n'a pris son essor que depuis deux ou trois ans seulement. Scrum prend de l'ampleur du fait des retards et de l'insatisfaction engendrée par les méthodes de développement classiques. L'intérêt de Scrum réside dans l'implication des utilisateurs et dans les bonnes conditions de travail qu'elle engendre pour les équipes de développeurs. Le travail en équipe et les initiatives personnelles sont fortement incitées. ”
“ Le moment le plus délicat est la première réunion de sprint planning ”
“ C'est là qu'il faut définir les attentes finales pour fixer les objectifs. Or, les maîtrises d'ouvrage n'ont pas l'habitude de dire clairement ce qu'elles veulent. Elles laissent souvent les développeurs faire ce qu'ils veulent. Même si les méthodes agiles ne sont pas appliquées partout, on constate une augmentation du développement par lots ou itérations. Les méthodes agiles ont l'avantage d'apporter un cadre. ”
