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Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

« La France, une terre d'accueil pour les porteurs de projets  »

Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Frédéric Simottel, 01 Informatique (n° 1937), le 21/02/2008 à 08h00
Comment analysez-vous la position de la recherche française en matière de TIC ?
Valérie Pécresse : La recherche française en technologies de l'information vient d'être récompensée par le prix Turing, décerné à Joseph Sifakis, directeur de laboratoire à l'université Joseph-Fourier de Grenoble. C'est un énorme encouragement ! Il est vrai, cependant, que la France n'investissait pas assez, jusqu'à présent, dans la R&D en TIC : deux fois moins que les Etats-Unis et quatre fois moins que la Finlande. Mais avec le renforcement des financements de la recherche, nous allons faire de la France une terre d'accueil pour les porteurs de projets. Le gouvernement a débloqué 12 milliards d'euros sur les cinq prochaines années, et les TIC seront bien servies : le budget de l'Inria connaîtra une augmentation de 50 % en cinq ans !
Comment améliorer la renommée de nos écoles et universités ?
VP : La loi sur les libertés et responsabi­lités des universités, votée en août dernier, redonne des marges de manoeuvre aux universités, pour les rendre plus réactives, mais aussi pour suivre au plus près les étudiants, les formations et les taux de réussite. Quant à la recherche française, elle souffre d'un mauvais référencement des publications et, surtout, d'un manque de politique de site : c'est cette politique que je souhaite consolider avec l'opé­ration Campus. Je veux renforcer les contacts entre les étudiants et la recherche, et rapprocher les entreprises innovantes des étudiants et des chercheurs. Les universités sont invitées à proposer des lieux de convivialité, d'échanges et de partenariat entre les entreprises, les chercheurs et les étudiants. Cinq milliards d'euros seront consacrés à dix nouveaux campus. Avec cette opération, nous comptons créer de véritables réseaux de la connaissance ouverts à tous, où l'enseignement, la recherche et l'entreprise se retrouveront, où les chercheurs travailleront dans les meilleures conditions. C'est dans ces campus que les chercheurs français partis à l'étranger voudront revenir sur le territoire national et que nous drainerons les meilleurs chercheurs étrangers.
Qu'envisagez-vous pour développer davantage les partenariats publics-privés ?
VP : L'Europe a décidé de fonder son économie sur l'innovation et la connaissance, sources de croissance, d'emplois et de meilleure qualité de vie. L'action du gouvernement s'inscrit dans cette perspective, et la réforme de la recherche et de l'université que nous menons vise à favoriser les partenariats entre les entreprises et la recherche publique. Nous incitons les organismes de recherche à travailler avec le tissu économique local, en particulier au travers des pôles de compétitivité et des instituts Carnot. Côté formation, les entreprises participent aux conseils d'administration des universités, et à la création de fondations dans ces universités. J'ai aussi mis en place à la rentrée 2007 le dispositif des doctorants-conseils qui assurent des missions de conseil dans les entreprises. Pour les partenariats financiers, nous avons élaboré des dispositifs incitatifs pour la recherche et l'innovation : le crédit d'impôt recherche a triplé, pour atteindre 30 % des dépenses de R&D.
Où sont les Google tricolores de demain ?
VP : C'est en renforçant l'esprit d'initiative et d'entreprenariat dans nos universités et nos écoles que nous ferons émerger les services à forte valeur ajoutée de demain. La création du statut de jeune entreprise universitaire s'inscrit dans cette logique : depuis le début de l'année, un jeune diplô­mé ou un chercheur d'une université bénéficie d'avantages fiscaux conséquents, afin de valoriser ses travaux. Nous encourageons ainsi le foisonnement des initiatives d'où émergeront les Google trico­lores que vous appelez de vos voeux ! De plus, nous renforcerons les structures de valorisation en région. En mutualisant les structures existantes localement, nous les aiderons à atteindre la taille critique pour embaucher des profils tant techniques que marketing. En décentralisant les structures nationales, nous rapprocherons les structures de valorisation des équipes de recherche. Mise à disposition de locaux, soutien juridique, aide à la levée de fonds, tels sont les services qui seront proposés par ces unités de valorisation régionales. Celles-ci assureront également la sensibilisation à la protection de la propriété intellectuelle, la promotion de l'entreprenariat ou encore le rapprochement des laboratoires avec les entreprises. C'est en transformant les relations entre recherche et entreprise, entre université et entreprenariat, qu'émergeront les entreprises innovantes à fort potentiel.

Cet article est extrait de : 01 Informatique

Hebdomadaire stratégique d'actualité, son objectif est d'informer et d'aider les décideurs dans leurs choix de produits et de solutions technologiques.

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