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encyclopédie participative

Sur Wikipédia, qui a le dernier mot ?

Site de référence ou vaste fatras d'articles imprécis parfois ? L'encyclopédie collaborative divise. Voici des éléments pour vous faire votre propre opinion.
Magali Rangin, Micro Hebdo (n° 512), le 14/02/2008 à 07h00
« Dis donc , Ascenseur pour l'échafaud, c'est de qui déjà ? Et la musique aléatoire, c'est quoi au juste ? » « Attends, je vérifie sur Wikipédia. » Nous sommes nombreux à utiliser la désormais célèbre encyclopédie collaborative Wikipédia. Mais qui connaît vraiment son fonctionnement, et surtout, faut-il s'y fier aveuglément ?
D'abord, il y a les chiffres. Ils sont pharaoniques ! Wikipédia en version française, ce sont plus de 610 000 articles et pas loin de 350 000 contributeurs enregistrés. Sans oublier les deux millions d'images et plus, vidéos et extraits sonores libres, disponibles sur Wikimédia Commons.
Ensuite, il y a l'éternelle controverse. Formidable outil de connaissance pour les uns, fatras désorganisé et imprécis pour les autres, l'encyclopédie collaborative multiplie en tout cas les efforts pour rendre ses articles aussi fiables que sérieux. Mais c'est un constat : des bibliothèques universitaires américaines vont jusqu'à en interdire l'usage via un panneau « Just say no to Wikipedia » (dites non à Wikipédia) !
Ne vaudrait-il pas mieux apprendre à s'en servir intelligemment ? Recopier le contenu d'une encyclopédie, quelle que soit sa forme, n'a jamais rendu quiconque savant. En revanche, connaître le fonctionnement de Wikipédia permet de l'utiliser avec discernement et de reconnaître les articles sensibles. Et de se poser la question : comment un outil modifiable par n'importe qui peut-il être fiable ?

Des contrôles dans les règles

Si chaque contributeur peut participer à la rédaction d'articles et en modifier le contenu, ces derniers sont en fait contrôlés et corrigés, si nécessaire, par des wikinautes vigilants. Et malgré l'absence d'un comité de lecture qui validerait tous les articles, des patrouilleurs gardent un oeil sur les modifications récentes pour vérifier s'il y a des ajouts d'erreurs et des actes de vandalisme. Certains articles sont même soumis à des experts. « La femme iranienne » par exemple, a ainsi perdu sa mention « article de qualité » après la relecture critique d'un chercheur du CNRS.
Enfin, les 162 administrateurs disposent d'outils pour protéger les articles ou bloquer l'adresse IP des petits malins qui veulent vandaliser le site. En outre, médiateurs (wikipompiers) et arbitres interviennent dans les « guerres d'édition » et tentent de faire avancer les débats entre les contributeurs. Parmi les zones de feu, on relève, sans surprise, les origines du christianisme, le Macintosh ou la bande de Gaza.
D'autres acteurs, comme les wikignomes et les wikifées veillent dans l'ombre au bon fonctionnement de l'encyclopédie en réparant les liens cassés, en corrigeant les coquilles...

Une réactivité imbattable

Après le magazine Nature , qui a publié en 2005 une étude comparative des articles de Wikipédia et ceux de l'Encyclopædia Britannica, l'hebdomadaire allemand Stern a commandé une autre étude, parue en décembre 2007, pour comparer les articles de Wikipédia à ceux de la vénérable encyclopédie Brockhaus. Résultat, les deux études attestent la fiabilité de l'encyclopédie participative gratuite. Et surtout une réactivité imbattable !
Le gros atout de Wikipédia, c'est sa transparence. Pour peu qu'il soit curieux, l'internaute peut accéder à tous les débats qui ont précédé la promotion d'un article au statut « d'article de qualité ». La consultation de l'historique permet de comparer les différentes versions de l'article, et donc de constater les modifications qui y ont été apportées au fil du temps. Autre démarche possible, la consultation des sources. Un bon article est « sourcé ». Cela permet non seulement de vérifier sa fiabilité, mais aussi d'approfondir un sujet.
Comme le souligne, à juste titre, David Monniaux, membre du conseil d'administration de l'association Wikimédia France : « C'est l'usage normal d'une encyclopédie pour un travail universitaire. On ne copie jamais les informations. On lit l'encyclopédie pour avoir un aperçu, les mots-clés, les références, et ensuite, on consulte des ouvrages spécialisés. »

Sur la piste des contributeurs naïfs

Mis en place en août 2007, Wikiscanner est un outil inventé par un jeune hacker, étudiant de 24 ans, Virgil Griffith. Wikiscanner permet de tracer les contributeurs à adresse IP fixe. Et donc de repérer, par exemple, quelles organisations (partis politiques, grandes entreprises) ont opéré des modifications dans Wikipédia. La mairie de Levallois-Perret a ainsi « corrigé » un article concernant son maire Patrick Balkany.
Est-ce la parade absolue contre les mauvais contributeurs ? Pas forcément. Pour David Monniaux, « le Wikiscanner ne permet de détecter que les personnes naïves et mal organisées. » L'outil ne détecte en effet que les personnes qui éditent sans avoir créé de compte, ainsi que celles connectées à partir de grands réseaux d'entreprise, enregistrées sous leur nom.
Pour David Monniaux, « rien de plus simple pour une société bien organisée que louer des lignes ADSL en plus, lesquelles seront enregistrées au nom de Wanadoo, Neuf... et non pas de leur société, ou encore de demander à leurs employés d'éditer depuis chez eux ou depuis un cybercafé. »

Wikipédia contre les encyclopédies classiques

On oppose souvent à Wikipédia les encyclopédies « classiques », telles que l'Encyclopædia Universalis ou Le Petit Robert. Mais celles-ci sont souvent à la traîne sur les sujets d'actualité ou les thématiques techniques. Ainsi, pas trace d'Oled (diode électro-luminescente organique) dans l'Encyclopædia Universalis, alors que Wikipédia fournit des informations, certes à l'état d'ébauche, mais qui ont le mérite de poser les bases.
Et puis, ces poids lourds ne sont pas à l'abri de définitions tendancieuses. Telle celle qui, dans l'édition 2007 du Petit Robert, qualifiait la colonisation de « mise en valeur, exploitation de pays devenus colonies », tempérée dans l'édition 2008 par une citation d'Aimé Césaire.
Wikipédia comporte aussi son lot d'articles controversés. Ainsi, des sujets comme les OGM ou l'alchimie, sont-ils taxés de non-neutralité pour cause d'absence de sources fiables et de propos imprécis. Sans oublier les coquilles comme celle trouvée dans l'article sur le drapeau français : tricolore certes, mais à « quatre bandes verticales d'égale largeur » !

Les clés pour analyser un article

Articles de qualité. Exemple : le big-bang
Les articles de qualité - AdQ dans le jargon wikipédien - sont signalés par une petite étoile en haut à droite de la page. L'encyclopédie en compte un peu plus de 400 et 24 portails. Ce label résulte du vote des contributeurs. Les votes, qu'ils soient pour ou contre, doivent être argumentés. Sont autorisés à voter les wikinautes qui possèdent un compte - l'inscription est rapide et gratuite - et qui ont apporté plus de cinquante contributions. Le label n'est pas attribué à vie, un article peut être promu ou déchu.
Articles partisans. Exemple, la Grande Epoque
L'article consacré au journal Epoch est signalé comme provoquant « une controverse de neutralité ». C'est sur les sujets sensibles qu'il faut être le plus vigilant car, selon Wikimédia, ce sont eux qui « attirent les contributeurs peu compétents ou mal avisés ». En ligne de mire, la politique et la religion.
Pour David Monniaux, « les interventions partisanes se détectent plutôt sur le fond des contributions. Lorsqu'on repère une personne qui, sélectivement, ôte certains faits ou semble obsédée par un sujet unique et particulier, on peut la soupçonner d'intervention partisane. » La parade est d'exiger qu'elle donne une source « indépendante et sérieuse ».
Aux utilisateurs de rester vigilants concernant les articles aux thèmes peu controversés... En effet, ceux-ci sont moins surveillés que les autres.
Articles détournés. Par exemple, les expressions marseillaises
Cet article reprend in extenso le contenu d'un autre site et porte donc un bandeau signalant une « violation possible du droit d'auteur ».
Articles protégés.
Sur un sujet délicat, sensible ou trop souvent vandalisé, les administrateurs de Wikipédia peuvent décider de protéger les articles. Afin de pouvoir modifier ces pages, il faut alors faire une demande auprès des administrateurs. Les pages semi-protégées, signalées par un petit cadenas en haut à droite sont, elles, seulement fermées aux contributions des internautes non enregistrés.

Cet article est extrait de : Micro Hebdo

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