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stratégie
Décloisonner le PGI pour favoriser l'innovation
Pour les PME, le choix d'un PGI vise souvent à mieux encadrer l'activité et la gestion comptable. Mais il peut aussi aider à innover, à condition d'étendre son champs d'action à tout le système
d'information.
Laurent Sounack et Francisco Villacampa,
01 Informatique, le 31/01/2008 à 14h07
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Les PGI équipent près d'une PME sur deux. Malgré ce succès, ils restent vus d'un mauvais oeil. On leur reproche leur rigidité, qui oblige l'entreprise à adapter ses processus à celle de l'outil.
Egalement d'être propriétaires et difficilement interopérables : « C'est vrai qu'avec un PGI, on a souvent le sentiment d'être prisonnier et livré au bon vouloir de l'éditeur », confie Christian Lehr, président du
groupe Viadom et utilisateur de Navision (maintenant Dynamics NAV) depuis 2003. Dans une chronique récente, même Christophe Raymond, le directeur technique de Cegid, se livre à un dynamitage en règle, souhaitant au progiciel intégré d'évoluer
vers un « PGI désintégré ». Car, dit-il, « les PGI évoluent moins vite que les organisations. Le cycle du business est devenu plus court que celui du renouvellement des systèmes d'information. » Monolithique, fermé, peu agile, le PGI apparaît
sous cet angle un piètre candidat pour favoriser l'innovation.
Circonstances atténuantes, ce n'est pas ce que les entreprises lui demandent en priorité. Pour Guy Hédouin, PDG de la société de distribution de matériel de sécurité Atonis, la mise en oeuvre d'un PGI répond à un
besoin de rigueur. « SAP Business One m'a permis de mettre en place une organisation multisite et toute l'entreprise a été structurée autour de lui. » Pour beaucoup d'entreprises, la mise en oeuvre d'un PGI vise
plus prosaïquement à réaliser des économies substantielles. « Nous avons réalisé 200 000 euros d'économies en un semestre, grâce à une meilleure gestion des taux de déchets et de la rotation des stocks. Auparavant, les bobines immobilisées
n'étaient pas détectées », illustre Roland Beaume, directeur administratif et financier des Papeteries du Pont de Claix. Une entreprise qui exploite l'environnement OpenVMS et le PGI SAP R/3
Vers le PGI étendu, hébergé et orienté services
Pourtant il serait injuste de limiter le PGI à ses simples fonctionnalités de gestion, de planification et de rationalisation de l'activité. Car il affiche de nouvelles ambitions. Par exemple, en matière de pilotage de
l'activité. « Même si leur couverture est partielle, les éditeurs sont tous en train d'intégrer nativement de nouvelles fonctions comme le décisionnel, qui apportent aux dirigeants des outils pour prendre les bonnes décisions »,
illustre Vincent Lieffroy, consultant du cabinet d'études CXP. Autre évolution, le passage du concept presque ancien de logiciel hébergé à celui de logiciel exploité comme un service (SaaS). « Les entreprises sont réticentes à confier à des
prestataires certaines fonctions comme la comptabilité et l'offre se concentre sur la paie, les RH et la GRC », tempère toutefois Vincent Lieffroy.
Mais pour les éditeurs, l'adoption des architectures orientées services représente un moyen de contourner les principaux freins à l'adoption du PGI dans les PME : lourdeur du déploiement, manque de compétences et de
ressources, contraintes de maintenance matérielle et logicielle. « Pour les PGI, ces architectures apportent la promesse d'automatiser les actions à un niveau bien plus fin », explique Alain Petrissans, consultant chez IDC. Le PGI peut alors
s'aligner sur la dynamique de l'entreprise. « Modulaire et fondé sur une architecture orientée services, il dispose de capacités élevées d'intégration, il se compose, se décompose et se recompose à l'infini », explique
Christophe Raymond de Cegid.
Intégrer le PGI au système d'information
Certaines entreprises ont bien compris que conjuguer efficacité et innovation passait par le décloisonnement du PGI, devenu le socle du système d'information. D'où la notion de progiciel étendu au reste du système
d'information. « Le PGI se fond dans les interfaces du quotidien. Des bouts de processus sont convertis en scénarios métier exploitables depuis des outils familiers, comme Outlook ou depuis des « widgets », relève Christophe Raymond. Bientôt,
le PGI alimentera directement les portails intranet, couplé à des moteurs sémantiques, accélérant de manière fulgurante le partage de l'information. » Le laboratoire Igna de Nantes illustre cette banalisation de l'accès au PGI depuis
des interfaces courantes. Son travail est de réaliser des analyses génétiques sur demande de la justice. Le laboratoire a ainsi mis en place une plate-forme documentaire qui répond à des exigences légales. Depuis l'implantation du PGI
Microsoft Dynamics NAV, « nous disposons d'une base de données centralisée qui stocke nos données administratives et les dizaines de milliers de tests que nous réalisons tous les ans. Lorsqu'un magistrat nous contacte afin
d'obtenir des précisions, nous n'avons plus besoin de fouiller dans les archives car les données sont consultables sur écran », illustre Soizic Lebeau, DSI de l'Igna.
Dans le domaine de la production, le PGI qui s'adjoint la collaboration de modules additionnels peut collecter des informations de terrain liées à la demande. Ce qui peut déboucher sur la création de nouveaux produits. Par
exemple, l'usage d'un configurateur couplé au PGI peut servir de levier pour innover. Sa mission première consiste en effet à manipuler, en un temps réduit, des milliers de règles, pour permettre au client de commander un produit qui
puisse être fabriqué. Puis, la commande est traduite par le PGI en un plan de fabrication transmis aux automates de l'atelier. Lorsque le configurateur indique qu'un produit ne peut être fabriqué, il n'en remonte pas moins des
exceptions au PGI, ce qui donne des idées d'innovation à l'entreprise. « Des règles permettent à notre configurateur Syte Select de remonter des informations vers notre PGI Syteline SL [édité par Infor, NDLR], à propos de produits
demandés mais non fabricables. Nous nous sommes rendu compte qu'une forte demande existait pour des portes mixtes, constituées d'aluminium et revêtues de bois. Nous avons aussi découvert que certains niveaux de finition étaient
réclamés. Toutes ces informations ont débouché sur la création d'une nouvelle gamme de portes baptisées Tandem », explique Sylvain Chauveau, DSI du groupe Samic Production. Cette gamme innovante a fait l'objet de dépôts de brevets,
destinés à protéger le procédé d'encapsulation de métal avec du bois.
Le PGI dit étendu peut aussi travailler avec des logiciels de gestion du cycle de vie produit (PLM). Cette collaboration débouche sur l'intégration au PGI des processus des bureaux d'études et des méthodes qui traduisent
techniquement la créativité de l'entreprise, son patrimoine immatériel. Au minimum, cela facilite la réutilisation des procédures existantes lors de nouveaux développements. « Le logiciel de PLM Windchill établit une synchronisation avec les
PGI du marché. Cela apporte au PGI une vision concrète du processus de fabrication, qui comprend la gestion de projet, la conception, l'établissement de nomenclatures et l'industrialisation », souligne Guy Ladan, directeur du
développement des ventes chez PTC France. Cette approche est retenue par l'horloger Rolex pour concevoir de nouvelles montres, et par le fabricant de motocyclettes chinoises Grand River Group.
Dans ce contexte, c'est bien l'ouverture du PGI au reste du système d'information et non sa seule détention qui apparaît comme une clé de l'innovation. Comme le confirme Alain Pétrissans, consultant chez IDC,
en affirmant que « le PGI est devenu une condition nécessaire mais pas suffisante pour tirer son épingle du jeu ».