« Je peux tout faire et tout est plus simple ! » Frédéric Saincy, DSI chez Bestofmedia, ne s'emballe pas ainsi sur la dernière version de Windows Server ou de Red Hat Enterprise Linux. Sa satisfaction, il la doit à Debian, le Linux qui anime trente-trois de ses serveurs en production. Aussi répandu dans les entreprises que Red Hat et Suse, selon une estimation d'IDC faite début 2007, Debian GNU/Linux est un système serveur communautaire, gratuit, sans éditeur pour en assurer officiellement l'assistance technique, mais soutenu par la locomotive des développeurs qui ont fait le succès de Linux. Fait notable, HP garantit son utilisation sur ses serveurs, et le Conseil de l'Europe et la Gendarmerie nationale en sont de fervents adeptes.
Il y a trois ans, le modèle de Debian a été décliné dans le système Linux Ubuntu, orienté, lui, sur l'utilisation du poste de travail. Devenu rapidement populaire grâce à la convivialité de son environnement graphique façon Mac OS X - un fait trop rare sur PC, où même les bureaux de Red Hat et Suse miment l'interface de Windows -, Ubuntu fait aujourd'hui parler de sa propre version serveur. Celle-ci revient à Debian, avec quelques aménagements cosmétiques pour rendre le système plus accessible au néophyte. Citons, par exemple, l'absence du compte superutilisateur. Système d'exploitation sponsorisé depuis peu par Dell et, plus discrètement, par Sun, Ubuntu se trouve installé depuis la dernière rentrée parlementaire sur le poste de chaque député. L'observatoire DesktopLinux le crédite de 30,3 % de parts de marché sur le bureau Linux, loin devant Suse (19,6 %), Red Hat (7,4 %) et Mandriva (3 %).
Sans représentant légal en France, Debian et Ubuntu sont devenus l'affaire des intégrateurs, lesquels se réjouissent de pouvoir proposer des offres à la carte en dehors de toute contrainte dictée par un éditeur (une liste de prestataires est disponible sur www.debian.org/consultants/#France et www.ubuntu-fr.org/carte/ .)
Un principe technique différent de Red Hat
Au contraire de la plupart des Linux usuels, Suse et Mandriva en tête, Debian et Ubuntu ne sont pas une énième re-carrosserie de Red Hat. Ils utilisent une logithèque au format DEB, résolument incompatible avec le dispositif RPM qui régit l'écosystème de leurs concurrents. « Ce principe est la pierre angulaire d'une administration plus facile, plus automatisée , témoigne Tony Oger, consultant à son compte sous l'étiquette Libra-Linux. Ici, l'installation d'un logiciel déclenche le téléchargement de toutes les ressources nécessaires. Par exemple, il suffit d'installer l'interface d'administration PHP-MyAdmin pour que le système aille chercher, mette en route et configure tout seul Apache, PHP et MySQL. Ni Red Hat ni Novell ne sont parvenus à intégrer correctement cette fonction. » Et d'expliquer qu'une base unique référence les 18 000 applications qui existent au format DEB, avec toutes les dépendances possibles. Red Hat et Novell utilisent, eux, des bases de logiciels réglementées par des choix éditoriaux restrictifs, laissant le champ libre à l'éparpillement des nouveautés sur des bases alternatives. « Cela complique énormément la tâche de l'administrateur » , remarque Tony Oger.
Pour la pérennité des serveurs
Autre avantage, l'évolutivité des machines sous Debian ou Ubuntu est transparente. Chaque mise à jour reprend autant que faire se peut la disposition sur le disque dur qu'employait la version précédente d'un logiciel. Maxime Desbrosses, un entrepreneur bordelais qui entend bâtir son activité de service autour de Debian, estime qu'il s'agit là d'un facteur d'adhésion très fort pour ces distributions : « J'ai été jusqu'à remplacer le système par une nouvelle version sur des serveurs en production. C'est très mal, il ne faut pas le faire. Mais c'est possible ! Une seule commande installe tout le système en tâche de fond. Au redémarrage, tout l'environnement est à jour, mais le système a conservé son comportement d'origine. Les services sont toujours actifs, aucune reconfiguration n'est nécessaire et il n'y a pas de données perdues. » Frédéric Saincy abonde dans le même sens : « La communauté des développeurs Debian présente l'avantage de publier pendant très longtemps des correctifs, ce qui me permet depuis trois ans d'utiliser sur mes serveurs des versions éprouvées, mais à jour, des logiciels. » Les développeurs d'Ubuntu, eux, s'engagent à proposer des mises à jour pour une version donnée de leur système pendant cinq ans. Tout cela reste gratuit. Tony Oger regrette que Red Hat et Novell aient restreint depuis 2003 cette pratique à leurs versions commerciales : « Ils continuent de publier des déclinaisons gratuites de leurs Linux. Mais pas question de les faire entrer en production : on ne peut pas les mettre à jour. Il faut réinstaller tout le système à chaque nouvelle version, tous les semestres. » Cerise sur le gâteau côté Debian, depuis la version 4.0 parue en avril dernier, les mises à jour du système se font plus rapidement et de manière sécurisée : le système ne télécharge plus que la portion de code d'un logiciel qui a été modifiée et la chiffre lors du transfert pour éviter toute attaque. Les RPM ne bénéficient pas encore de cette possibilité.
Complet sur le poste de travail
Maxime Desbrosses se réjouit de la simplicité de l'interface graphique d'Ubuntu : « Il s'agit à ma connaissance du seul système capable de télécharger automatiquement le bon codec lorsqu'il ne parvient pas à ouvrir un fichier. La fourniture de pilotes génériques permet, elle, de connecter les périphériques les plus hétéroclites sans se rendre sur le site du constructeur. Moi qui travaillais dans une entreprise anglophone auparavant, j'ai apprécié de pouvoir changer la langue du système d'un clic. Et puis, les menus ne sont pas surchargés comme dans Red Hat, Suse ou... Microsoft Windows. » Pour Tony Oger, Ubuntu est au moins autant candidat au remplacement de Windows sur le poste de travail que Mac OS X : « Contrairement aux autres tentatives de bureau Linux, il n'y a plus rien ici qui puisse pénaliser l'utilisateur final. » Ubuntu résoudrait même le problème récurrent de la mise à jour du poste : très peu gourmand en ressources, il promettrait d'évoluer pendant plusieurs années sur le même matériel. « Le véritable frein à l'arrivée de Linux sur le poste de travail est maintenant d'ordre technique, selon Tony Oger. Le système est difficilement compatible avec Active Directory, l'annuaire dont se sert Microsoft pour noyauter l'ensemble du système d'exploitation. En revanche, lorsque les entreprises passeront leurs serveurs à OpenLDAP, attendez-vous à une déferlante d'Ubuntu sur les PC ! » La dernière version 7.10, distribuée depuis le 18 octobre, comprend des outils de migration qui récupèrent toutes les données personnelles depuis un compte Windows, ainsi qu'un bureau en 3D pour basculer entre plusieurs environnements de travail.
Pas d'Oracle, de SAP, ni de Peoplesoft
Revers de la médaille, être des Linux 100 % communautaires interdit à Debian et Ubuntu tout partenariat commercial. « Si l'on s'en sert pour déployer un serveur Oracle, Peoplesoft ou SAP, les contrats d'assistance technique de ces éditeurs ne sont pas valables » , dit Tony Oger. Mais Frédéric Saincy souligne que c'est possible techniquement : « Il m'a suffi de modifier les scripts d'installation pour qu'Oracle 10g fonctionne sur mes serveurs. J'ai toujours accès aux correctifs de l'éditeur, mais je ne bénéficie plus de son assistance technique. » Les matériels posent, eux, des problèmes de compatibilité, résolus chez Red Hat et Novell par des pilotes propriétaires. Frédéric Saincy relativise : « Les développeurs de Debian et Ubuntu parviennent toujours à écrire des pilotes adaptés après-coup ; pour les utilisateurs, il s'agit juste de résister à l'attrait de la nouveauté pendant trois ou quatre mois. »
Debian est un Linux non commercial qui dispose d'un système de mises à jour particulier pour garantir l'homogénéité d'un serveur.
Ubuntu décline le modèle technique de Debian sur le poste de travail, avec une interface inspirée de Mac OS X.
... différents de Red Hat et SuseLes logiciels pour Debian et Ubuntu sont distribués au format .deb, différent du format .rpm qu'utilisent les Linux Red Hat et Suse.
Debian et Ubuntu misent sur la facilité d'utilisation, là où Red Hat et Suse revendiquent la richesse fonctionnelle.
Debian et Ubuntu sont gratuits et livrés sans contrat de maintenance.
Alors que Red Hat et Novell installent quantité de logiciels par défaut, Debian et Ubuntu sont très modulaires. La bonne pratique, pour un serveur, est de partir d'un système sur lequel on n'installe que le nécessaire.
2. Des mises à jour optimalesLes mises à jour respectent la structure originale du système et peuvent être réalisées en une fois pour l'ensemble des programmes installés. La procédure ne requiert aucune reconfiguration.
3. Très simple d'utilisationEn mode texte, Debian s'administre avec des commandes simples. En mode graphique, Ubuntu emprunte de bonnes idées à MacOS X, à commencer par ne pas surcharger les menus et le bureau.
L'installation et toutes les mises à jour sont gratuites. Debian et Ubuntu ne sont pas des produits commerciaux, leur téléchargement est libre. Contrairement à la courte validité des Linux gratuits de Red Hat et Suse, chaque version de Debian est mise à jour pendant deux ans et jusqu'à cinq ans pour une version d'Ubuntu.
L'administration est plus simple. Une seule commande met à jour une application, tout le système, ou encore installe une nouvelle version d'une application ou du système. L'opération se réalise en tâche de fond, ne nécessite pas de reconfiguration ni de réimporter toutes les données. Il n'est jamais demandé de repartir d'un disque dur vierge.
... un inconvénientAucun partenariat commercial. Les éditeurs commerciaux ne fournissent pas d'assistance technique pour leurs produits sur Debian et Ubuntu. Mais les versions Linux de ces produits fonctionnent sur ces systèmes. Il en va de même pour les matériels, les utilisateurs devant parfois attendre que la communauté des développeurs résolve un problème d'incompatibilité.
« Nous disposons d'un parc de 2 000 serveurs, dont 60 % sont sous Linux. Parmi eux, 5 % subsistent en Red Hat. Tous les autres fonctionnent sous Debian. Nous avions commencé en 2001 notre service d'hébergement avec du Red Hat, jusqu'à ce que celui-ci devienne payant. Nous sommes alors passés à Debian. Non seulement il est gratuit, mais son système de mise à jour, plus simple, autorise une politique de sécurité plus rigoureuse. Nous y avons gagné deux avantages supplémentaires. D'une part, Debian permet de n'installer que le strict minimum, ce qui permet d'économiser des ressources. D'autre part, il fonctionne parfaitement avec le système de virtualisation Xen. Il y a toutefois eu des écueils, comme le fait de devoir adapter nous-mêmes des pilotes Raid et l'outil de surveillance que Dell fournit pour Red Hat. »
Vrai. Même si quantité d'outils graphiques existent et que l'on parvient à savoir lesquels il est judicieux d'installer, Debian a vocation à s'utiliser sur des serveurs à l'aide de la ligne de commande. Celle-ci est d'un abord bien plus aride que les interfaces d'administration fournies avec Red Hat et Suse.
Faux. Destiné à des serveurs non critiques, Debian suppose une administration allégée. Les mises à jour se résument à une seule commande, plus courte que la série de manipulations à effectuer sur les interfaces de Red Hat et Novell.
Ubuntu n'est pas crédibleFaux. Derrière Ubuntu, se trouve le milliardaire sud-africain Mark Shuttleworth et un investissement de dix millions de dollars pour développer un véritable projet de bureau open source alternatif à Windows. Une société existe, Canonical, pour commercialiser de l'assistance technique en ligne.
Oracle ne fonctionne pas sur DebianVrai. L'éditeur Oracle déconseille d'installer ses produits sur Debian, sous peine d'annuler toute assistance de ses services.
Faux. Les archives RPM pour Red Hat et Suse de tous les logiciels commerciaux peuvent s'installer sur Debian, moyennant l'utilisation de l'utilitaire Alien. Concernant Oracle, celui-ci livre une version au format DEB de sa base de données 10g XE. Il ne s'agit en revanche que de la version gratuite, livrée sans aucune assistance.
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Le concurrent - Alain Cherki, directeur Linux chez Novell France | |
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L'intégrateur - Alexandre Zapolski, PDG de Linagora | |
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