La fibre jusqu'à l'abonné : tout reste à faire !

A peine sorti des limbes, le Fiber to the Home pourrait restructurer les services aux entreprises et mener à une recomposition parmi les acteurs de l'ADSL.
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Alors que les offres des opérateurs se multiplient, qu'en est-il de la révolution promise par le FTTH (Fiberto the Home), ce raccordement de l'abonné tout en fibre optique, avec un débit symétrique de 50, voire de 100 Mbit/s ? Les opérateurs tricolores majeurs (France Télécom, Neuf Cegetel, Free, Numéricâble) occupent le terrain. L'ADSL – avec un débit descendant limité à 20 Mbit/s – est-il à terme condamné ? La variante Fiber to the Building (FTTB) du câblo-opérateur Numéricâble offre-t-elle un compromis intéressant ? Et quel sera l'impact du FTTH sur les entreprises ? Des questions qui se posent dans un contexte hautement capitalistique : selon le cabinet Idate, couvrir 40 % de la population française en FTTH implique d'investir près de dix milliards d'euros. Un scénario incertain, où se joue l'avenir des experts de l'ADSL. Au carrefour des technologies, des usages, de la régulation, et de l'aménagement du territoire, le sujet apparaît très sensible.

Les usages

Si les partisans du très haut débit résidentiel parient sur le multiéquipement des foyers et l'avènement de la TVHD, profiter de débits symétriques excédant les 2 Mbit/s actuels du SDSL séduit les entreprises. “ Les PME requièrent surtout des débits ascendants, note Alexandre Wauquiez, en charge de la division entreprises de Neuf Cegetel. Or le FTTH fournit 50 Mbit/s symétriques et ne se limite pas aux quartiers d'affaires raccordés à une boucle optique. ” Autres atouts professionnels : un nombre de lignes téléphoniques quasi illimité sur un même accès (contre une quarantaine de lignes avec un lien ADSL à 8 Mbit/s), et une faculté accrue à utiliser des applications hébergées ou des services liés à l'image comme la vidéoconférence. L'idéal pour accéder aux applications gourmandes en bande passante, là où l'ADSL atteint vite ses limites.

Reste à définir le potentiel du marché, sur lequel les cabinets d'études sont loin de s'accorder. Arthur D. Little prévoit pour 2011 quelque 500 000 abonnés FTTH en France, quand l'Idate (incapable de distinguer les marchés résidentiel et professionnel) parle de 4,5 millions d'abonnés en 2012 !

Les choix technologiques

Tant aux Etats-Unis (SBC, Verizon), qu'en Corée (Korea Telecom) ou au Japon (NTT), la plupart des opérateurs ont opté pour la technologie PON (Passive Optical Network), qui autorise le transit de 64 lignes maximum par une fibre jusqu'au répartiteur optique en pied d'immeuble. Dans l'Hexagone, France Télécom a fait un choix similaire. Mais, en septembre 2006, Free a créé la surprise en lançant un plan d'investissement d'un milliard d'euros sur cinq ans dans le FTTH, et en adoptant la technologie Ethernet point à point, avec laquelle chaque usager bénéficie d'une fibre spécifique (et non partagée, comme dans le cas du GPON, variante du PON). Une orientation que Free justifie par l'absence de point de concentration en pied d'immeuble, et par un fort potentiel d'essor des débits. Toutefois, le point à point se révèle plus onéreux à déployer, avec des coûts d'exploitation supérieurs à ceux du GPON, surtout en ce qui concerne l'alimentation électrique et le dimensionnement des nœuds de raccordement (NRO). Du coup, ses partisans vantent sa neutralité technologique : le “ dégroupage ” (l'obligation faite à un opérateur d'héberger ses concurrents sur sa propre infrastructure, à l'instar du DSL) est réputé moins aisé en GPON qu'en architecture point à point. Une appréciation que conteste France Télécom, même si la topologie intrinsèque d'une architecture de type GPON semble plus difficile à partager – et bien que le régime juridique de ces réseaux en fibre optique ne soit pas encore déterminé. De son côté, Neuf Cegetel adopte une autre approche, se disant prêt à déployer parallèlement les deux technologies (point à point à Paris et dans les zones les plus denses, et GPON en province).

Le véritable enjeu opérationnel réside dans l'accès aux fourreaux et aux gaines des immeubles à raccorder. L'an dernier, déjà, Didier Lombard, le président de France Télécom, prophétisait : “ L'année 2007 sera celle de la bataille des syndics de Paris. ” Cette formule résume bien les obstacles opérationnels et la bataille feutrée qui se déroule aujourd'hui afin de limiter les travaux de génie civil. “ C'est le Far West à Paris ”, constate l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), qui, à l'issue d'une récente consultation publique, envisage sérieusement de… réguler les fourreaux, voire le câblage vertical des immeubles.

Dans ce contexte, les opérateurs se disent prêts à coopérer : “ Il est inconcevable que l'on ait une demi-douzaine d'opérateurs possédant leur propre infrastructure optique ”, relève Jacques Veyrat, le PDG de Neuf Cegetel. Tout en s'efforçant de verrouiller les syndics et autres gestionnaires d'immeubles, publics ou privés. Sans compter les collectivités locales comme les Hauts-de-Seine, où le conseil général s'apprête à impulser un vaste plan de mutualisation des infrastructures passives dans la boucle locale et de desserte verticale des immeubles. “ Il s'agit d'éviter une desserte en peau de léopard conjuguée à la création de micromonopoles par immeuble ou par quartier ”, explique Martin de Mijolla, le directeur des systèmes d'information du département.

Les acteurs

Du côté des opérateurs, ils sont trois à se disputer les faveurs d'une infrastructure qui, pour l'essentiel, reste à déployer. Alors que France Télécom procède depuis bientôt deux ans à des expérimentations à Paris et en province, Neuf Cegetel s'est récemment offert Erenis, un opérateur parisien spécialisé dans la fibre optique. Tandis que Free, le premier à s'être positionné avec force sur ce créneau, s'affiche aujourd'hui nettement en deçà de ses ambitions : l'objectif de 30 000 abonnés FTTH pour 350 000 foyers raccordés, initialement visé à la fin 2007, a été récemment abaissé à 160 000 foyers, même si l'objectif de quatre millions de foyers raccordés en 2012 reste inchangé.

Bien qu'il se situe également dans une stratégie d'écrémage des zones denses – notamment à Paris, où sa part de marché dans l'ADSL est inférieure à son poids au niveau national –, Neuf Cegetel n'est pas en reste. En témoignent les récents rachats d'Erenis et de Mediafibre (à Pau), qui l'autorisent à revendiquer une vingtaine de milliers d'abonnés FTTH et plus de 100 000 raccordements. Et à viser pour 2009 environ 250 000 abonnés et un million de raccordements, pour un investissement de l'ordre de 300 millions d'euros. Neuf Cegetel déploie actuellement dans plusieurs villes françaises un réseau d'accès en fibre jusqu'à l'abonné utilisant notamment la technologie G-PON.

Il n'empêche, les deux opérateurs alternatifs Neuf Cegetel et Free font encore figure de petits poucets, comparés à France Télécom. Même s'il se hâte lentement, l'opérateur historique (qui vise 150 000 abonnés en FTTH à la fin 2008, pour un investissement de 270 millions d'euros) demeure le seul à disposer de l'assise financière qui permettait de faire basculer l'Hexagone à grande échelle dans le FTTH. Ne serait le poids de sa dette (42,1 milliards d'euros), France Télécom risquerait peu de se voir bousculer par les opérateurs alternatifs dans cette bataille…

Le FTTH, c'est quoi ?

La fibre optique jusqu'à l'abonné est une technologie d'accès à internet en fibre optique à très haut débit (50 ou 100 Mbit/s). Dans sa partie distribution jusqu'à l'abonné, la fibre peut ensuite être dédiée (technologie point à point) ou partagée entre plusieurs utilisateurs (technologie PON et ses dérivées BPON, EPON et GPON).

Selon l'architecture retenue, plusieurs variantes du FTTH sont envisageables. Le FTTB est une technologie adoptée par le câblo-opérateur Numéricâble (1,1 million de prises probables à la fin 2007). Il s'appuie sur deux types de distribution : la fibre s'arrête en pied d'immeuble, la distribution verticale dans les étages s'effectuant en coaxial (on parle aussi d'Hybrid Fiber Coaxial, ou HFC).

Chiffres clés

10 M d'euros à investir pour desservir 40 % de la population française.
1 M d'euros d'investissement projeté par Free d'ici à 2012.
300 M d'euros d'investissement projeté par Neuf Cegetel d'ici à 2009.
270 M d'euros investis par France Télécom d'ici à la fin 2008.

Trois grandes typologies d'architecture

On distingue trois grandes architectures en matière de FTTH. La plus prisée par les opérateurs, le PON (Passive Optical Network), consiste à partager une même fibre entre plusieurs dizaines d'utilisateurs jusqu'à un point de concentration (ou répartiteur optique) qui dessert jusqu'à 64 abonnés par fibre. La technologie point à point, elle, consiste à déployer une fibre spécifique pour chaque utilisateur depuis le point de raccordement optique. Troisième alternative, celle de la fibre jusqu'à l'immeuble (ou FTTB), dont la desserte finale est assurée par du câble coaxial.

Avis de l'expert : Gabrielle Gauthey, membre du collège de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep)

“ Le haut débit en France est très développé ”

“ Son taux de pénétration est supérieur dans l'Hexagone à ce qu'il est aux Etats-Unis ou au Japon. Le très haut débit, quand à lui, est un chantier tout aussi structurant que la construction du TGV. Les seules forces du marché ne permettront pas aux acteurs de s'autoadministrer. ”

“ Il faut définir la mutualisation des infrastructures passives ”

“ Compte tenu des barrières à l'entrée, tant horizontales (l'accès aux fourreaux) que verticales (le partage de la partie terminale du câblage des immeubles), il est indispensable de définir une forme de mutualisation de ces installations, dans le but d'éviter la constitution d'un oligopole réunissant les seuls opérateurs disposant d'une offre de gros. ”

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