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LABEUR
Pascal Pluchard (CSNRBD et de Partenaires Group) : « la fabrication du livre est double »

Yvon Guémard
, Caractère, le 06/11/2007 à 10h00

Président de la CSNRBD, Pascal Pluchard parle des actions à mener et explique comment il poursuit ses activités dans le domaine de la fabrication du livre.

Après avoir modifié le périmètre du groupe qu'il a créé en 1986, Pascal Pluchard, toujours acteur majeur dans le domaine de la fabrication du livre, axe désormais ses développements dans deux directions : les services de proximité et le « manufacturing » en Chine. Il prend position pour dynamiser les actions de la Chambre syndicale.

Caractère : Pourquoi avoir accepté la présidence de la Chambre syndicale de la reliure, brochure, dorure ?

Pascal Pluchard : Je me souviens d'une phrase qu'avait prononcée Yvon Gattaz, alors à la présidence du CNPF : « Chaque entrepreneur devrait pouvoir consacrer une demi-journée par semaine à la collectivité. » C'est ce que je m'efforce de faire depuis de nombreuses années, et en particulier depuis le mois de mai, auprès des 250 adhérents de la Chambre syndicale. La CSNRBD rassemble trois métiers et beaucoup de très petites structures, très actives, qu'il faut aider à se développer.

C. : Quelles sont les principales actions que vous allez engager au cours de votre mandat ?

P. P. : Nous venons déjà de signer un accord salarial pour 2008. À l'unanimité avec les instances syndicales représentatives. Il faut nous engager dans des actions à plus long terme, portant d'abord sur une rénovation de la convention collective. Il est indispensable que nous construisions ensemble avec les syndicats. Je propose aussi à nos adhérents deux grands chantiers : la formation des jeunes et la revalorisation des métiers de la reliure, brochure, dorure. En ce qui concerne la formation, je pense que les bonnes solutions passent par une meilleure collaboration avec l'Éducation nationale, par une plus grande implication des entreprises, qui pourraient parrainer des jeunes. Il faut rénover l'apprentissage. Interrogez aujourd'hui les chefs d'entreprises. Tous vous diront combien il est difficile de trouver un jeune bien formé aux techniques de la reliure, brochure, dorure. Il existe quelques établissements reconnus pour la qualité de leurs enseignements. Mais ce n'est pas suffisant. Et il faudra faire un effort de revalorisation des salaires dans ce domaine, si nous souhaitons conserver de bons professionnels. Cela amène au second chantier, celui de la reconnaissance de nos métiers. La reliure-brochure met en oeuvre des métiers multiples et une foule d'opérations pour lesquelles il est indispensable de posséder des qualifications. Prenez l'exemple des ouvrages de la collection « La Pléiade » que nous réalisons. Ils ne demandent pas moins de 25 opérations pour la reliure. Il faut le faire savoir... Il est également nécessaire de développer des actions de promotion de nos métiers. Pour ne plus être seulement le dernier maillon de la chaîne. Il est important de revaloriser aussi le travail et de favoriser le retour dans les usines. Un bon professionnel dans nos métiers gagne mieux sa vie qu'un col blanc au guichet d'une banque...

C. : Compte tenu de votre parcours, comment voyez-vous évoluer les métiers de la fabrication du livre ?

P. P. : Le réalisme doit prévaloir. Les conditions économiques actuelles imposent de nouveaux schémas de production. En France, j'ai perdu 21 % de chiffre d'affaires, par la seule application des 35 heures... Comment voulez-vous ensuite que l'entreprise puisse faire face à la concurrence des pays émergents. Pour ce qui est de la production du livre, je pense que nous sommes désormais face à deux types de circuits. Le premier est un circuit de proximité, qui fait face à l'urgence de la demande des éditeurs et à une qualification extrême pour certains ouvrages. Le second est lié à un processus que j'appelle « manufacturing ». En d'autres termes, ce circuit de fabrication - moins coûteux - a besoin de délais, d'une organisation extrême et peut être délocalisé... dans « l'usine du monde », c'est-à-dire en Chine. C'est en cela que le métier de la production du livre est double.

C. : Comment appliquez-vous ces schémas dans votre groupe ?

P. P. : Auparavant, nous possédions des unités en France, en Belgique et en Suisse dans un marché hyperconcurrentiel, avec des prix de vente tirés constamment vers le bas. Nos clients suisses, par exemple, voulaient des prix de vente italien et allemand avec la qualité locale... Et la baisse se poursuit. Le marché du livre étant déjà très attaqué par les professionnels de l'Est de l'Europe et de l'Extrême-Orient. En redimensionnant le groupe et en cédant certaines activités à Qualibris, dirigé par Thierry de Bardies, mon objectif s'est porté sur la recherche de niches technologiques dans nos domaines de compétence, en ce qui concerne nos usines française et belge. Et je suis parti en Chine pour trouver une solution industrielle adaptée à la demande de certains éditeurs.

C. : Concrètement, comment avez-vous organisé cette production ?

P. P. : Je me suis allié - et c'est une obligation - avec un professionnel local, en Chine du Sud, à Heyuan. C'est d'ailleurs lui qui gère les problèmes de personnel, d'embauche et d'intendance. L'usine emploie aujourd'hui 1 800 personnes et ne produit que pour l'exportation. Les employés, très qualifiés, travaillent 40 heures par semaine pour un salaire deux fois supérieur à celui du Smic chinois. Ils ont la possibilité d'effectuer des heures supplémentaires, payées 50 % en plus, jusqu'à 48 heures. Au-delà, le temps de travail est basé sur le volontariat. Je m'appuie également sur notre équipe de 17 chefs de fabrication - tous biculturels -, plate-forme technique basée à Shenzhen qui assure l'ensemble de la préparation des travaux, la surveillance de la qualité produite, mais surtout le contrôle du produit fini et de l'expédition. Ce système ne peut fonctionner qu'avec une organisation d'une rigueur extrême.

C. : Quels sont les délais et les résultats en termes de prix de vente ? Et quels sont vos objectifs ?

P. P. : Ce n'est pas très compliqué. L'équation est même simple. Je propose aux éditeurs - 30 % sur le prix de fabrication, mais je demande un délai de trois mois. Et une rigueur absolue dans la préparation de la commande et dans la tenue du planning. Quant aux objectifs, ce type d'usine « chinoise » doit pouvoir réaliser entre 40 et 50 millions d'euros de chiffre d'affaires dans un premier temps.

C. : Face à cette offre, quelle est la réaction de vos concurrents ?

P. P. : En ce moment, je suis une semaine par mois en Chine. Je suis étonné de constater la quasi-absence des professionnels français sur les marchés. Et cela, sur tous les marchés. Alors que les Américains, les Australiens ou les Africains du Sud ont mis en place des structures très performantes. Il ne s'agit plus de faire du protectionnisme aveugle, mais de tenter de s'adapter à la réalité du marché mondial. Comment croyez-vous qu'un grand éditeur français - dont vous connaissez aussi bien que moi les préoccupations actuelles - réagisse lorsque vous lui proposez un tarif à - 30 %, papier compris ?

C. : Avez-vous de nouveaux projets ?

P. P. : Comme je l'ai annoncé au conseil de surveillance du groupe, il y a un an, d'autres projets sont actuellement à l'étude. Je suis très sollicité par de nombreux imprimeurs pour m'associer à des redéploiements. Ainsi, avec le groupe Stipa, nous avions déposé une offre sur la reprise de l'activité feuille de l'Imprimerie nationale. Elle n'a pas abouti. Mais d'autres projets de croissance externe sont en cours, notamment en Europe, où deux offres de reprises sur des niches ont été déposées. Je souhaite également accroître notre potentiel de production dans le Sud-Est asiatique. Peut-être du côté du Vietnam... Nous avons encore des attaches particulières avec ce pays.

L'invité

Pascal Pluchard (59 ans).

Formé à la gestion, diplômé de HEC-ISA et Harvard, il crée en 1978 le groupe CPC (Compagnie pour la communication) qu'il dirige jusqu'en 1986, avant de le céder à un groupe bancaire. Très actif dans la région Centre, il a été le président fondateur du Graic (en 1980) et le fondateur du groupe Par tenaires (qui regroupait à l'époque les Reliures Brun, Babouot, Clerc, Jean Lamour, AGM ; Campain, en Belgique ; et Weber, en Suisse). Aujourd'hui, et après plusieurs modifications successives de périmètres, Partenaires Group rassemble deux unités de production pour la fabrication du livre (Babouot en France et Tournai Graphic en Belgique), une structure puissante en Chine (Book Partners China), et un parc foncier industriel impor tant (à Malesherbes, Forges-les-Eaux, Maxéville). Pascal Pluchard vient d'être élu à la présidence de la CSNRBD (Chambre syndicale nationale de la reliure, brochure, dorure).


L'entreprise : de la banlieue parisienne à celle de Shenzhen

Dans le secteur de la fabrication du livre, Partenaires Group (compagnie internationale technique et financière pour l'édition) repose sur trois piliers. Le premier concerne les services de proximité, avec les unités suivantes : Ateliers Babouot (à Lagny-sur-Marne, 77), Tournai Graphic (à Tournai, en Belgique), Partenaires Fabrication, une structure de fabrication du produit complet, Partenaires Edelweiss (en Suisse, ex-Esbecon, société dotée d'une expertise dans le commerce international). Le deuxième englobe l'activité dite de « manufacturing » avec Book Partners China, société inscrite au registre du commerce de Hong Kong et détenue à 50 % avec Holinail, forte de 15 années d'expérience en Chine. Enfin, troisième pilier, et non des moindres, le foncier industriel, qui rassemble divers actifs à Malesherbes, Forges-les-Eaux, Tournai, Maxéville, Paris, et Shenzhen, en Chine, à travers une SCI détenue à 50 %. Parmi les derniers investissements, il faut noter que Babouot a inauguré une nouvelle chaîne de reliure le 11 mai dernier. Il s'agit d'une ligne Kolbus Compact 60 composée de deux convoyeurs TS. L, d'un dispositif de préchauffage à infrarouge, d'une chaîne Compact cinq postes, d'une machine à repincer à chaud et d'un empileur de livres.



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