Dans une assemblée à 98% féminine, fait rare au ministère de l'Economie, une question clé a été posée : « Comment sortir vainqueur de la guerre économique de la mondialisation en n'utilisant que la moitié de nos soldats ? » C'est Saloua Karkri-Belkeziz, figure de l'entreprise au féminin au Maroc et, entre autres casquettes, administrateur et DG de GFI Informatique Maroc, qui en est l'auteure.
Ce vendredi 16 novembre, à Bercy, les entrepreneures - c'est-à-dire des femmes qui dirigent leur entreprise et qui en détiennent au moins 50 % des parts - étaient en effet au centre du débat. Non pas pour parler de discrimination mais plutôt pour faire un constat, et se demander comment l'améliorer.
« L'entrepreneuriat féminin est un formidable réservoir de croissance, a assuré Hervé Novelli, secrétaire d'Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur. Aujourd'hui les femmes représentent 46 % de la population active, mais 19 % des entrepreneurs dans les TPE et PME. » Et comparativement à d'autres pays, la France a bien du retard à rattraper. Ainsi, aux Etats-Unis, presque la moitié des entrepreneurs sont des femmes.
31 % des TPE PME dirigées par des femmes
L'APCE, l'Agence pour la création d'entreprise a dévoilé la première étude française chiffrée sur la question, réalisée par TNS Sofres. D'après l'échantillon observé, 31% des TPE PME sont dirigées par des femmes, et 19 % par des entrepreneures ; tandis que 69 % de ces entreprises sont dirigées par des hommes, dont 50% par des entrepreneurs.
L'évolution du pourcentage de dirigeantes - entrepreneures ou non - en fonction des types d'entreprises est également intéressante : dans les sociétés sans salariées, elles sont 30 % et dans les entreprises de 1 à 5 salariés 34 %. Un chiffre qui diminue ensuite progressivement : 18 % lorsqu'il y a 20 à 49 salariés et 11 % seulement pour les sociétés de 100 à 249 salariés. Par ailleurs, les dirigeantes sont particulièrement présentes dans les services aux particuliers et dans les entreprises de commerce et réparation.
Comment renforcer l'entrepreneuriat féminin ? Certaines pistes ont été lancées. Tout d'abord, l'incubateur Paris Pionnières développe une voie intéressante. « On peut encourager les femmes à créer des entreprises d'envergure et c'est ce que nous faisons », a lancé sa présidente, Frédérique Clavel. De nombreux incubateurs sont spécialisés dans les biotechnologies ou la high-tech... alors que les femmes sont dans les services. C'est pourquoi nous sommes spécialisés dans les services innovants. Notre simple ouverture a fait passer le pourcentage de projets portés par des femmes et incubés à Paris de 5% à 20%, un début encourageant. »
Hervé Novelli, de son côté, a annoncé ses pistes de réflexions. Le secrétaire d'Etat pense à l'élargissement des critères d'accès à l'ACCRE, l'aide au chômeur créateur, pour les entrepreneures. Il souhaite aussi voir se développer des formations à la création dédiées aux femmes, et mieux soutenir les réseaux d'accompagnement des femmes créatrices. Femmes porteuses de projet, vous voici attendues.
