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Un entretien virtuel pour un job bien réel. Sur un marché de l'emploi informatique de plus en plus tendu, les entreprises se téléportent sur Second Life pour attirer de nouvelles candidatures. Entre mai et juin dernier, les SSII Accenture, Capgemini, et Unilog, l'entreprise de travail temporaire Expectra, et même la banque BNP Paribas ont soigné leur “ image employeur ” en se prêtant à l'effet de mode de l'univers virtuel en 3D. Un support original pour toucher des informaticiens a priori technophiles. Pour quel bilan ?
Sur le plan médiatique, l'opération a été un franc succès. Prime aux pionniers, les sessions de recrutement ont été relayées par l'ensemble de la presse, généraliste comme professionnelle. Une couverture inespérée de l'aveu même des organisateurs, et qui a drainé un grand nombre de curieux.
Neo Job-Meeting, qui organisait du 19 au 21 juin le “ premier salon virtuel de recrutement ” pour le compte, en autres, de Capgemini et d'Unilog, a vu son site de présélection pris d'assaut. Avec 35 000 visites et l'équivalent de 120 000 pages vues. De son côté, BNP Paribas, qui proposait pour sa DSI des postes de chefs de projet, d'ingénieur, ou d'architecte, a touché 400 candidats en ligne et en a convié 147 sur Second Life.
Le jour J, les participants ont essuyé les plâtres - du moins, dans les premiers temps. Les avatars se sont bousculés au portillon, avec la maladresse de la première fois. Beaucoup de néophytes avaient choisi l'avatar de base, et éprouvaient les pires difficultés à se déplacer vers l'espace de recrutement, puis, à s'asseoir.
Plus rompus au monde de Second Life, certains candidats avaient, eux, décidé de casser les codes vestimentaires de l'entretien classique en s'affichant qui en guerrière, qui en homme-lapin. Un bon sujet de conversation pour démarrer l'entretien ! Car l'un des grands avantages révélés de Second Life est le côté désinhibant de l'univers virtuel, qui tranche avec le formalisme stressant du face à face. Le mode textuel favorise aussi les personnalités réservées.
Responsable du recrutement de BNP Paribas, Bénédicte Monneron y voit enfin une pratique anonyme parfaitement anti-discriminatoire. “ Le recruteur étant totalement déconnecté de perceptions subjectives. ” En revanche, elle a jugé le mode chat plutôt décevant. “ Il introduit de la lourdeur dans l'échange. Chacun réfléchit à sa phrase. Cela manque de spontanéité. Au-delà des questions de base, il est difficile d'approfondir un CV, et, plus encore, d'opérer une évaluation technique. ”
Au final, BNP Paribas a décidé de ne pas retenir les résultats du chat, et de rebasculer sur un processus de recrutement classique en contactant les 147 profils sélectionnés. La banque renouvellera peut-être l'opération l'an prochain. Sans toutefois trop attendre de cet outil de présélection.
Certains recruteurs, eux, ont savamment pris le contre-pied de l'effet de mode. En cette rentrée, la SSII ITS Group communiquait ainsi sur ces journées de recrutement. Mais, à l'inverse des univers virtuels, en misant sur la richesse du contact humain.
x.biseul@01informatique.presse.fr
300 candidats téléportés. Les 19, 20, et 21 juin, cinq entreprises internationales dont Capgemini et Unilog ont participé au “ premier salon virtuel de recrutement ”. Sur quelque 1 500 inscriptions, 1 000 CV ont été retenus, et 700 rendez-vous confirmés. Au final, 300 candidats se sont téléportés sur les trois jours.
Une durée d'entretien garantie. A la différence d'un salon classique, tous les candidats ont bénéficié d'un d'entretien de vingt minutes. Pour cela, 20 recruteurs formés à cet environnement, étaient présents lors de ce forum.
Capgemini convie 40 candidats à un cocktail. La SSII a rencontré, par messagerie instantanée, 111 candidats dont 40 ont été conviés à un cocktail pour rencontrer dans la vraie vie les recruteurs. Pour Unilog, 80 avatars se sont entretenus avec les recruteurs. Parmi eux, 60 profils qualifiés, devaient passer un deuxième entretien.
Un bilan définitif difficile à évaluer. La trêve estivale a, en effet, interrompu les processus de recrutement dans la “ vraie ” vie, et les premières recrues de la “ génération Second Life ” entreront en entreprise seulement dans les prochaines semaines.
J'ai eu connaissance de l'opération de recrutement d'Accenture sur Keljob. C'était la première fois que je me rendais sur Second Life. J'ai créé un avatar pour l'occasion. C'est un outil assez facile à apprivoiser. Mais, dans le doute, j'ai préféré jouer la carte de la sobriété en choisissant un avatar lambda. L'approche décomplexée de l'univers m'a bien plu. Je suis d'un naturel réservé. Et si j'ai affaire à un interlocuteur expéditif, les cinq minutes d'un entretien peuvent m'être fatales.
Sous la pression et l'effet de la nouveauté, j'ai un peu galéré pour me connecter. Mais la glace a été vite brisée. Le chat a démarré par des questions simples. Ce qui m'a mis en confiance. J'ai répondu simplement - sujet, verbe, complément -, tout en prenant soin de bien formuler ma phrase et d'éviter les fautes d'orthographe. Inutile de maquiller son parcours. Il ne faut pas oublier qu'en dépit du contexte atypique vous conversez avec un professionnel du recrutement. Pourquoi souhaitez-vous intégrer Accenture ? Qu'est-ce que le consulting pour vous ? Bien sûr, j'avais travaillé en amont sur mes motivations.
A la suite de cette session, j'ai reçu un e-mail me conviant à une journée de recrutement. Je devais préparer une présentation de dix minutes sur un projet personnel ou professionnel afin d'évaluer ma capacité à communiquer, mon esprit de synthèse. J'ai choisi de présenter mon stage de fin d'études. Puis j'ai passé un entretien de recrutement “ classique ” de plus d'une heure. J'intégrerai Accenture en janvier prochain, après la soutenance de ma thèse, en qualité de consultant junior.
Parcours
Agence de publicité spécialisée dans les RH, TMPNEO a organisé, en juin dernier, Neo Job-Meeting, le premier salon de recrutement sur Second Life.
“ Une affluence plus importante que prévu ”
“ Pour fluidifier les téléportations, nous avons réparti la charge sur les deux îles et rajouté du monde à l'accueil. Si l'univers virtuel attire mécaniquement une population plutôt jeune et technophile, des candidats sont venus alors qu'ils n'avaient pas perçu jusqu'alors l'intérêt de Second Life. ”
“ Un rapport de forces mieux équilibré ”
“ En pénétrant dans un univers tiers, candidat et recruteur se retrouvent sur un pied d'égalité. Dans la “ vraie ” vie, la pression est à 95 % sur le candidat. Si l'on a vu des personnages à tête de lapin, les avatars étaient dans l'ensemble plutôt stricts. Quelques-uns étaient même en smoking. ”
“ Après, le recrutement classique reprend ses droits ”
“ Second Life accélère la phase de présélection, mais ne fait pas sauter d'étape. Nous avons toutefois conseillé aux entreprises d'accorder un statut de VIP aux candidats Second Life afin d'accélérer le processus. Mauvais calcul : l'opération se tenant en juin, les recrutements n'ont abouti qu'à la rentrée. ”
















