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C'est par un communiqué de presse publié le 3 septembre dernier que l'Afnor (Association française de normalisation) a refusé le statut de norme française à OpenXML, format bureautique conçu à l'origine par Microsoft, et aujourd'hui ratifié par l'Ecma (European Computer Manufacturers Association). Ce “ non ” commenté dans un document de 122 pages n'est pas définitif. L'Afnor se dit, en effet, prête à revenir sur sa décision sous certaines conditions. L'une d'elles est la scission d'OpenXML en deux parties : un noyau baptisé OOXML-Core et des extensions facultatives, regroupées dans OOXML-Extensions. La première obtiendrait le statut de norme. La seconde, dans laquelle figure tout ce qui différencie réellement OpenXML d'ODF, resterait du domaine des spécifications techniques. L'Afnor va jusqu'à préconiser auprès de l'organisme international de normalisation ISO une démarche pour garantir une convergence à moyen terme entre ODF et OOXML. Une convergence difficile malgré certains recouvrements fonctionnels, car les défenseurs d'ODF et d'OpenXML ne partagent pas, a priori, les mêmes vues sur le devenir des suites bureautiques.
Pour Jean-Marie Gouarné, directeur technique de Genicorp, et membre de la commission des formats de documents révisables de l'Afnor en charge des travaux sur Open-XML, ce refus masque surtout des problèmes de fond, ignorés dans les travaux préliminaires sur ODF et OpenXML : “ S'il ne s'agissait que d'une différence fonctionnelle entre ODF et OpenXML, la solution aurait été simplement d'enrichir ODF. Et, en cas de constat d'une impossibilité technique, l'existence de deux normes aurait été justifiée, assure Jean-Marie Gouarné. Le problème est que jamais personne n'a pris la peine d'établir la liste des applications couvertes par ODF et OpenXML. Ou, en d'autres termes, de définir les domaines d'application d'une suite bureautique. Si ce travail avait été effectué il y a un an, la convergence aurait été possible. Aujourd'hui, elle semble difficile. ” La structure spécifique des deux normes risque en outre de compliquer la démarche de convergence. ODF est un format orienté document, qui n'établit aucune distinction entre le traitement de texte, le tableur ou, encore, le module de présentation. OpenXML est, lui, un regroupement de plusieurs formats : WordprocessingML pour Word, SpreadsheetML pour Excel, etc. “ Même si on parvenait à une convergence des concepts, le coût de redéveloppement d'une norme commune serait colossal ”, ajoute Jean-Marie Gouarné.
Nombre d'acteurs préféreraient un format bureautique unique. Mais le refus de l'Afnor n'en est pas moins contesté par des organismes de poids, comme l'Afdel (Association française des éditeurs de logiciels). “ La loi numérique pose l'interopérabilité en termes de standards ouverts, et non d'unicité de format, souligne Loïc Rivière, délégué général de l'association. Avec un format ouvert et en XML, le problème d'interopérabilité disparaît. L'approche de l'Afnor est donc biaisée dès lors qu'elle préconise de s'orienter vers une seule norme. Si un standard de facto s'installait sur le marché de la bureautique, cela ne profiterait à personne. Chacun sait que ce vote ne changera en rien la stratégie des éditeurs, qui travaillent déjà avec OpenXML. ” Loïc Rivière estime même que la normalisation d'OpenXML aurait donné aux entreprises une assurance supplémentaire de l'évolution du format selon leurs besoins, et non pas ceux de Microsoft.
La coexistence des deux formats bureautiques ne va toutefois pas sans poser de problèmes. Certes, les outils de traduction existent, ou sont en cours de développement. Microsoft a confié à une communauté travaillant sous un modèle de licence proche de BSD (odf-converter.sourceforge.net) la responsabilité de concevoir des traducteurs ODF. Des traducteurs téléchargeables gratuitement, qui se greffent sur Office sous forme de modules externes. “ Tant que Microsoft maintiendra cette politique, la sauvegarde ou l'ouverture de documents longs en ODF au sein d'Office restera une procédure lourde. Pour la simple raison que le traducteur n'enregistre pas directement en ODF, mais d'abord en OpenXML. Un parseur traduit ensuite le format, explique Loïc Rivière. Un filtre d'importation OpenXML est en cours de développement chez Sun. Intégré directement dans OpenOffice, il devrait s'avérer plus performant. ”
Dans tous les cas de figure, via ces traducteurs ou en développant des moulinettes spécifiques, les entreprises seront, grâce à XML, assurées de pouvoir ouvrir et enregistrer leurs documents au sein de leurs suites bureautiques - Open-Office ou Microsoft Office - dans les deux formats. Et cela sans rencontrer de problème sur les fonctions communes aux deux. La cohabitation semble donc plus réaliste en l'état actuel des choses qu'une convergence difficile à réaliser. D'autant que la décision de l'Afnor ne semble pas refléter l'avis de la majorité des acteurs du marché. Pour Microsoft, elle est politique, et vise le bridage de l'éditeur dans l'évolution de sa suite bureautique. Pour l'Afdel, elle ne répond pas aux attentes des entreprises, qui souhaitent une sécurisation rapide de leurs investissements et un encadrement contraignant de l'évolution d'OpenXML. Le Cigref va plus loin. Il soutient la pluralité et l'interopérabilité entre formats de documents. Et se fonde pour cela sur un “ principe de réalité ” qui exige d'être pragmatique et de tenir compte de l'existant des entreprises. Face à ces réactions tranchées d'organismes représentant à la fois les grandes entreprises et les éditeurs français, on est en droit de se demander quel rôle a pu jouer l'Etat dans le “ non commenté ” de l'Afnor, et à qui celui-ci profite.
redaction@01informatique.presse.fr
En préconisant la scission d'OpenXML en deux parties, l'Afnor veut conserver dans le cœur (OOXML-Core) tous les éléments communs à ODF et OpenXML. Dans la seconde partie, sont relégués les “ enrichissements ” apportés par Microsoft à sa suite bureautique. Par exemple, la possibilité d'utiliser Office comme une interface applicative (gestion des schémas métier) ou encore les éléments assurerant la compatibilité ascendante avec les précédentes versions d'Office, les dessins vectoriels au format d'origine Microsoft VML, la gestion des formules de calcul au sein des tableaux, etc.
DGME La DGME (Direction générale de la modernisation de l'Etat) en charge du RGI (référentiel général d'interopérabilité) n'a pas souhaité répondre à nos questions…
Afdel, Loïc Rivière, délégué général : “ Le vote de l'Afnor sur la normalisation ISO du format Ecma Office Open XML ne correspond pas à la position générale émergeant des discussions tenues dans le cadre de la Commission, qui s'est penchée sur le sujet cinq mois durant. ”
Cigref Le Cigref ne veut pas privilégier un format plutôt qu'un autre : il recommande deux formats compatibles et interopérables.
Afnor, Jean-Marie Gouarné, membre de la commission des formats de documents révisables : “ La multiplicité de formats est toujours coûteuse. Une seule norme serait donc préférable, mais la convergence semble aujourd'hui difficile. ”
Wygwam, acteur du projet communautaire Java autour d'OpenXML, membre de la commission de normalisation de l'Afnor : Wygwam ne cautionne pas cette décision de l'Afnor comme étant le reflet des échanges et discussions constructives menés au sein de la Commission et des groupes de travail.
Microsoft France, Marc Mossé, directeur des affaires juridiques : “ L'Afnor, qui a adopté une position n'ayant fait l'objet d'aucune discussion ni consensus en commission de normalisation, fait référence à RGI en tant que document. Document qui n'existe pas. Nous étudions la situation, et n'excluons aucune hypothèse de recours. ”
Où en est le vote de l'ISO ?
Le scrutin n'a pas réuni le nombre requis de voix pour approbation. Sont en effet considérés comme votes définitifs les oui ou non “ sans commentaires ”. Or, pour être adoptée, une norme ISO doit réunir les deux tiers des votes des participants sous forme de “ oui sans commentaire ”. Inversement, le refus s'obtient par un quart des votes sous forme de “ non sans commentaire ”. OOXML a réuni seulement 53 % de “ oui sans commentaire ” mais n'a pas atteint le seuil du quart de “ non sans commentaire ”, qui aurait signifié un abandon du processus de normalisation. Aujourd'hui en ballottage, OOXML fera l'objet d'une nouvelle discussion en février 2008. Seuls les pays ayant voté oui ou non “ avec commentaire ” (cas de la France qui, via l'Afnor, a émis un non commenté) pourront alors transformer leur vote définitif.
Quelles sont les conséquences d'une cohabitation d'ODF et OpenXML pour les entreprises ?
Toute procédure de conversion a forcément un coût : développement de “ moulinettes ” spécifiques, ressources matérielles pour effectuer ces conversions, temps perdu sur les conversions de longs documents, etc. Un coût à mettre en rapport, cependant, avec ce que pourrait coûter à une entreprise l'adoption d'une norme incapable de récupérer son existant documentaire. Le traducteur ODF/OpenXML ne prévoit pas la récupération des anciens formats bureautiques de Microsoft. Il faudrait alors sauvegarder l'existant en OpenXML pour ensuite le traduire en ODF. Sans garantie, toutefois, de récupérer ses documents à l'identique, ODF ne gérant pas toutes les fonctionnalités que propose Office.
L'ISO ne souhaitant pas avoir de formats concurrents, la réponse de l'Afnor était prévisible. Un non s'imposait pour ne pas entrer en conflit avec ODF. Nous militons donc pour la convergence. Mais je tiens à rappeler que l'ISO a normalisé ODF sans suivre une procédure aussi lourde que celle mise en place pour OpenXML. ODF a donc eu la primeur. Il ne s'est pas vu opposer de concurrent. Et il suffit de lire le compte rendu des délibérations pour savoir que l'Oasis a toujours fermé la porte à Microsoft, qui n'a ainsi pas pu contribuer à ODF. En l'état actuel des choses, nous avons deux organismes, l'Ecma et l'Oasis, qui ne se parlent pas. Soit l'ISO se contente de jouer un rôle d'enregistrement, et les chances d'aboutir à une convergence seront alors faibles ; soit il encadre cette démarche, amenant l'Oasis et l'Ecma à dialoguer pour avancer vers une convergence. Si l'un des deux refuse, les masques tomberont, et l'on saura alors à quoi s'en tenir. En tout état de cause, s'il existe une chance d'obtenir une convergence, elle est à saisir maintenant. Après, il sera trop tard.
“ Nous ne sommes pas opposés à la séparation. Tout dépend de la répartition des composants. Pour certains de ces derniers, une séparation est envisageable. Pour d'autres, non. En proposant OpenXML à la normalisation, nous ne faisions que répondre à la demande de la Commission européenne. Nous ne reviendrons pas, aujourd'hui, sur cette démarche en acceptant qu'une partie d'OpenXML ne fasse pas l'objet d'une normalisation et reste du domaine des spécifications techniques - solution proposée par l'Afnor pour OOXML-Extensions. En d'autres termes, nous ne sommes pas opposés à la séparation. Mais aller au bout de cette approche nous semble abusif. Nous sommes contre l'idée de placer dans un document à part tous les éléments qui sont là pour assurer la compatibilité ascendante, car c'est précisément ce que les entreprises attendent de nous. Mais il ne s'agit là que de la position de Microsoft, que nous défendrons auprès de l'Ecma, organisme qui gère aujourd'hui l'évolution d'OpenXML. ”
















