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Ils s'appellent Acer et Lenovo. Leur nom n'est pas aussi prestigieux que celui de HP, de Dell ou d'IBM. Et pour cause, il y a encore quelques années, ils n'étaient que des sous-traitants cantonnés à leur petit marché local. Aujourd'hui, tout a changé. Acer et Lenovo sont troisième et quatrième constructeurs au niveau mondial. Sur certains marchés et dans certaines régions, ils talonnent, voire dépassent les leaders HP et Dell. Acer est ainsi le premier fabricant de portables en Europe. Quant à Lenovo, il caracole en tête en Asie.
Le Taïwanais et le Chinois rêvaient d'Amérique. Alors, ils se sont donnés les moyens de conquérir le monde. Lenovo a ouvert le bal en rachetant la micro d'IBM il y a plus de deux ans. C'est aujourd'hui Acer qui réplique en rachetant Gateway, le troisième constructeur aux Etats-Unis. Et pendant que des leaders historiques comme Dell, Fujitsu-Siemens ou NEC perdent lentement pied, les nouveaux venus affichent une croissance phénoménale. Acer a vu ses ventes mondiales progresser de 41 % au premier trimestre et de plus de 55 % au second trimestre selon IDC.
Acer et Lenovo se sont simplement positionnés sur les marchés qui affichent aujourd'hui la meilleure croissance : les pays émergents, le secteur grand public et les ventes d'ordinateurs portables. De fait, le petit monde de la micro s'est transfiguré. Il y a encore quelques années, l'essentiel des ventes étaient réalisées en Occident avec les PC de bureau pour les professionnels. Aujourd'hui, c'est l'inverse. La tendance est aux portables grand public, et ce sont des pays comme la Chine, le Brésil, la Russie ou l'Inde qui sont les plus demandeurs.
“ Nous sommes entrés dans une autre époque, constate Loren Loverde, analyste chez IDC. L'Occident connaît un suréquipement. Avec l'avènement du web, du haut-débit et du sans-fil, davantage d'applications s'utilisent directement en ligne. La course à l'armement sur le poste de travail n'a plus lieu d'être. ” Résultat, les entreprises conservent leurs PC plus longtemps. Seul le grand public est encore susceptible de se laisser convaincre par une machine ultrapuissante. Acer, Apple et HP l'ont compris très tôt. Ils ont donc repensé leurs gammes et joué la carte du design. Avec succès ! Leur croissance est aujourd'hui supérieure à celle du marché. Dell, en revanche, est à la peine. Son modèle direct ne lui permet pas d'exhiber ses machines dans les linéaires comme ses concurrents. Du coup, il ne cesse de perdre des parts de marché, jusqu'à se faire doubler par HP en 2006.
De retour aux commandes, Michael Dell promet de redresser la barre. Le vendeur en direct commence à faire entorse à son modèle en ouvrant des “ show-rooms ” et des kiosques dans des grandes surfaces. Il vient aussi de lancer une nouvelle gamme de portables au design soigné et aux boîtiers colorés. Mais ses concurrents ont déjà pris une sérieuse avance.
Comme il n'y a plus d'incitation à mettre à jour leur matériel, beaucoup attendent que la machine arrive en fin de vie pour la remplacer par un modèle bon marché. Du coup, le prix moyen des configurations est en chute libre. Le Gartner table, fin 2007, sur une progression des ventes de PC de 10 % par rapport à 2006. Mais, en valeur, les prix n'augmenteraient que de 4,6 %. Le lancement de Vista n'a rien changé. Peu y voient de fonctions indispensables poussant à une migration précipitée. Seule solution pour lutter contrer le suréquipement, chasser du côté des pays émergents. L'équation est limpide : alors que les Etats-Unis affichent une timide croissance de 7 %, l'Amérique latine, elle, frôle les 40 % selon le Gartner. Idem en Europe : si les ventes y progressent encore de 12 %, c'est grâce à la forte croissance en Russie et dans les pays de l'Est. Acer et HP, qui ont investi très vite ces régions en tirent aujourd'hui les dividendes. Lenovo, lui, réalise de bons scores grâce à sa forte présence en Chine et en Inde, deux pays grands consommateurs de PC. Là encore, Dell et son modèle direct sont à la peine. Dans ces régions, les consommateurs préfèrent acheter en magasin.
Les pays émergents offrent aussi un bon canal de développement pour les modèles de bureau. Alors que leurs ventes chutent en Occident, où les portables sont souvent le premier choix dès qu'il s'agit de renouvellement. Entre 2006 et 2011, IDC estime que les ventes de PC de bureau auront une progression moyenne annuelle de 3,8 %, mais seulement grâce aux pays émergents. Dans le même temps, les portables, eux, afficheront une croissance de 16,1 %.
Or Acer et Lenovo se sont très bien placés sur ces marchés avec des produits de qualité. Le premier a fondé ses gammes sur le rachat des portables Travelmate de Texas Instruments. Même stratégie pour Lenovo, lorsqu'il a acquis les réputés Thinkpad d'IBM. “ Les ventes de portables sont devenues critiques pour la santé financière d'un constructeur, car les marges y sont supérieures ”, rappelle Ranjit Atwal, analyste au Gartner. Dans certaines régions comme l'Asie, les ventes de portables ont progressé de plus de 50 % au second trimestre. C'est cette frénésie qui permet aujourd'hui à Apple d'occuper la troisième place du marché américain (ex-aequo avec Gateway). Selon IDC, la tendance n'est pas prête de s'infléchir. Et les portables devraient représenter la moitié des ventes de PC à l'horizon 2011.
Que restera-t-il aux PC de bureau ? En entreprise, beaucoup imaginent leur disparition progressive au profit de clients légers ou de PC lames, administrés de façon centralisée. Sur le bureau, ne subsisterait qu'un petit boîtier connecté au réseau et sur lequel se branche l'écran, le clavier et quelques périphériques locaux (souris, assistant personnel, clé USB, etc.). Côté grand public, certains les verraient bien se transformer en serveurs multimédias à domicile. Microsoft s'apprête d'ailleurs à lancer des machines Windows Home Server avec Acer, HP, Medion et quelques autres. Mais, au final, tous attendent l'appareil miracle qui redynamisera le marché. D'où les tentatives autour des tablettes, des PC de poche (UMPC) ou des PC Media Center. Mais aucun n'a encore vraiment donné envie aux utilisateurs de casser leur tirelire.
a.mbida@01informatique.presse.fr
1999 : Fujitsu-Siemens
Succès mitigé pour la coentreprise à 50/50 entre Fujitsu et Siemens. Elle opère essentiellement dans la région Europe Moyen-Orient et Afrique.
2001 : HP-Compaq
Très controversée, mal engagée, la première méga-fusion du secteur a finalement permis à HP de retrouver la place de leader mondial.
2005 : Lenovo-IBM Micro
Lenovo est aujourd'hui le quatrième constructeur mondial et le premier sur la zone Asie-Pacifique. IBM conserve 8 % de participation.
2006 : Dell-Alienware, HP-VoodooPC
A quelques mois d'écart, les deux fabricants de PC ultra-performants sont rachetés par les deux leaders du marché. Ils opèrent toujours en tant que filiales indépendantes !
2007 : Acer-Gateway-Packard Bell
Comme le rachat n'est pas très bien accueilli par les financiers, le PDG a du parier sa tête sur l'intégration de Gateway. Il coupe toutefois l'herbe sous le pied de Lenovo, qui envisageait de racheter Packard Bell.
Les pays du sud
C'est la foire d'empoigne autour du PC à moins de 200 dollars. Avec des pays occidentaux suréquipés, les pays en voie de développement font l'objet de toutes les attentions. Chacun voudrait y remporter un marché d'Etat et équiper les écoles.
Nouveaux concepts
PC de poche, tablette, serveur à la maison, PC en forme de magnétoscope… Microsoft et Intel poussent de nouvelles idées, les constructeurs suivent, mais les utilisateurs hésitent encore à casser leur tirelire.
Le grand public
Apple a montré la voie : avec des produits de plus en plus banalisés, le look est devenu essentiel. Et comme le grand public tire le marché, c'est aussi une façon détournée de convaincre les entreprises.
Les joueurs
Ils sont aujourd'hui les seuls à encore suivre la course à la puissance et à acheter des PC de bureau à plus de 2 000 euros. C'est pourquoi HP a racheté Voodoo, et que Dell a mis la main sur AlienWare.
La consolidation des acteurs de la micro va-t-elle se poursuivre ?
Todd Bradley : je ne pense pas, sauf de façon très marginale. Avec Dell, nous accaparons aujourd'hui près de 40 % des ventes mondiales. Aux Etats-Unis, notre part de marché combinée dépasse même les 50 %. Derrière, le troisième n'atteint même pas 10 %. Alors, oui, il pourra y avoir des rapprochements entre petits acteurs, mais pas de manière à bouleverser l'ordre actuel.
Vous êtes numéro un après avoir détrôné Dell. Qui craignez-vous aujourd'hui ?
TB : si nous avons récupéré la place de numéro un, c'est grâce à notre double stratégie direct/indirect, qui est cohérente. Certains produits se vendent mieux en magasin, d'autres en ligne, donc nous laissons le client choisir. Acer nous met une forte pression en Europe, mais notre nouvelle gamme de portables va remettre les pendules à l'heure. L'acteur qui me préoccupe le plus aujourd'hui, c'est Apple. L'ouverture de magasins à leur marque, l'accent mis sur le design et le capital sympathie qu'ils ont acquis donne sérieusement à réfléchir.
Est-ce pourquoi le design est devenu si important dans vos produits ?
TB : sans doute. Nos produits n'ont plus à rougir face à ceux d'Apple. Mais l'innovation reste primordiale. Le design, ce n'est pas seulement un beau PC, mais aussi une machine plus ergonomique, moins bruyante ou polluante. L'expérience, le ressenti, sont devenus très importants même sur les PC professionnels.
Cela explique le rachat de Voodoo.…
TB : tout à fait. Voodoo fait du très haut de gamme. Des machines avec lesquelles les utilisateurs ont une relation particulière. Il était important pour nous de comprendre les attentes et les besoins de cette population. D'autant qu'il s'agit de prescripteurs pour tout ce qui est technologique.
Pensez-vous pouvoir dépasser Acer et Lenovo en Asie ?
TB : tout à fait. Regardez les chiffres, nous progressons plus vite que le marché dans quasiment toutes les régions du monde, et en Chine tout particulièrement. L'Inde, la Chine et l'Amérique latine sont devenues des marchés très importants et nous ne les laisserons ni à Acer ni à Lenovo.
















