Vous avez dit collectif ?
Selon Patricia Vendramin, sociologue du travail
01 Informatique
le 18/05/2007 à 00h00
Ni aboutissement d'une filière de formation ni source d'identité, le travail dans le monde des technologies de l'information a perdu son rôle fédérateur, selon Patricia Vendramin, codirectrice du centre de recherche Travail et Technologies à Namur en Belgique. Dans son article publié dans l'ouvrage collectif de l'Ecole des mines de Paris, Où va le travail à l'heure du numérique ?, la sociologue présente les résultats de deux recherches. Celles-ci ont été menées l'une en Europe et l'autre en Belgique auprès d'informaticiens et d'utilisateurs “ avancés ”, travaillant dans des entreprises, des SSII, et des start up. Il en ressort trois constats. Le premier est le souci de ces travailleurs des TIC d'exprimer leur identité dans leur vie professionnelle : “ Ils recherchent des satisfactions et un développement personnel. ” Dans cette quête, observe la sociologue, “ on ne retrouve pas vraiment de logique de métier, mais plutôt de nombreuses professions aux contours flous, sans groupes professionnels de référence ”. Deuxième constat : “ On ne retrouve pas non plus de logique d'entreprise ou de branche. ” Plus attachés au contenu de leur travail - qui doit rester amusant et source d'apprentissage -, tous ces acteurs des TIC s'identifient davantage à leur projet qu'à leur entreprise. Ils s'éloignent des logiques standards d'emploi, et préfèrent autogérer leur parcours professionnel. Ce concept de “ carrière nomade ” se caractérise par un lien faible avec l'employeur et l'importance donnée à l'engagement personnel. Troisième constat : un refus de la délégation et l'habitude de régler soi-même ses problèmes. “ C'est l'univers du temps réel, de la vitesse, et de la relation directe, avec ou sans l'intermédiaire des réseaux de communication. ” Expression identitaire, logique de projet, et autonomie… Ce processus d'individualisation du milieu professionnel définit un nouveau type de collectif. Celui-ci se vit dans le présent, car seule l'activité exercée en commun crée du lien.
a.muller@01informatique.presse.fr