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Quand le premier portail mondial de recherche (Google) achète le premier diffuseur mondial de publicités en ligne (Doubleclick), que préparent-ils ? Pour les défenseurs américains de la protection de la vie privée, la réponse est sans ambiguïté : le premier ficheur mondial de nos recherches et de nos centres d'intérêts.
L'enjeu de ce rapprochement est mondial, tant sur le plan économique que social. Google, en effet, dispose de la plus puissante base de données existante sur les recherches effectuées sur internet via son service (estimées à 3,5 milliards requêtes pour le seul mois de mars 2007). Il a donc la possibilité d'identifier quel ordinateur a effectué une recherche, sur quel sujet, ainsi que les sites internet visités à partir de la liste des réponses fournies par son moteur de recherche. Doubleclick, pour sa part, est capable d'identifier quel utilisateur d'ordinateur visitant un site web disposant d'espaces publicitaires, a cliqué sur quelle publicité, et déduire du site consulté et de la publicité “ cliquée ” les centres d'intérêts de l'internaute. Certains observateurs économiques ont d'ores et déjà calculé que le rapprochement entre les deux géants américains les aiderait à détenir près de 85 % des services de publicité personnalisée existants.
Il ne fait pas de doute que celui qui maîtrise la traçabilité de la recherche sur internet et celle des sites visités sur le web dispose d'une source d'informations inégalée pour connaître et exploiter les centres d'intérêts du milliard d'internautes (dont 314 millions en Europe et 233 millions en Amérique du Nord) qui surfent sur Google et sur des sites dont la publicité est fournie par Doubleclick.
Quelques jours avant de révéler cette acquisition, Google annonçait le 14 mars 2007, qu'il allait rendre anonymes les données de consultation de ses services… dix-huit à vingt-quatre mois après leur collecte. C'est-à-dire lorsqu'elles n'auraient plus la moindre utilité. Cette mesure, présentée aux Etats-Unis comme une grande avancée pour la protection la vie privée, laisse songeur au regard de nos principes européens de protection des données personnelles.
En effet, la durée de conservation des traces laissées par les internautes est fixée par défaut par Google au maximum autorisé par la technologie : trente ans. Cette durée - sans rapport avec la durée de vie moyenne d'un ordinateur personnel - ne semble pas satisfaire aux exigences du droit européen et du droit français. Celles-ci imposent une durée “ proportionnée à la finalité légitime de la collecte d'informations ”.
En outre, Google entend répondre aux craintes exprimées outre-Atlantique par les “ privacy advocates ”, en indiquant que les bases de données de Google et de Doubleclick ne fusionneraient que des “ données non personnellement identifiables ”. Or, la définition d'une “ donnée personnelle ” en droit européen ne manquerait pas de s'appliquer aux données échangées entre Google et Doubleclick. On imagine donc difficilement que les deux premières entre-prises de marketing personnalisé décident de fusionner des bases de données qui n'autoriseraient plus de personnaliser au niveau d'un individu la publicité qui lui sera affichée. Car cette personnalisation est l'objet même de ce rapprochement.
Au-delà du débat soulevé aux Etats-Unis ou en Europe sur la concentration du marché de la publicité personnalisée sur internet, on constate qu'aucune des instances européennes chargées des questions de concentration n'a l'obligation d'évaluer les effets d'une telle concentration en matière de données personnelles. Un tel manque laisse perplexe sur l'utilité de nos législations de protection des données personnelles, lorsqu'elles sont ignorées par celles sur les rapprochements entre les entreprises et leurs fichiers.
Vos idées : carteblanche@01informatique.presse.fr
* avocat à la Cour, est spécialiste de droit de l'informatique et de protection des données personnelles au sein du cabinet Gide Loyrette Nouel. Il est aussi ancien membre de la Cnil.
















