Gare à la pensée magique
Selon Michel Cartier, professeur d'université à Montréal
01 Informatique
le 04/05/2007 à 00h00
“ Avant de développer techniquement tel ou tel type d'internet ou de web, nous devons nous demander quelle société nous voulons. ” Pour Michel Cartier, ni le web 2.0 ni l'internet 2 ne serviront de support à l'évolution de la société émergente. C'est au contraire l'inverse, “ car nos choix actuels concernant l'internet 2 ou le web 2.0 dépendent du développement de cette nouvelle société ”. Professeur au département communications de l'université du Québec à Montréal, Michel Cartier défend, en effet, l'idée d'une évolution d'internet conditionnée, à long terme, au modèle de société postindustrielle choisi par les citoyens et les gouvernements. Explication : la convergence des technologies numériques, l'intelligence collective, la mondialisation, l'économie de niche, et autres logiques de communauté sont autant de facteurs technologiques, économiques, et sociétaux, qui ne se développeront qu'en s'interconnectant les uns aux autres. D'où la possibilité d'une succession d'effets dominos, où rien n'est vraiment prévisible. La puissance multiplicatrice des interactions entre les pôles technologiques, économiques, et sociologiques peut, selon les cas, s'avérer positive ou négative sur le développement de nos sociétés. Les combinaisons qui naîtront entre l'évolution des technologies et les facteurs sociaux peuvent conduire aussi bien à des avancées qu'à des dérapages. D'où l'importance, selon Michel Cartier, de ne pas faire marcher le monde sur la tête. Et de repositionner la technologie en tirant les leçons des erreurs passées. “ J'ai le sentiment de revivre un “ déjà vu ”, une situation où nous n'avons pas su décoder correctement les changements sociaux suscités par l'apparition de certaines avancées technologiques ”, prévient-il. L'arrivée du télégraphe, de la radio, puis de la télévision a suscité une sorte de “ pensée magique ”. Celle-ci a entraîné une course aux technologies stérile, en laissant croire que la technique pouvait, à elle seule, résoudre tous nos problèmes.
a.muller@01informatique.presse.fr