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A tout passager à bord d'un avion, il semble naturel de se voir offrir une couverture, la boisson de son choix, ou le quotidien du jour. Or, pour une compagnie aérienne, assurer cette prestation constitue un vrai défi. Au sein d'Air France, la direction logistique “ produits vol ” (DLPV) assure cette fonction en étroites relations avec les directions du marketing et des achats, et un réseau de plus de 400 traiteurs dans le monde. Elle fait en sorte que tous les biens et matériels nécessaires au service du passager (plateaux, couverts, chariots, etc.) soient toujours disponibles dans ses huit bases parisiennes comme dans les 200 escales desservies sur le globe. Soit un catalogue de 800 références et un stock circulant de 5,2 millions d'euros, dont la rotation totale s'effectue entre quatre ou cinq jours.
A partir des années 1980, la DLPV s'est appuyée sur un développement spécifique, Sycomore, pour gérer l'approvisionnement, le stockage, la distribution et l'expédition de ses produits vol. Mais, “ ce logiciel couvrait insuffisamment les aspects métier de la chaîne logistique : réapprovisionnement automatique, distribution, achats, et, surtout, prévisions, se souvient Jean-Claude Isabel, responsable logistique au sein de la DLPV. En outre, il n'assurait que partiellement la gestion de stocks, et ne présentait que peu d'indicateurs. Par ailleurs, sa technologie ancienne rendait sa maintenance difficile. ”
En 2002, Air France décide donc d'étudier l'opportunité et la faisabilité de son remplacement. La société de conseil CSC assiste la compagnie dans la conception d'un schéma directeur et la redéfinition de ses processus logistiques. L'audit incite à poursuivre le développement du volet de gestion du commissariat Epicure (application d'une politique de service, conception et préparation des plans d'armement et des interventions de fournisseurs…). Il recommande toutefois de remplacer Sycomore. Le nouveau système devra surtout assurer la gestion de la chaîne logistique, établir des prévisions, et faciliter le pilotage de l'activité. Il lui faudra participer à l'objectif global d'économies sans nuire aux exigences de qualité de service de la compagnie.
Alors que le choix semble s'orienter vers un PGI, Air France annonce son rapprochement avec KLM en septembre 2003. Le nouveau leader mondial veut dégager 1 milliard d'euros d'économies à l'horizon 2009 en jouant sur la synergie. Notamment en atteignant 70 % d'applications informatiques communes. La DLPV s'intéresse alors à la manière dont ses homologues néerlandais gèrent la logistique des produits vol. De part et d'autre, les équipes analysent et comparent leurs métiers, leurs besoins, et leurs processus tout au long de l'année 2004. Dès 1996, KLM a adopté SAP pour gérer des processus équivalents. Et elle souhaitait justement mettre à jour la version 3.3 de son progiciel. Après s'être accordées sur une vision métier commune, les deux compagnies décident de coupler leurs projets et de mettre en œuvre une solution SAP unique. Air France peut ainsi remplacer Sycomore, et KLM mener à bien son évolution technique et fonctionnelle vers la version 4.7. En plus des modules finance (FI), gestion de matériel (MM), et administration des ventes (SD), la compagnie néerlandaise se dotera des modules de gestion d'entrepôt (WM) et de contrôle de gestion (CO). En revanche, ces deux nouveaux modules s'avèrent inutiles pour la DLPV, qui sous-traite sa gestion d'entrepôt et fait remonter son contrôle de gestion vers l'application groupe (SAP 5.0 FI et CO).
Une équipe de projet rassemblant une cinquantaine de collaborateurs d'Air France et de KLM est ainsi constituée. De par leur expérience SAP, les Néerlandais sont chargés de l'intégration et de la mise en œuvre de la solution, ainsi que des développements spécifiques. Le projet est piloté par la maîtrise d'ouvrage d'Air France, qui assure les changements opérationnels liés à l'évolution du système d'information, la définition des besoins, et la coordination des utilisateurs clés. Aidée par CSC, la DLPV organise ainsi la conduite du changement, et anime des groupes de travail communs aux deux compagnies, auxquels participe également le traiteur Servair, filiale d'Air France.
Air France et KLM veulent optimiser leurs stocks en contrôlant mieux les flux physiques et en suivant de plus près le stock des traiteurs. Ils souhaitent aussi améliorer la gestion des commandes de matériel grâce à des prévisions détaillées (Epicure) et à un meilleur calcul des besoins (SAP MM-Material Resource Planning). Cela tout en affinant la gestion logistique quotidienne des sous-traitants, des traiteurs, des fournisseurs, et de l'entrepôt central (SAP MM). Les compagnies attendent une mesure précise de l'efficacité opérationnelle de chaque activité via des indicateurs de performance (activité, coûts, qualité, productivité). Ils entendent ainsi, entre autres, réduire leur consommation (perte, casse, et mise au rebut) de biens et d'équipements, diminuer leurs coûts d'exploitation, et améliorer l'efficacité des approvisionnements communs. La prise en compte des spécificités douanières et la complexité des interfaces avec les applicatifs Air France existants ou le PGI de Servair (Peoplesoft) compteront parmi les principaux défis techniques du projet.
Enfin, pour améliorer la gestion des flux et des stocks en bout de ligne, le projet est prolongé par la mise en place d'un portail logistique (Websphere) en trois langues, auquel peuvent se connecter 450 prestataires et les agents d'Air France.
Après cette première collaboration réussie, c'est bientôt KLM qui adoptera une solution existante chez ses homologues français. D'ici à l'été 2008, la compagnie néerlandaise devrait utiliser Epicure.
b.mathieux@01informatique.presse.fr
Conception générale : de novembre 2004 à février 2005
Analyse des processus logistiques des deux compagnies, mis en place d'un référentiel commun, et lancement d'un programme de synergie.
Choix de SAP 4.7 : nouvel outil pour Air France, et mise à jour fonctionnelle et technique pour KLM.
Conception détaillée : de mars à juillet 2005
Paramétrages, développements (d'interfaces, notamment), tests et préparation à la migration.
Nettoyage des données et plan de formation.
Mise en place de l'architecture technique.
Préparation au déploiement : de juillet à octobre 2005
Formations, migration de données, et mise en production (“ go-live ”).
Gestion de l'environnement de production.
Support “ go live ” : de novembre à décembre 2005.
55 millions de prestations (repas, brunchs, sandwichs, etc.) dont 34 millions au départ de Paris.
120 000 journaux et 30 000 revues mises à disposition.
30 minutes à 1 heure 40 de temps d'intervention par avion.
L'application SAP 4.7 améliore la gestion des commandes de matériel, modernise la gestion logistique des fournisseurs et de l'entrepôt central (SAP MM), et mesure l'efficacité opérationnelle (SAP BW et Business Objects).
Sa société de conseil a participé à la définition du schéma directeur de la direction logistique des produits vol d'Air France.
Comment Air France et KLM se sont-ils réparti la tâche sur ce projet de logistique ?
“ Le chef de projet devait appartenir à la société pour laquelle les enjeux étaient les plus importants. Si l'adoption de SAP 4.7 était l'occasion d'une amélioration fonctionnelle chez KLM, elle représentait un enjeu métier majeur pour Air France. Le projet a donc été piloté par la maîtrise d'ouvrage de la compagnie française, et la maîtrise d'œuvre confiée à un chef de projet issu de KLM. Les rôles de chacun, les modes de collaboration, et les structures de pilotage indispensables ont été définis et formalisés dans un document de gestion de projet commun. ”
Quelles différences culturelles avez-vous constatées ?
“ Les équipes néerlandaises sont en recherche constante de simplicité. Ce qui se ressent dans leur communication très directe. Chez Air France, la gestion de projet est, elle, très “ nomenclaturée ”. La culture de l'arbitrage est, elle aussi, différente. Lorsqu'un élément sort un peu du cadre défini, le chef de projet de KLM le remonte souvent auprès de la structure de coordination. Le chef de projet français se montre plus autonome dans ses décisions. ”
Quelles initiatives ont rapproché les équipes ?
“ Dès le départ du projet, des réunions et des soirées ont permis d'apprendre à se connaître. L'installation sur un même plateau a également facilité le rapprochement des équipes. ”
















