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Cisco n'en finit plus de se diversifier. En acquérant la société américaine Webex pour 3,2 milliards de dollars cash, l'équipementier devient aussi fournisseur de services. Spécialiste de la téléconférence sur le web et du travail collaboratif en ligne, Webex a été fondé il y a une dizaine d'années. L'entreprise emploie 2 200 personnes, et a généré un chiffre d'affaires de 380 millions de dollars en 2006. Elle conservera son modèle économique. Son patron, Subrah Iyar, dépendra de Charles H. Giancarlo, responsable du développement chez Cisco.
Une page de l'histoire du constructeur se tourne. C'est, en effet, la première fois que Cisco acquiert un fournisseur de services. Avec cette brusque inflexion dans sa stratégie, il s'aligne sur l'évolution du marché. Sous la pression de la concurrence, surtout asiatique, les marges des équipementiers s'érodent. Pour maintenir sa progression échevelée à deux chiffres, Cisco doit trouver de nouvelles sources de revenus. Or, les services en ligne sont en plein essor, car l'externalisation des systèmes de communication tente de plus en plus les entreprises, grandes ou petites. Par cette opération de croissance externe, l'Américain investit donc ce créneau. Il y affrontera de sérieux concurrents tels que Microsoft avec son service Live Meeting, ou Citrix et son service Gotomeeting.
Selon Charlie Giancarlo, avec cet achat, “ Cisco vise plus particulièrement les PME, pour lesquelles la formule du service par abonnement est plus abordable que l'achat d'équipements ”. Les outils de travail collaboratif du constructeur, tel Meeting Place, sont plutôt utilisés en interne par les grandes entreprises. Pour sa part, “ Webex profitera de l'immense base installée de Cisco - notamment en Europe, où cette dernière est plus présente qu'elle, explique Bert Van der Zwan, vice-président Europe de Webex. De plus, Cisco dispose de canaux de distribution denses, dont nous entendons bénéficier. ”
Pour l'instant, l'accord porte essentiellement sur la complémentarité des produits des deux sociétés. Cependant, comme le souligne Robert Arnold, analyste chez Current Analysis, l'initiative de Cisco n'est pas sans risque. “ Le constructeur investit un nouveau marché doté de ses propres règles, et, pour le moment, le calendrier d'intégration entre l'offre de Webex et les produits de Cisco demeure flou. ”
Peut-être Cisco voit-il plus loin que la seule fourniture de services de conférence web. En effet, Webex possède Mediatone, un réseau privé mondial doté d'équipements Cisco, et qui dessert 3 000 serveurs à travers le monde. Une bonne base pour développer des services très pointus, destinés aux entreprises, et mettre en œuvre ce que Cisco prône depuis des années : “ Faire du réseau non plus un simple outil de connectivité, mais une plate-forme pour la prochaine génération d'applications ”, comme l'a rappelé Charles H. Giancarlo lors de la conférence de presse. Revers de la médaille : en devenant lui-même opérateur, il concurrencera ses propres clients. Par exemple, dans l'Hexagone, il chasse sur les terres de France Télécom, qui a lancé son service Business Together. A lui de se montrer assez habile pour ne pas scier la branche sur laquelle il est assis.
j.soules@01informatique.presse.fr
En acquérant Webex, Cisco arrive en force sur le marché du travail collaboratif en ligne. Quelle est votre marge de manœuvre ?
“ Nous avons une longueur d'avance sur nos concurrents. Nos deux produits, Office Communications Server et Live Meeting, sont intégrés. Le premier fonctionne en interne dans l'entreprise ; le second est un service en ligne. L'utilisateur recourt au navigateur ou à une application Office pour accéder à l'un ou à l'autre. Cisco et Webex vont devoir effectuer ce travail d'intégration entre leurs deux offres. ”
Cisco cible à la fois le terrain des PME et celui des grands comptes. N'allez-vous pas vous retrouver cerné ?
“ La question ne se pose pas en ces termes. Les entreprises utilisent à la fois les outils de travail collaboratif internes et les services de conférence web. Pour les petites réunions de groupes de travail, où s'échangent des données confidentielles, elles préfèrent la solution interne. Pour les grand-messes institutionnelles, hebdomadaires ou mensuelles, avec les partenaires, elles choisissent des services externes, ne nécessitant pas de lourds investissements. Microsoft joue sur les deux tableaux. ”
















