











D'ici à la fin de l'année, ce sont plus de deux millions d'ouvrages – romans, essais ou CD de musique – qui auront été mis en page et commandés via Lulu.com. Le cap du million a d'ailleurs été franchi il y a quelques semaines. Avec ce service d'impression en ligne, n'importe quel internaute peut faire éditer son ouvrage. Il choisit lui-même sur la Toile les caractéristiques de son livre : couverture, police de caractères... et en fixe le prix de vente. Les ouvrages sont imprimés à l'unité lors de chaque commande passée sur le site. Lulu.com se rémunère en prélevant un pourcentage sur les ventes.
De passage à Paris, à l'occasion de l'annonce d'un partenariat avec la banque de photographies Getty Images (les internautes auteurs pourront y piocher des images pour illustrer leurs ouvrages), Bob Young, le fondateur du site s'étonne encore. “ Aucune des sociétés que j'ai créées n'a connu une telle croissance, même la petite société informatique Red Hat ”, ironise le “ serial entrepreneur ” dont l'ancienne entreprise dédiée à l'open source a réalisé 341 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2006.
Lulu.com n'en est pas encore là. Loin s'en faut. Rentable depuis un peu plus d'un an, son chiffre d'affaires à la fin 2006 est estimé à un peu moins de 20 millions de dollars. Mais le nombre de ses adeptes progresse à grand pas. Tant est si bien que 160 000 livres sont imprimés et vendus en ligne chaque mois par ses services. Une quarantaine de créateurs réussissent même à vivre de leur prose.
Toutefois être présent sur Lulu.com ne garantit pas le succès. Le site compte 800 000 membres dont beaucoup n'ont pas réussi à vendre plus d'un livre. Le tirage moyen des œuvres publiées en ligne est inférieur à deux. Certains tirent cependant leur épingle du jeu.
Parmi les best-sellers américains, le livre de conseils How to become an alpha male ou comment une homme paresseux peut avoir du succès avec 20 femmes et plus en un mois. En France, c'est le recueil de témoignages de l'association SOS-attentats, Des vies brisées, qui arrive en tête des ventes. “ Nous avons déjà publié des ouvrages chez des éditeurs classiques, mais nous étions alors confrontés à des problèmes de stocks. Nous étions contraints d'entreposer des livres dans nos locaux. Avec Lulu.com, le problème ne se pose plus, explique Françoise Rudetzki, présidente de l'association. Toutefois, nous devons imprimer en avance quelques livres, car certaines personnes éprouvent encore des réticences à commander en ligne. ”
Depuis 2002, année de la création du service, le profil des utilisateurs s'est considérablement diversifié. Les auteurs en mal de succès ne sont plus les seuls à faire appel à ce service en ligne. Ils sont rejoints par des associations, des entreprises, voire des éditeurs. A l'image de l'américain Spiderworks, qui se sert de Lulu.com pour publier Xbox 360 uncloacked : The Real Story Behind Microsoft's Next-Generation Video Game Console. “ L'éditeur ne sait pas combien d'exemplaires de ce livre il peut vendre. Mais il sait en revanche que toutes les personnes susceptibles de le lire sont sur Internet. Plutôt que d'en imprimer des milliers et de risquer d'avoir des invendus, il les imprime à la demande ”, analyse Bob Young.
Malgré des résultats prometteurs, des progrès restent encore à faire pour la société. Notamment au niveau du taux de défaut des impressions. “ Le contrôle de qualité est très important. A notre création, le taux de livres défectueux était de 10 %, cela n'était économiquement pas rentable. Nous sommes aujourd'hui autour de 1,5 %. Ce taux doit tomber à moins de 1 % pour que notre modèle économique soit parfaitement éprouvé. Nos ingénieurs y travaillent ”, promet Bob Young.
Après l'open source, Bob Young est tombé dans le Web 2.0. Lulu.com dispose depuis moins d'un an d'un site de partage de vidéos. Baptisé Lulu.tv, il n'a pas pour dessein de diffuser du contenu de grandes chaînes, mais bien les vidéos des cinéastes amateurs.
Les créateurs sont rémunérés par un partage des revenus publicitaires, 80 % pour les auteurs, 20 % pour Lulu.tv. Au cours des six derniers mois, selon la société, 50 000 dollars auraient ainsi été redistribués.
















