











“ Nous n'avons pas fabriqué de disques équipés de protections techniques pendant les derniers mois. Cela ne veut pas dire que nous avons définitivement tiré un trait sur ces protections, mais nous évaluons cette option ”, a déclaré la semaine dernière un porte-parole d'EMI Music. Cette décision s’applique aux CD audio commercialisés par la maison de disques. En revanche, elle ne concerne pas les systèmes DRM (Digital Rights Management, gestion numérique des droits) greffés sur les fichiers numériques achetés en ligne.
EMI avait pourtant été l’une des plus ferventes adeptes des systèmes anticopie, et l’une des rares majors à les utiliser à grande échelle. Cette suspension apparaît donc comme l’aveu d’un échec. Confronté à une chute de ses bénéfices annuels (due en partie à des ventes inférieures aux prévisions) et aux départs soudain de son PDG et de son vice-président, le groupe reconnaît implicitement que les systèmes anticopie freinent les ventes et que le trafic des réseaux P2P ne montre pas de signes de faiblesse (voir notre enquête sur les nouveaux réseaux de piratage).
Comme les autres maisons de disques, EMI est confrontée à un casse-tête : choisir une solution technique qui puisse protéger simplement les contenus sans restreindre les usages… tout en restant légal par rapport à la législation de chacun des pays où les albums sont commercialisés. Une gageure, car certains programmes fournissent une protection tellement forte qu’ils empêchent la lecture des CD sur certains appareils (EMI Music et Warner ont été condamnées pour vice caché), d’autres, au contraire, sont inefficaces et, enfin, certains sont un peu trop sujets à polémique (le fameux rootkit de Sony BMG). Bref, de gros investissements qui n’ont pas montré leurs bénéfices.
“ Nous sommes en train d’assister à une évolution des DRM. Tout le monde teste des solutions technologiques mais il n’y pas de standard pour l’instant ”, constate Laurent Michaud, responsable du pôle jeux vidéo et services interactifs de l'Idate (Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe). Pour cet expert, l’annonce d'EMI Music est une preuve supplémentaire que “ le disque a du mal à se renouveler et à s’adapter aux nouveaux usages ainsi qu'aux besoins de mobilité [transfert sur un baladeur par exemple, NDLR]. Aujourd’hui, on branche son lecteur MP3 sur sa chaîne hi-fi ou sur son autoradio. Ce petit appareil est devenu un CD élaboré. ”
Annoncée depuis plusieurs années, la mort du CD n’a pas encore été officialisée. Mais les majors réfléchissent à la fois à la fin des systèmes anticopie et à de nouveaux supports. En juillet 2006 sur la Fnac.com, EMI Music avait mis en vente 7 500 baladeurs/clés USB (au prix de 50 euros) contenant le dernier album des Rolling Stones, A Bigger Bang.
Les membres de StopDRM vont se rendre dans les commissariats demain, mardi 16 janvier 2007. Regroupant des amateurs de musique et des consommateurs opposés à la légalisation des DRM sur les CD et sur la musique vendue en ligne, ce collectif entend ainsi dénoncer la publication au JO en décembre 2006 du décret relatif à la pénalisation du contournement des mesures techniques de protection (DRM).
Selon ce texte, le consommateur est passible d’amendes de quatrième catégorie (jusqu’à 750 euros) sauf s’il s’agit d’actes “ qui ne portent pas préjudice aux titulaires de droits et qui sont réalisés à des fins de sécurité informatique ou à des fins de recherche scientifique en cryptographie ”…
“ Chaque petite avancée – comme l’annonce d'EMI – nous conforte dans notre opinion, nous a déclaré un membre de StopDRM. Mais nous sommes déçus que ces décrets aillent contre le bon sens et contre les usages actuels de la musique. Nous voulons démontrer les incohérences de la loi DADVSI que tous les spécialistes jugent inapplicable. ”
















