Qui aurait cru, il y a quelques années, que des entreprises telles que Franprix, La Fnac, le Crédit Agricole ou le Crédit Mutuel baseraient tout ou partie de leur système d'information sur une base de données libre ? Talonnant désormais leurs concurrentes commerciales, PostgreSQL et MySQL marchent sur les traces de Linux et d'Apache, avec le succès qu'on leur connaît dans le domaine des OS et des serveurs Web. À tel point que le Gartner Group estime que MySQL sera un choix sûr pour le déploiement d'applications critiques dès 2007.
À mesure que les briques d'infrastructure se banalisent, les solutions propriétaires sont peu à peu remplacées par des outils open source. C'est aujourd'hui le tour des bases de données. L'adoption de ces SGBDR libres se généralise même si vite que le Gartner Group a réalisé en mai dernier une étude consacrée à ce phénomène et intitulée « Se préparer à un monde de bases de données libres ». Pour Forrester Research, ce marché en croissance de 10 % par an représentera plus de un milliard de dollars au niveau mondial dès 2008. Mais, plus important encore, le nombre d'applications critiques déployées en étant adossées à des SGBDR libres aurait grimpé de 20 % en 2006. Quel que soit le domaine d'activité de l'entreprise et le SGBD retenu, les facteurs d'adoption sont les mêmes : une réduction des coûts par l'absence de licence, une plus grande simplicité d'utilisation, et la recherche d'une amélioration des performances et de la montée en charge.
Fabricant de bancs d'expérimentation scientifique, Chemspeed illustre parfaitement ce contexte. L'entreprise intègre MaxDB de MySQL (ex-SAP DB) aux solutions qu'elle propose à ses clients depuis plusieurs années et l'utilise aussi en interne pour son PGI. « Les licences Oracle9i ou 8i sont prohibitives pour une PME. Nous avons donc retenu MaxDB lorsque nous avons installé SAP R/3. Ce SGBD est mature et possède un excellent pilote JDBC », explique Cédric Cuche, développeur chez Chemspeed.
L'utilisation : des développements client-serveur
Avec dix millions de serveurs déployés, MySQL est de loin le SGBD le plus utilisé. Il est suivi de PostgreSQL, puis de nombreux autres projets : MySQL Cluster, MaxDB, Ingres, Derby, Firebird, SQLite, etc. L'emploi des SGBDR open source commence d'ailleurs à évoluer. D'abord retenus pour les nouveaux projets (architectures Web surtout), ils sont désormais exploités pour d'autres architectures. « 70 % des personnes que nous formons prévoient de les utiliser dans des développements client-serveur, pour déployer un progiciel ou mettre en place un entrepôt de données », détaille Cyril Pierre de Geyer, patron d'Anaska, une SSLL qui forme à MySQL.
Les SGBD libres prennent donc en charge les applications métier critiques des entreprises. C'est le cas de Franprix : plus de 620 magasins Franprix et 490 magasins Leader Price sont connectés à des dizaines de serveurs MySQL répartis dans toute la France. La base couvre tous les besoins métier - achats, logistique entrepôts, approvisionnement, etc. - et est donc critique. Idem chez Maximiles où 100 % des applications fonctionnent avec PostgreSQL.
Même des banques tels le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel n'hésitent plus. « Nous déployons de plus en plus d'applications dont le tiers " données ", hébergé par MySQL, est très sollicité. Les sites de banques et de courtage en ligne puisent, par exemple, leurs données financières dans MySQL. Cela représente plusieurs centaines de requêtes par seconde. Des applications de comptabilité et de gestion des risques reposent aussi sur MySQL. Ces données sont critiques : sans elles, il est impossible de valoriser des portefeuilles titres, de calculer une couverture ou de passer un ordre de Bourse. Or, compte tenu des contraintes réglementaires liées à l'activité bancaire de nos clients, les états comptables et l'analyse de leur exposition au risque doivent être produits en temps et en heure », illustre Mathias Herberts, expert technologique au Groupement Informatique du Crédit Mutuel.
La mise en oeuvre : simple et progressive
Bien entendu, les entreprises ne migrent pas toutes leurs applications critiques du jour au lendemain. « Depuis 2000, nous avons effectué quelques migrations de SGBD propriétaires, l'élément déclencheur étant souvent double : d'une part, une volonté de limiter le coût des licences, et d'autre part, un pragmatisme dictant que si le SGBD libre répond au besoin et offre la même QoS, alors il est temps de remplacer le SGBD propriétaire » , explique Mathias Herberts.
Le déploiement du serveur et la migration des données sont souvent rapides et simples. Chez Maximiles, la migration d'Oracle vers PostgreSQL a été réalisée en un mois, monopolisant un chef de projet et un développeur à plein temps. Le déploiement d'un serveur ne requiert que quelques minutes, « par le biais de cinq lignes de commande sous Linux », précise Hervé Piedvache, DSI de Maximiles. L'entreprise n'a pas fait appel à un prestataire car « la communauté PostgreSQL a été très réactive pour répondre à nos problématiques », explique-t-il. PostgreSQL intègre également des outils de migration de données Oracle. « Nous n'avons eu aucun problème. Une interruption de service de quelques minutes a suffi pour le changement », ajoute-t-il.
Côté applications, la migration se résume très souvent « à revalider les requêtes et parfois à modifier légèrement les architectures quand les spécificités d'un SGBD propriétaire ont été utilisées. Mais nos bonnes pratiques nous permettent de limiter au maximum ces désagréments, précise Mathias Herberts au Crédit Mutuel. Pour les données, cela se résume à un simple " dump " de la base source, l'application de quelques scripts développés en interne pour effectuer des adaptations de formats, et enfin un import dans la base cible », complète-t-il. La banque mutualiste n'a, elle non plus, pas fait appel à un prestataire devant la simplicité des déploiements et de la migration.
Les ressources nécessaires : plus légères qu'avec un SGBD propriétaire
Au quotidien, les SGBDR libres savent se faire oublier. Ils offrent une QoS comparable aux serveurs propriétaires et ils sont désormais aussi bien outillés. « La qualité des outils d'administration pour Windows et de la documentation de MaxDB nous a bluffés », se souvient Cédric Cuche chez Chemspeed. Grâce à la communauté et aux nombreux outils d'administration fournis par défaut, l'entreprise n'a mis que trois jours pour prendre en main MaxDB et écrire les scripts qui automatisent sa maintenance. Quelle que soit la base de données libre utilisée, l'assistance de premier niveau est gratuite.
Pour les problèmes qui ne peuvent être résolus que par des spécialistes, le Crédit Mutuel, lui, a souscrit un contrat auprès de MySQL AB. « Le coût est raisonnable par rapport aux licences des SGBD commerciaux. Les temps moyens de réponse sont inférieurs à deux heures avec, à chaque fois, la résolution du problème », explique Mathias Herberts. La charge d'administration quotidienne de PostgreSQL « est quasiment nulle. Tout est automatisé au maximum », constate Hervé Piedvache chez Maximiles. Grâce à l'ouverture des serveurs, quand l'outillage par défaut n'est pas suffisant, l'entreprise développe souvent ses propres scripts.
Un point de vue que confirme le Crédit Mutuel (MySQL) et Chemspeed (MaxDB). « La charge d'administration est assez faible vu le nombre de bases déployées [environ 150, NDLR]. II nous faut, par exemple, 15 secondes pour générer une nouvelle instance de serveur », illustre Mathias Herberts, du Crédit Mutuel.
Quant à la formation, elle n'est souvent pas nécessaire. En effet, presque tous les jeunes ingénieurs connaissent MySQL et PostgreSQL. Et il est facile de se s'autoformer en ligne. Maximiles et le Crédit Mutuel ont suivi cette démarche. « Certains ingénieurs sont devenus experts dans la recherche de solutions à leurs problèmes au sein de la communauté », constate Mathias Herberts.
Les écueils : une mauvaise prise en compte par les éditeurs commerciaux
Comme n'importe quel type de logiciel, les SGBDR libres sont perfectibles, tel l'outil d'administration et de réplication pour PostgreSQL, même si la base a fait d'énormes progrès en un an, le moteur transactionnel compatible avec InnoDB pour MySQL 4, etc. Mais le principal problème de ces outils libres est surtout lié à « leur prise en compte par les éditeurs de logiciels, qui nous affirment, par exemple, que MySQL n'est pas transactionnel... ce qui n'est plus vrai depuis longtemps », illustre Mathias Herberts.
« Un éditeur qui tient compte de la compatibilité avec Oracle et SQL Server devrait, à notre sens, valider aussi sa solution avec un SGBDR libre, tel MySQL. Nous avons d'ailleurs déjà réussi à faire sauter le pas à plusieurs d'entre eux, mais d'autres résistent encore », regrette ce dernier.
Les gains : des économies radicales et une vraie écoute
Tous les utilisateurs de SGBDR libres s'accordent sur l'ampleur des économies réalisées, liées à l'absence de coût de licence et à la stabilité des serveurs. « Sans coût de licence, les économies sont radicales. Et l'assistance de la communauté est sans équivalent », estime Hervé Piedvache chez Maximiles. « Nous tirons le meilleur parti de nos machines compte tenu des besoins en ressources moindres de MySQL. Côté administration, la simplicité de la solution est plébiscitée par les équipes qui la gèrent. La performance est au rendez-vous, ce qui contente les équipes études, et au final, les utilisateurs », renchérit Mathias Herberts. Pour Gilbert Boneill, DI de Météo Consult, un deuxième point est important : « Pour MySQL France, nous sommes un gros client, ce qui n'est pas le cas avec certains gros éditeurs propriétaires », résume-t-il.
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1 - Administration aisée
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Les utilisateurs sont unanimes : les outils sont simples à administrer et requièrent peu d'interventions. De nombreux outils d'administration open source sont disponibles. À l'image de pgAdmin (Postgre-SQL) et de phpMyAdmin
(MySQL), certains possèdent exactement la même interface, ce qui facilite le passage d'une base à l'autre. Tous les outils commerciaux (modélisation, administration, etc.) gèrent PostgreSQL et MySQL.
2 - Performances et montée en charge
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Nos tests effectués fin 2004 révèlent des comportements spécialisés des SGBDR libres mais pas d'écart notable de performances par rapport aux outils propriétaires. Les SGBDR libres sont plus performants en lecture, ceux propriétaires
gèrent mieux les ajouts d'enregistrements. La palme de la performance pure revient cependant à MySQL avec son système de moteurs interchangeables et qui possède aussi un moteur
« cluster »
temps réel.
Et tous les outils gèrent la réplication sur une grappe de serveurs.
3 - Ouverture et respect des standards
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MySQL 5.0, MaxDB et Postgre-SQL gèrent presque l'intégralité du standard SQL92 et implémentent une partie de SQL2000 et SQL2003. MaxDB et PostgreSQL proposent, en outre, un excellent niveau de compatibilité avec Oracle 7 et 8, et
MySQL 5.0 avec IBM DB2. Toutes les bases de données libres disposent de nombreuses interfaces de programmation (API) pour les langages les plus utilisés (.NET, J2EE, PHP, C, etc.) ainsi que de nombreux pilotes natifs, ODBC, JDBC, etc.
4 - Encore des lacunes en matière de haute disponibilité
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Contrairement à Oracle ou IBM (DB2), les bases de données libres ne sont pas équipées de tous les mécanismes nécessaires pour garantir une très haute disponibilité. Toutes offrent cependant des fonctions de réplication dynamique pour
répartir la charge entre plusieurs serveurs ainsi que des mécanismes de sauvegarde (à chaud pour PostgreSQL). Seul MySQL Cluster propose une vraie haute disponibilité garantie (cluster mémoire temps réel avec doublonnage des données sur plusieurs
noeuds) du niveau d'Oracle RAC par exemple.
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* Prestation hors taxes, par an, pour un serveur au minimum.
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