Si l'ADSL est la technologie haut débit du moment, elle a cependant atteint ses meilleures performances. Désormais, tout le monde parle de VDSL2, une révision en profondeur du réseau avec des équipements coûteux. On peut alors se poser la question de la fibre, dont les débits sont quasi illimités.
Pour les opérateurs historiques européens, le développement de la fibre est devenu un cheval de bataille essentiel pour une sorte de « re-monopolisation ». Vis-à-vis de Bruxelles, les opérateurs historiques, France Télécom et Deutsche Telekom en tête, ne veulent plus de régulations favorables à l'ouverture. Car pour couvrir des zones peu rentables, il leur faut l'assurance d'un retour sur investissement raisonnable et la garantie de ne pas être mis en concurrence sur ce créneau. Pour appuyer leur démarche, ils citent volontiers les Etats-Unis, où la fibre n'est pas ouverte à la concurrence, ce qui permet un développement sain.
Mais ces opérateurs oublient de préciser que cette protection s'expliquait outre-Atlantique par l'avance considérable qu'avait le câble TV, et que l'avantage donné aux promoteurs de la fibre était d'abord une manière pour l'autorité locale américaine, la FCC (Federal communication commission), d'élargir la concurrence face à un câble omniprésent.
Quoi qu'il en soit, en Europe, face au cuivre - désormais synonyme de partage des revenus entre opérateurs -, l'investissement à long terme dans le fibre, tant en exploitation qu'en capitalisation, paraît beaucoup plus porteur, même dans une optique de mutualisation finale.
Trois types de solutions
La bataille de Bruxelles justifie à elle seule un petit retour sur les différentes formules pour installer la fibre. La fibre optique jusqu'aux foyers se conçoit principalement sous trois formes : le réseau en point à point, le réseau en point à multipoint et le réseau optique actif.
La première formule est la plus simple. Un Ethernet en point à point, qui permet un ciblage précis avec des équipements actifs. Chaque utilisateur est lié au réseau via le noeud de raccordement d'abonnés (NRA) par une ou deux fibres dédiées, ce qui offre un débit élevé, mais pas une mutualisation des ressources.
La deuxième solution, la plus en pointe et la plus répandue, est celle du réseau optique passif ou PON (Passive optical network). Elle est la solution privilégiée par France Télécom. Les liens optiques sont partagés entre plusieurs clients par une série de coupleurs passifs en cascade. L'intérêt de cette formule est de mieux mutualiser les infrastructures et d'utiliser des équipements passifs moins coûteux que les équipements actifs précédents, comme les commutateurs couplés à des multiplexeurs ADM, eux-mêmes reliés au réseau central SDH.
Avantage essentiel pour l'opérateur : son administration est entièrement centralisée et les bricolages d'extrémité par la concurrence pratiquement impossibles. La suppression des principaux composants électroniques actifs, tels que les régénérateurs et les amplificateurs, et la diminution du nombre de lasers réduit le coût de l'ensemble de la chaîne. L'équipement principal de transmission au niveau du répartiteur central s'appelle l'OLT (Optical line terminal). C'est généralement un châssis qui comprend plusieurs cartes WAN pour intégrer les différents anciens réseaux, qu'il s'agisse de la téléphonie (commutée ou non), de la vidéo ou de la transmission de données.
Ils incluent, en principe, un routeur de périphérie de type IP ou ATM. Au niveau du client, l'équipement s'appelle ONU (Optical network unit) ou ONT (Optical network terminal), selon qu'il se situe à l'intérieur ou à l'extérieur du lieu d'habitation. Il convertit lui aussi le format optique en un type de données adéquat (Ethernet, IP multicast, lien téléphonique, ligne E1, etc.) et procure, en général, des fonctions de routage de niveau 3, avec des fonctions de pare-feu.
Selon les fabricants, le boîtier à lui seul concentrera 70 % des investissements lors du déploiement FFTB (Fiber to the building) tandis qu'un lien direct FFTH (Fiber to the home) représenterait 80 % de l'investissement. Du concentrateur central au répartiteur terminal optique, une seule ligne de fibre transporte les signaux bidirectionnels sur différentes fibres. Au dernier concentrateur, soixante-quatre lignes sont distribuées.
Une distribution plus fine des services
La troisième et dernière formule, appelée réseau optique actif, exploite des équipements soit au niveau de l'immeuble (FTTB), soit à celui d'un répartiteur (FTTC, Fiber to the curb), qui distribue les ressources optiques d e manière intelligente.
Cette formule, la plus coûteuse pour l'opérateur à l'installation, permet une distribution plus fine des services. Là aussi, un partage du réseau entre différents opérateurs d'extrémités est possible. Une variante de cette formule consiste à distribuer à partir de l'équipement actif (soit une boucle, soit un équipement d'extrémité) les derniers mètres en cuivre, ce qui ne nécessite pas de modification dans bien des bâtiments.
Mais selon Bertrand Rondeau, de France Télécom R&D, qui présentait ces trois solutions à Delhi, la formule mixte cuivre-optique, même avec la réutilisation des infrastructures existantes, pêche par des coûts d'exploitation élevés.
Pour les partisans de la fibre qui, depuis plus de dix ans, prônent son développement, le vrai succès tant attendu passera par une utilisation de nouvelles techniques de pose dans le génie civil : celle de microconduites associées à des microcâbles adaptés. Pour Olivier Danthine, expert en fibre optique, l'évolution de la fibre est liée à la réduction des temps de mise en service, ce qui permettrait de réduire l'investissement de départ, le capex initial.
La nécessité de nouvelles règles d'ingénierie
Avec la pose de fourreaux ouverts à la fibre, qui rendront possible une injection par soufflage vers les usagers en fonction des besoins, se fait jour la nécessité de nouvelles règles d'ingénierie, prenant en compte le dimensionnement et de nouvelles règles de mise en oeuvre, de mise en service et de recettes. Au delà des projets des opérateurs traditionnels, les projets de déploiement de collectivités locales (il en existe 65 en France) pourront suppléer aux financements du privé.
L'infrastructure utilisée (souvent des boucles optiques actives installées sous le régime de délégation de service publique et dont la gestion pourra être sous-traitée) est la garantie d'une nouvelle attractivité pour bien des zones industrielles. De tels projets relançant la concurrence et dopant le développement des régions, on ne peut que se réjouir des investissements dans ce domaine.
Passive optical network (PON) : il peut relier soixante-quatre terminaux sur le même réseau à base de composants passifs. Le réseau PON relie le central OLT (Optical line termination) à des terminaux d'abonnés ONU (Optical network units) en utilisant des fibres optiques, des splitters optiques et des composants passifs.
Quatre technologies PON
(Passive optical network)
ont été normalisées depuis le début des années 90 :
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- l'APon (ATM sur fibre optique passive de 155 à 622 Mbit/s) avec la référence ITU G 983, couplé au multiplexeur SDH (ADM) ;
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- le BPon (
Broadband PON
de 122 à 622 Mbit/s) ;
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- l'EPon, ou GE-PON, fondé sur l'Ethernet, fonctionnant à 1,5 Gbit/s ;
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- le GPON, ou gigabit PON, de 622 Mbit/s à 2,5 Gbits/s.
Le GE-PON est le plus déployé au Japon, en Corée et en Europe par les collectivités, avec une croissance de plus de 300 %. Les vendeurs d'équipements d'extrémité les plus impliqués restent les grands fournisseurs d'opérateurs : Alcatel, Cisco, Juniper, Nortel, Huawei. Ils ont été rejoints par les fabricants de commutateurs Ethernet comme Foundry et Extreme Networks. Tous veulent se démarquer sur la qualité de service et la simplicité d'administration pour offrir des services différenciés.
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