« Les entreprises ont acquis une vraie connaissance des dispositifs et des techniques concernant la formation en ligne. Et nombre d'entre elles ont créé des postes de chefs de projet spécialisés sur le sujet. » Raphaël Gnanou, responsable du Préau, centre pour l'innovation pédagogique et l'e-learning, tire ce constat du baromètre CCIP 2006 - la cinquième édition de l'étude annuelle de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris.
115 entreprises ont répondu à l'enquête réalisée entre mars et avril dernier. D'après les résultats, 73 % des sociétés déclarant utiliser la formation en ligne ont mis leur dispositif en place depuis au moins trois ans. Et parmi celles qui ont commencé avant 2001 - les pionnières -, 67 % comptaient plus de 1 000 salariés répartis sur plusieurs sites. L'Observatoire enregistre également une montée en puissance de l'e-learning dans les PME : depuis 2004, elles sont de plus en plus nombreuses à adopter la formule.
Le recours aux logiciels de « rapid learning »
Selon Raphaël Gnanou, cette maturation se traduit également par la distance que les entreprises prennent vis-à-vis des aspects technologiques : elles se focalisent de moins en moins sur les plates-formes et les modes de distribution. Seules 42 % d'entre elles hébergent le système dans l'entreprise (contre 61 % en 2004). Environ une sur trois a choisi un hébergement partiel, et 28 % optent pour l'externalisation complète (contre seulement 18 % en 2004). Par cette disposition, elles peuvent se concentrer sur l'ingénierie pédagogique, en utilisant notamment des outils de création rapide de contenus. Déjà, 50 % ont recours à ces logiciels dits de « rapid learning ».
Le baromètre met en évidence un autre indicateur de maturité : l'extension du domaine des disciplines enseignées. Après la bureautique, les langues et l'informatique, traditionnellement très demandées, les entreprises mettent en ligne des enseignements spécifiques aux métiers. « Elles dispensent ainsi des formations sur le management, la vente, les processus métier, les réglementations et d'autres, plus transversales, telles la qualité ou la sécurité », souligne le responsable du Préau. L'e-learning apparaît comme la solution appropriée pour ce type d'enseignement, en raison de sa flexibilité et de sa déclinaison aisée en plusieurs langues. Un point particulièrement apprécié par les entreprises implantées sur plusieurs sites !
Cette évolution en entraîne une autre : désormais, plus de la moitié des apprenants (54 %) accèdent à la formation en ligne depuis leur poste de travail, et non plus dans une salle spécialisée. Pour Raphaël Gnanou, cette bascule correspond au changement induit par la familiarisation du grand public avec Internet, notamment grâce au haut-débit. Cette évolution cache encore de nombreuses disparités entre les firmes, et des freins persistent. Aujourd'hui, les entreprises de plus de 5 000 salariés déclarent former moins de 10 % de leurs salariés par ce mode d'apprentissage.
Des formateurs transformés en chefs de projets
Depuis trois ans, ce ne sont plus le manque d'information ou la complexité technique qui freinent davantage, mais plutôt la culture d'entreprise. Les blocages peuvent parfois venir des syndicats, qui craignent que les stagiaires ne se voient livrés à eux-mêmes, sans encadrement. Or, si l'on associe encore l'e-formation à la technologie, elle se révèle aussi et surtout une affaire humaine.
Les mentalités des formateurs ont certes beaucoup évolué ces dernières années, mais certains restent encore frileux devant le changement. Il faut dire qu'avec ce nouveau type d'apprentissage, leur rôle s'apparente davantage à celui d'un chef de projet et d'un accompagnateur. Le formateur doit être capable de transmettre son savoir et de travailler avec des concepteurs de contenus afin de mettre ses cours en ligne.
Autre frein : les contenus métier disponibles sur le marché ne sont pas encore assez nombreux. Les entreprises ne trouvent pas forcément le « sur-mesure » qu'elles recherchent. « Elles estiment que les prestataires spécialisés se montrent chers, et ne comprennent pas toujours qu'en contrepartie de ce coût un peu plus élevé du ticket d'entrée dans l'e-learning, l'investissement connaîtra une rentabilité plus rapide. Car la formation est délivrée à un plus grand nombre de personnes », assure Arnaud de Corgnol, directeur commercial et marketing d'Xperteam, intégrateur de solutions de e-learning. Rares sont celles aussi qui conçoivent elles-mêmes leurs cours en interne. Du fait d'un coût élevé, mais pas seulement. En effet, trouver les bons infographistes, spécialistes des normes d'e-learning et concepteurs pédagogiques ne s'improvise pas.
Pour mieux répondre aux exigences du droit individuel à la formation (DIF) et former plus facilement un nombre accru de collaborateurs, Steria a lancé, voici deux mois, le programme e-Pass. Concrètement, les collaborateurs accèdent à un portail d'e-learning, pour des cours d'anglais et d'informatique, à partir de l'intranet ou de l'extranet. Steria ne se contente pas d'autoformation. La SSII a opté pour du tutorat en ligne (chat avec des experts, etc.). Et réfléchit aujourd'hui à conserver une formation classique sur des sujets très théoriques, pour lesquels elle entend maintenir des échanges entre stagiaires.
En ligne ou traditionnelle, la formation obéit aux mêmes règles : les managers et les ressources humaines définissent les objectifs à atteindre, et s'assurent, tout au long du stage, de son bon déroulement. Les collaborateurs, outre la faculté de suivre la formation à leur propre rythme et de n'importe quel lieu, peuvent tester leurs connaissances sur un sujet, et choisir les modules adaptés à leur niveau.
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