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La rumeur courait depuis quelques semaines déjà, sans doute le temps nécessaire pour finaliser une opération d'une telle ampleur : AMD, le numéro deux mondial du marché des microprocesseurs, a annoncé ce lundi 24 juillet le rachat d'ATI, spécialiste canadien des processeurs graphiques pour une somme globale de 5,4 milliards de dollars.
Ce n'est pas tant le montant de cette opération (près de deux fois et demie le chiffre d'affaires annuel d'ATI) que ses imprévisibles conséquences qui laissent les analystes songeurs, à en juger les questions que ceux-ci ont posées lors des conférences téléphoniques organisées dans la journée. Le monde des composants avait, en effet, trouvé un certain équilibre avec Intel et AMD se partageant le marché des processeurs généralistes (CPU) et ATI et nVidia celui des processeurs graphiques (GPU). En se mariant, AMD et ATI bouleversent radicalement la donne. Ne serait-ce que parce qu'ATI compte parmi les fournisseurs d'Intel.
Les responsables des deux sociétés se sont donc d'emblée attachés à justifier la logique de ce rapprochement. « Nous nous appuyons sur trois éléments clés : la croissance, l'innovation et le choix, a expliqué Hector Ruiz, le PDG d'AMD, lors d'une conférence téléphonique. La croissance, cela signifie le gain de parts de marché grâce à des solutions plus étroitement intégrées, conçues pour mieux répondre aux attentes de nos clients. Nous estimons qu'un gain d'un point de part de marché représente 300 millions de dollars supplémentaires de chiffre d'affaires. » Sont en particulier visés les segments mobilité et grand public, domaines sur lesquels AMD souffre particulièrement face à Intel mais où ATI va pouvoir apporter son expertise et sa réputation, selon les deux protagonistes. ATI, pour sa part, pourra bénéficier pour renforcer ses positions des capacités de production d'AMD, lui qui en était pour l'heure dépourvu.
L'innovation, élément clé de ce mariage
Deuxième axe justifiant le rapprochement : l'innovation. Sur un secteur aussi concurrentiel, il est vital de disposer des meilleures équipes de développement, car quelques semaines d'avance ou de retard seulement sur la concurrence peuvent faire une différence colossale. En outre, l'accent n'est plus aujourd'hui uniquement mis sur la puissance brute des composants, mais aussi sur leur spécialisation, leur intégration ou leur consommation d'énergie. En ce sens, renforcer les équipes AMD par celles d'ATI aux compétences complémentaires semble un vrai pari à long terme. « Grâce à ce rapprochement, nous allons pouvoir inventer de nouvelles formes de périphériques, élaborer de nouvelles fonctionnalités », s'enthousiasme Pierre Lainé, directeur des ventes OEM d'ATI France*.
Enfin, quand Hector Ruiz parle de « choix », il sous-entend que sa société serait le dernier rempart contre un monde tout Intel. Et que secouer le marché par cette initiative stratégique était la seule manière de garantir la pérennité d'une offre alternative crédible. Il signifie aussi que la porte n'est fermée à personne en ce qui concerne les collaborations et les partenariats. Pour l'heure, ni nVidia ni Intel n'ont réagi. Mais il est plus que probable que l'un et l'autre ne tarderont pas à prendre la mesure de ce bouleversement.
* Article modifié le 25 juillet 2006. Contrairement à ce que nous avions écrit lors de la publication de cet article, Pierre Lainé n'est pas directeur général d'ATI France mais directeur des ventes OEM.
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