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« L'intérim concerne de 1 à 2 % des informaticiens. Il forme un marché de niche, mais qui est en augmentation », note Christian Colmant, directeur de Sysinter, spécialiste depuis vingt ans du travail temporaire en informatique. Même si aucun chiffre officiel ne vient l'étayer, la tendance paraît bien réelle. Les plus grandes agences d'intérim investissent le marché des nouvelles technologies.
Directions informatiques et, surtout, sociétés de services comptent parmi leurs clients. « Nous travaillons avec toutes les grandes SSII de la place parisienne, précise Véronique Conter, responsable du département informatique de l'agence Expectra de La Défense. Elles occupent d'ailleurs 55 % de notre planning. »
Une pratique non avouée
Pour éviter l'intercontrat, les SSII recourent à l'intérim, mais n'aiment pas trop l'afficher. Elles incluent d'ailleurs fréquemment des clauses de confidentialité dans les contrats noués avec les agences. Et, bien souvent, leurs propres clients ne sont pas informés que le collaborateur qui travaille chez eux est intérimaire. Les sociétés de services peuvent utiliser l'intérim pour des besoins ponctuels, tels que des remplacements lors de congés, ou pour répondre à un surcroît d'activité.
« L'intérim nous évite de coûteuses périodes d'intercontrat », explique Rémi, patron d'une toute jeune SSII de dix personnes, qui pratique principalement de la régie. Lorsqu'il signe un contrat de moins de six mois avec une entreprise cliente, il recourt systématiquement à l'intérim. Démarrant son activité, il estime ne pas atteindre un volume d'affaires suffisant pour prendre le risque d'embaucher une personne en CDI. Tout en considérant que, sur le long terme, une SSII ne doit pas fonctionner avec plus de 10 à 15 % d'intérimaires au sein de ses effectifs. Au-delà, la rotation de personnel handicape la société.
Dénicher un profil en quelques heures
Les SSII apprécient les sociétés de travail temporaire pour leur capacité à trouver un technicien en quelques heures, et un développeur en deux ou trois jours. Celles-ci travaillent par anticipation et disposent d'un vivier de CV préqualifiés. « Nous recevons les candidats entre trente minutes et une heure afin de valider leurs diplômes, la cohérence de leur CV et leurs références. Nous vérifions leurs attentes salariales, leur mobilité, leur sens du service, etc. », explique Sébastien André, responsable du centre expert high-tech informatique de Randstad. Lorsqu'une commande leur est adressée, les agences plongent dans leurs bases de données et proposent deux ou trois CV. Reste ensuite aux SSII à tester les candidats sur le plan technique. Et si la mission se déroule en dehors de la région, l'agence locale entre en relation avec les autres bureaux du réseau.
Depuis la fin 2004, les SSII font de nouveau appel au travail temporaire. Elles recherchent des personnes cumulant quatre ou cinq ans d'expérience. Les compétences demandées, très diverses, s'étendent des ingénieurs d'études Java ou .Net aux consultants SAP techniques ou fonctionnels, en passant par des experts AS/400 ou Unix, des consultants sécurité ou des administrateurs de bases de données Oracle.
La durée des missions varie également beaucoup. Pour les profils de techniciens d'exploitation, par exemple, elles s'étalent souvent de quelques jours à quelques semaines. Pour les postes de développement ou de conception, les missions durent en général de trois à six mois, voire un an. Elles débouchent très souvent sur une embauche. Car, au même titre que les CVthèques sur internet, l'intérim constitue pour les SSII un canal supplémentaire pour dénicher les compétences qui leur manquent.
Une mission sur deux débouche sur un CDI
« Quand j'ai besoin de personnel, je le teste souvent via une mission d'intérim, reconnaît Jean Manus, PDG de la société de services lyonnaise Hinnoya. Cela me coûte plus cher qu'embaucher, mais passer par l'intérim me semble plus simple que de rompre une période d'essai. » Jean Manus a même demandé aux sociétés d'intérim de Lyon de lui envoyer systématiquement par courriel les CV aptes à l'intéresser. « C'est à elles d'anticiper. Si plusieurs agences me proposent un même candidat, je travaille avec la première qui m'a envoyé le CV. » Il recherche avant tout des ingénieurs J2EE et .Net - des profils très prisés. Depuis quelques mois, le marché se tend. Mais, en 2005, ce PDG recevait chaque jour trois CV par le biais des agences de sa région. « J'ai rencontré des profils très intéressants, qui avaient démissionné un peu vite et se retrouvaient au chômage. »
Certains informaticiens en CDI passent aussi par des sociétés d'intérim pour changer d'entreprise. Souvent, par le passé, ils ont été recrutés grâce au travail temporaire. « Commencer un nouveau poste par une mission ne les effraie pas. Et s'inscrire en intérim leur évite d'envoyer des candidatures et des lettres de motivation » , explique Jean Manus, qui a lui-même décroché son premier CDI grâce au travail temporaire. Rémi, patron d'une jeune SSII, s'arrange lui aussi pour recevoir au plus tôt les CV fraîchement arrivés dans les agences d'intérim de sa ville. « Passer par une société d'intérim réduit sensiblement la marge de la SSII, mais ce coût reste gérable », remarque-t-il. D'autant que recourir à l'intérim épargne aux petites et moyennes SSII le fait de dédier une personne en interne au sourcing des CV sur Internet.
Des recouvrements entre intérim et régie
Depuis 2005, les agences d'intérim peuvent proposer les mêmes services qu'un cabinet de recrutement. Pourtant, Jean Manus et Rémi continuent de favoriser la formule des missions. « Si j'utilisais les agences comme cabinets de recrutement, je devrais leur verser 20 % du salaire annuel du collaborateur embauché. Soit 6 000 euros pour un salaire de 30 000 euros. C'est plus onéreux que trois mois de mission, constate Jean Manus. Je préfère opter pour des missions et proposer ensuite un CDI. »
Il aurait tort de s'en priver : afin d'adapter au mieux les compétences du collaborateur à la mission, les sociétés d'intérim financent souvent des formations. « Elles peuvent durer jusqu'à six ou sept jours et je concocte moi-même le programme. Au total, les sociétés d'intérim prennent à leur charge entre trente et quarante jours par an de formation. Ce qui allège d'autant mon budget », se félicite le patron d'Hinnoya.
Une société de travail temporaire n'a pas d'engagement de résultat, et si elle peut fournir une équipe pour un projet spécifique, elle ne s'engage pas sur le respect du calendrier dudit projet. SSII au forfait et agences d'intérim apparaissent dans cette mesure plutôt complémentaires. Toutefois, il existe sans conteste un recouvrement entre l'intérim et les SSII qui délèguent du personnel sans aucune valeur ajoutée.
« Les entreprises finales se rendent de plus en plus compte que, sur certaines prestations comme l'assistance technique, les SSII coûtent plus cher. Et que, sur le plan juridique, elles risquent d'être accusées de délit de marchandage », relève Marie-Eve Richet, directrice de l'agence parisienne Adecco IT. Un technicien débutant facturé 165 euros par jour en intérim coûtera environ 30 % plus cher s'il est fourni par une SSII, qui a des frais de structure plus importants (notamment les intercontrats). « Les agences d'intérim concurrencent les SSII qui font du placement, et sont assurément moins chères. C'est au client de choisir. S'il est structuré pour filtrer les CV envoyés par les agences, il peut recourir au travail temporaire », estime Jean Manus.
Ainsi, la société Zodiac, équipementier aéronautique, emploie un intérimaire lorsque l'un de ses techniciens micro et réseaux part en congé ou en formation. Elle utilise aussi ponctuellement le travail temporaire en cas de surcharge de travail - entre autres, lors de l'installation d'une trentaine de postes. « Un prestataire pourrait s'en charger. Mais nous préférons embaucher un intérimaire trois semaines ou un mois, car nous avons toutes les compétences internes pour l'encadrer. Nous le sélectionnons parmi quatre ou cinq CV, explique Dominique Pager, directeur technique et informatique de Zodiac. En revanche, pour mettre en place de produits pointus, comme en analyse réseau ou en sécurité, nous recourons à des sociétés de services. Elles apportent une expertise que nous ne possédons pas. »
A l'inverse, nombre d'entreprises utilisatrices ne recourent jamais à l'intérim. Même si elles encadrent elles-mêmes les collaborateurs de leurs SSII. Selon elles, le travail temporaire reste lié aux travaux peu qualifiés, ou elles préfèrent avoir une SSII comme prestataire unique. Intérim et sociétés de services en régie devraient donc cohabiter encore longtemps.
Dans la loi
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Depuis l'an dernier, suite à l'adoption de la loi de cohésion sociale (dite loi Borloo), les sociétés de travail temporaire peuvent proposer les mêmes services que des cabinets de recrutement, et donc trouver des collaborateurs pour
des contrats à durée déterminée ou indéterminée.
Pour les entreprises
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Si elles le souhaitent, les entreprises disposent d'un interlocuteur unique, tant pour une mission d'intérim que pour un CDI. Le consultant connaît bien leurs besoins et traite des profils souvent moins haut de gamme que les cabinets
de recrutement.
Pour les informaticiens
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Il est possible de s'inscrire uniquement pour trouver un CDI. Le candidat évite d'envoyer une multitude de lettres de motivation ou de CV, et les postes sont filtrés par l'agence.
VRAI. Si les missions se succèdent régulièrement. A qualifications égales, l'intérimaire reçoit le même salaire que la personne qu'il remplace, auquel s'ajoute une prime de précarité de 10 %. Les congés payés lui sont reversés, puisqu'il ne peut pas les prendre durant sa mission. Entre deux missions, il peut, sous certaines conditions, se voir indemnisé par les Assedic.
En intérim, on peut occuper plusieurs fois le même posteFAUX. Comme pour les CDD, on ne peut excéder deux contrats consécutifs pour un même poste. En outre, leur durée cumulée ne peut dépasser dix-huit mois. En théorie, la règle dite du tiers temps doit être respectée. Par exemple, après un premier contrat d'un mois suivi d'un deuxième de deux mois, l'intérimaire doit attendre un mois avant de se voir proposer une nouvelle mission pour le même poste. Souvent, cependant, le poste change simplement d'intitulé - une pratique illégale, qui favorise la multiplication des contrats courts.
Une SSII peut être poursuivie pour prêt illicite de main-d'oeuvre et délit de marchandageVRAI. Ces pratiques sont interdites par les articles L. 125-1 et L. 125-3 du code du travail. Seules les sociétés d'intérim sont autorisées à prêter du personnel. Une SSII doit accompagner toute délégation de personnel d'une réelle valeur ajoutée. Et toujours encadrer hiérarchiquement les collaborateurs présents chez le client. En l'absence de liens de subordination, et s'il est démontré qu'il serait plus avantageux pour eux d'être embauchés en direct, la SSII et le client peuvent être poursuivis pour délit de marchandage.
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