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[ DROIT ]
Le fantôme de la licence globale revient hanter les sénateurs
Le projet de loi DADVSI est examiné ce jeudi 4 mai par les sénateurs. Un amendement centriste propose d'assujettir les FAI à la rémunération sur la copie privée au titre des téléchargements effectués par leurs abonnés.

Philippe Crouzillacq , 01net., le 03/05/2006 à 20h30

Après son adoption par les députés, le projet de loi sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de l'information (DADVSI) sera examiné à partir du 4 mai par les sénateurs. A quelques heures de la reprise des débats et de l'examen des amendements déposés, toutes les parties concernées jettent leurs dernières forces dans la bataille pour tenter d'influencer les parlementaires.

L'Alliance Public-Artistes, (une organisation qui regroupe sociétés d'artistes, musiciens et interprètes, ainsi que des associations de défense des intérêts des consommateurs et des internautes) revient à la charge en faisant une dizaine de propositions au titre desquelles on retrouve « la sauvegarde de la copie privée pour tous les supports » et « la rémunération des ayants droit et de la création artistique pour les téléchargements d'oeuvres effectués actuellement de manière gratuite » par les internautes.

En clair, l'argumentaire de l'Alliance Public-Artistes ressemble à un baroud d'honneur en faveur de la fameuse « licence globale » (soit le paiement dans l'abonnement à Internet d'une somme supplémentaire pour avoir le droit au téléchargement sans crainte de sanction). Cette disposition controversée avait été, dans un premier temps, adoptée par les députés à la fin 2005, avant d'être enterrée par l'Assemblée nationale en mars 2006. Aujourd'hui, dans les travées du Sénat, l'expression « licence globale optionnelle » n'a plus officiellement droit de cité.

Malgré tout, un amendement déposé par l'Union centriste et présenté par la sénatrice de Seine-Maritime, Catherine Morin-Desailly, ainsi que par le sénateur d'Ille-et-Vilaine, Philippe Nogrix, en reprend l'esprit même. Ce texte prévoit d'assujettir les fournisseurs d'accès à Internet au paiement de la rémunération pour la copie privée. L'idée étant de « les faire participer au financement de la culture », au titre des copies privées d'oeuvres effectuées par leurs abonnés « sur tout support, quelle qu'en soit la source », donc téléchargement sur Internet compris.

Engager la responsabilité civile des éditeurs de « peer to peer »

Cette disposition inquiète fortement les représentants de l'industrie du disque, à commencer par le Snep (Syndicat national de l'édition phonographique), qui regrette de n'avoir pas pu être reçu par l'Union centriste et, donc, de ne pas avoir pu faire entendre ses arguments auprès d'une des forces politiques pivots du Sénat. Le lobbying a parfois des ratés.

Pour le reste, au Snep, le ton est à la sérénité. « A l'Assemblée nationale, certains députés ont volontairement pratiqué l'amalgame entre le droit d'auteur, les droits voisins et les droits des internautes et des consommateurs, souligne Christophe Lameignere, vice-président du Snep (et PDG de Sony-BMG France). Mais au Sénat nous repartons sur des bases saines. » « Le Sénat a fait un travail de qualité dont nous sommes globalement très satisfaits », ajoute Hervé Rony, le directeur général du Snep.

Parmi les points positifs avancés par les éditeurs de disques le fait que le respect de l'interopérabilité (la possibilité de lire sur n'importe quelle machine un CD ou une vidéo) vue par les sénateurs ne réside plus dans la possibilité de « cracker les DRM » (les systèmes de protection numériques) mais consiste à obliger les industriels à fournir les données permettant sa pleine mise en oeuvre. Le Snep salue également un amendement présenté par le sénateur UMP de la Meuse, Gérard Longuet, qui, pour « rendre applicables les sanctions contraventionnelles » concernant le téléchargement illégal d'une oeuvre sur Internet, vise à mettre en cause directement le titulaire de l'abonnement Internet pour « éviter d'alourdir la procédure avec des enquêtes parfois intrusives ».

En clair, dans une famille classique les parents seraient automatiquement désignés comme responsables des téléchargements effectués par leur progéniture. « Payer une amende, cela a une valeur à la fois pédagogique et dissuasive », estime Christophe Lameignere. Considérant qu'il reste encore quelques bastilles à prendre, le Snep fait aussi pression pour que soit engagé la responsabilité civile des systèmes de peer to peer , qui ne ferait pas le nécessaire « pour protéger les internautes de l'accès à des oeuvres », dont le téléchargement gratuit est illicite.

Voir notre blog sur l'examen par le Sénat du projet de loi DADVSI.

Deux questions à Michel Thiollière*, sénateur et rapporteur de la loi droit d'auteur

01net. : Le texte voté par les députés arrive ce 4 mai au Sénat. Y a-t-il des divergences entre les propositions du Sénat et le texte voté par l'Assemblée nationale ?

Michel Thiollière : La création d'une autorité administrative, à la place du collège des médiateurs, en est une. Une chose importante qui a provoqué le débat à l'Assemblée, c'est l'interopérabilité et les mesures de protection. Nous avons préféré dissocier les deux problèmes. La protection des mesures techniques est de toute façon dans la directive européenne. En revanche, l'interopérabilité non. D'où la création d'une autorité administrative, un peu à l'image du CSA, qui permettra dans le temps de garantir l'interopérabilité, car on sait très bien que dans l'univers numérique, tout change très vite.

En même temps, cela protégera le droit d'auteur et la propriété intellectuelle. Car il ne faut pas obliger l'industriel à dévoiler ses secrets de fabrication [le code source de ses logiciels, NDLR]. Mais si un industriel refuse de pratiquer l'interopérabilité, l'autorité administrative pourra prononcer des injonctions et des astreintes à son encontre.

Le volet des sanctions reste-t-il le même ?

Il y a toujours les 38 euros d'amende si on est un internaute ordinaire qui télécharge illégalement. Et à l'article quater, que j'ai souhaité réécrire pour des raisons juridiques, la responsabilité civile des éditeurs de logiciels [de peer to peer, NDLR] est établie lorsque, à l'évidence, il est fait commerce de l'usage illégal des logiciels.

Enfin, il y aura la mise en place d'un registre qui permettra à l'internaute de savoir si ce qu'il télécharge est une oeuvre protégée, par qui, comment, pour combien de temps, etc.

* Sénateur du groupe Rassemblement démocratique et social européen

Propos recueillis par Arnaud Devillard



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