« Il y a un réel consensus des acteurs du marché pour assurer que le WiMAX fixe possède un très faible potentiel de marché comparativement à sa déclinaison mobile », avance Rémy Prin, chef du service TIC du pays des Vals de Saintonge, mais surtout expérimentateur du WiMAX fixe, estampillé 802.16-2004. « Il y a un marché pour le 2004, essentiellement pour fournir de l'accès haut débit, poursuit Kevin Suitor, vice-président de l'équipementier Redline. Mais nous voyons clairement un marché plus étendu et stratégique lié à l'utilisation du 802.16e-2005 [WiMAX mobile, NDLR] pour fournir des services haut débit sur divers terminaux. »
Un consensus largement partagé lors du WiMAX Forum, qui s'est tenu le 21 février à Paris : tous les participants n'avaient d'yeux et de discours que pour le 802.16e-2005. Il faut dire que les promesses de débit sont prometteuses sur le papier : 30 Mbit/s. Las, la réalité est plus contrastée : le débit réel devrait suivre une pente similaire au HSDPA, 1 à 2 Mbit/s sur les pilotes aujourd'hui, en attendant sans doute d'atteindre 10 Mbit/s à moyen terme. Une revue à la baisse qui ne modère en rien les enthousiasmes sur le 802.16e-2005.
Deux raisons, technique et financière, nourrissent cet optimisme. Sur le premier plan, 802.16e-2005 utilise une modulation de fréquence de type SOFDMA, offrant une meilleure efficacité spectrale (lire l'encadré ci-dessous). Le 802.16e-2005 assure non seulement un débit nettement supérieur à celui de la technologie CDMA/TDMA utilisée en 3G, mais surtout fournit des classes de services absentes de l'UMTS. « Pour couvrir une ville comme Paris en 802.16e-2005, il faut autant de stations que pour l'UMTS. Mais un des avantages du 802.16e-2005, outre qu'une station est moins coûteuse que son homologue 3G, est que chaque cellule gère davantage d'utilisateurs, grâce à de nouveaux chipsets et à la technologie SOFDMA, qui permet d'adapter les canaux de façon dynamique », explique Bruno Potdevin, vice-président business developpement chez Alcatel.
Des PC-Card fin 2006
Sur le plan financier, les projections sont sans commune mesure avec ceux de la 3G. En effet, le postulat de départ est de fournir un accès équivalent, sinon supérieur, à celui de l'ADSL, et ce, en situation de mobilité avec une vraie garantie de service. Certes, Wi-Fi fournit déjà partiellement ce type de service, mais, comme le rappelle Bruno Potdevin, « si le Wi-Fi convient pour l'intérieur des bâtiments, le WiMAX est une révolution pour l'accès haut débit de poche. C'est une technologie native IP, contrairement à la 3G, et qui permet de diminuer le coût à l'octet » .
A titre d'exemple, les projections évaluent le coût de 90 minutes de vidéo en 802.16e-2005 à 0,05 euro. On comprend mieux dès lors l'engouement de l'industrie, avide d'augmenter le revenu moyen par utilisateur (ARPU) tout en réduisant les frais opérationnels. « Les opérateurs sont technologiquement agnostiques, ce qu'ils veulent, c'est vendre du service par tous les moyens », entérine Rudy Leser, VP marketing d'Alvarion et, pour un équipementier comme Intel, de produire un Centrino bis pour terminaux.
Reste que si les spécifications ont été ratifiées par l'IEEE en novembre 2005, la phase de tests en vue de la certification du 802.16e-2005 est longue et devrait s'achever fin 2006 ou au premier semestre 2007. « Nous avons annoncé, lors de l'IDF, les premières PC-Card en pilote pour le quatrième trimestre de cette année. Nous espérons livrer en volume au second trimestre 2007, en attendant l'intégration des chipsets dans les portables en 2008 », détaille Gilles Karolkowski, d'Intel.
Autre enjeu de taille, l'obtention des licences et le spectre des fréquences exploitables. WiMAX travaille dans les bandes des 2,5, 3,5 et 5 GHz. Plus la fréquence est basse, meilleur est le signal. Le souhait commun étant évidemment de travailler sur la bande des 2,5 GHz, réservée aujourd'hui à la 3G et jalousement protégée par les opérateurs qui l'ont payée fort cher. En France, l'Arcep étudie la fourniture de licences à 35 candidats, collectivités régionales et opérateurs, mais dans la bande des 3,5 GHz et pour une utilisation fixe : la mobilité sera, dans un premier temps, réduite à un « nomadisme fixe ».
« Cruciale, la question du WiMAX mobile sera résolue s'il y a une réelle appétence du marché. On l'a bien vu pour le Wi-Fi : Apple a sorti sa technologie Airport puis Intel ses puces, et l'armée a fini par libérer la bande des 2,4 GHz. Les fréquences sont rares. En outre, avec le passage à la TNT, il y a une réelle opportunité sur les fréquences audiovisuelles qui seront libérées » , explique Jean-François Hernandez, responsable communication de l'Arcep. En substance, si le matériel se développe et est adopté, la bande des 2,5 GHz devrait être libérée de facto. « Nous sommes optimistes sur la libération des fréquences et, de toute façon, nous pouvons opérer dans la bande de 3,4 à 3,8 GHz. Le Royaume-Uni et la Suède pensent déjà à libérer la bande des 2,5 GHz. Il n'y a pas de raisons que les autres ne suivent pas », spécule Gilles Karolkowski. Pour chacun la cause est entendue : la dynamique du marché est lancée.
La principale différence entre ces deux standards, incompatibles entre eux, se situe au niveau de la couche physique (PHY). Les premières générations d'équipements 802.16d exploitent l'OFDM et FFT 256, pour laquelle le signal est transmis sur une bande de fréquences divisée en 256 sous-porteuses. Le signal transmis est alors découpé en 256 morceaux. Avec la modulation OFDMA (OFDM Access), le multiplexage en fréquence permet d'augmenter le nombre de sous-porteuses à 2048, ce qui réduit les interférences et augmente le débit.
Avec le SOFDMA, 802.16e-2005 apporte de la souplesse à l'OFDMA : le nombre de sous-porteuses varie selon la bande passante disponible pour l'utilisateur, permettant une transmission plus efficace du signal. Autres avantages, une nouvelle technique de correction d'erreurs H-ARQ (hybrid automatic repeat request). A noter que la 3G va évoluer vers l'OFDMA, maintenant que les fondeurs proposent les composants adéquats.
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L'une des fonctions qu'apporte le WiMAX mobile, ou 802.16e-2005, est la possibilité de rester connecté en déplacement, grâce au hand-over, à condition toutefois que la vitesse n'excède pas 120 km/h. Il est donc bien adapté pour un accès haut débit personnel, mais le hand-over pour le WiMAX est, pour l'instant, interdit en France, comme dans la plupart des pays d'Europe.
Le WiMAX fixe, ou 802.16-2004, permet une connexion sans fil entre une station de base reliée à Internet par voix filaire et des utilisateurs situés dans un bâtiment équipé d'une antenne. Le WiMAX fixe est typiquement déployé pour les zones rurales. C'est pour cette version du WiMAX que l'Arcep procède à l'attribution des licences.
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