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Ne dites surtout pas aux autorités chinoises que l'accès à Internet relève de la liberté d'expression, elles vous répondraient que c'est avant tout une affaire... de typographie. Depuis le 1 er mars, Pékin vient en effet de déployer un nouveau mode d'accès à Internet pour ses citoyens. Les internautes chinois peuvent désormais taper une adresse Internet dans un navigateur en utilisant des idéogrammes et non des caractères romains.
Une solution confortable pour tous les internautes de l'Empire du Milieu qui ne maîtrisent pas cette typographie. Mais une solution qui s'accompagne d'une restriction de liberté de navigation sur le réseau mondial supplémentaire. Car, au lieu d'accéder en direct à Internet, ces internautes seront redirigés automatiquement vers un intranet géant dont toutes les adresses se terminent par un « .cn », le suffixe Internet de la Chine.
En clair, les autorités de Pékin ont décidé de créer des sous-noms de domaine, du type « .com.cn », « .net.cn », le suffixe « .cn » n'apparaissant pas in fine dans la fenêtre du navigateur. Ainsi, tout internaute chinois utilisant les idéogrammes restera cantonné sur ce sous-réseau, déconnecté de la Toile et directement contrôlé par Pékin. En tapant son adresse, l'internaute arrivera donc en réalité sur une version chinoise du site en question, sous la coupe des autorités.
Une information parue dans la version en ligne du Quotidien du Peuple, l'organe de presse officiel du Comité central du Parti communiste chinois, mardi 28 février, avait pu laisser penser que la Chine avait décidé de lancer un nouveau suffixe national, pour s'affranchir définitivement de la gestion des noms de domaine Internet par l'Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) et plus avant par le gouvernement américain. Mais il n'en est rien, en réalité.
Une première étape ?
« Nous ne sommes pas en face d'un début de balkanisation d'Internet, comme nous aurions pu le croire, car la Chine n'a pas intérêt à se couper d'Internet, affirme Julien Pain, responsable du bureau Internet et Liberté à l'association Reporters sans frontières (RSF). En pratique, l'administration d'Internet demeure dans les mains de l'Icann. Cependant, cette initiative appelle une réplique de l'organisme qui depuis des années, et pour des motifs avant tout politiques, ne progresse pas de manière significative dans l'ouverture de l'adresse Internet à des caractères spécifiques (idéogrammes...) au niveau des noms de domaine de premier niveau. »
Ce nouvel aiguillage mis en place par Pékin, via des FAI aux ordres, va permettre de contrôler un peu plus les activités politiques à l'intérieur du pays et les habitudes de navigation du citoyen lambda. En revanche, les internautes du reste du monde qui souhaiteraient accéder à des sites chinois ne sont pas du tout concernés par cette initiative. Tout comme les Chinois qui continueront d'aller sur la Toile en passant par les caractères romains.
« Mais ce projet est peut-être une première étape, explique Loïc Damilaville, adjoint au directeur général de l'Afnic, l'organisme qui gère le « .fr » pour la France. Car à l'avenir, sur cette base on peut tout à fait imaginer que le gouvernement chinois, via les FAI, décide de qui ou de quelle région du pays (Hong-Kong, Shanghai, Pékin...) pourrait ou non accéder à Internet tel que nous le connaissons aujourd'hui. »
Pour l'heure, selon le Quotidien du Peuple, les premiers sites qui viendront gonfler les rangs de ce nouvel intranet géant seront des site officiels des différentes provinces, des sites d'université, mais aussi des sites militaires, qui ne seront plus accessibles à partir de l'Internet classique.
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