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[ ÉCHANGE DE FICHIERS ]
Coup de filet sur un serveur peer to peer à l'ancienne
Les autorités belges et suisses ont saisi hier, mardi 21 février, le célèbre serveur Razorback2 du réseau eDonkey/eMule.

Guillaume Deleurence , 01net., le 22/02/2006 à 19h01

Il s'agissait sans doute du plus célèbre couple de serveurs sur le réseau d'échange de fichiers eDonkey/eMule. Les deux Razorback2 (2.0 et 2.1) ont été déconnectés et saisis, hier, par les autorités fédérales belges, à Zaventem, près de Bruxelles. En Suisse, leurs homologues ont, de leur côté, emmené et entendu un des responsables de l'association Razorback2 et fouillé son domicile.

Ce coup de filet, dans le cadre d'une enquête dont on ignore encore l'origine, n'aura en tout cas pas mis longtemps à être applaudi par la Motion Picture Association of America, qui représente les grands studios de cinéma américain, les majors.

Selon elle, dans un communiqué, cette attaque contre Razorback2 est une « victoire majeure » dans la lutte contre « les fichiers illégaux qui circulent sur Internet via les réseaux peer-to-peer ». L'organisme va même jusqu'à évoquer la fin d'une « menace pour la société », considérant que Razorback2 donnait aussi accès à des fichiers dangereux (pédophilie, fabrication de bombes...).

La MPAA rappelle que, depuis novembre 2004, les « autorités ont fermé les principaux serveurs eDonkey aux Etats-Unis et en Europe ». La société MetaMachine, qui éditait le logiciel eDonkey, a d'ailleurs jeté l'éponge en septembre dernier.

Pour les adeptes du peer to peer, la fin de Razorback2 est surtout un coup médiatique, plus qu'un coup de poignard. « Sa fermeture ne changera absolument rien, comme les précédentes actions. L'impact sur le peer to peer sera nul », estime Guillaume Champeau, responsable du site Ratiatum.

« Un mythe, donc une cible privilégiée »

Pourquoi ? Il explique que « Razorback ne servait que d'intermédiaire technique, et que ce rôle d'intermédiaire a été rendu totalement caduc par l'ajout sur tous les clients eDonkey et eMule d'une surcouche entièrement décentralisée et autonome », appelée Kadmelia, ou Kad. Plus besoin alors pour le nouvel eMule de serveur centralisé.

Razorback, dans son rôle de super index indiquant où trouver des fichiers, apparaissait surtout comme un vestige d'une époque révolue. « Razorback est un mythe (...) c'était donc une cible privilégiée », résume un internaute sur le forum du site eMule inside. Voire une des dernières cibles possibles.

En effet, si du côté de la SPPF (Société civile de producteurs de phonogrammes), on reconnaît que cette fermeture est « une bonne nouvelle en soi », on admet vite que les réseaux de peer to peer nouvelle génération - comme Mute ou AntsP2P - représenteront des cibles bien plus ardues à atteindre. S'attaquer à des architectures sans tête, qui recourent au cryptage et à des sites miroirs, sera une autre affaire.

Selon Guillaume Champeau, cette fermeture a même touché, au final, un des rares serveurs à permettre la distribution du contenu légal : freewares, sharewares, de la musique libre (Jamendo par exemple) ou encore des livres scannés libres de droit. Razorback servait même au projet de recherche sur le génome humain Folding@home.

Mais les serveurs de l'association faisaient aussi office de porte d'entrée aux échanges de fichiers sous copyright, qui constituent encore aujourd'hui le coeur de l'activité d'eMule. Un mélange des rôles qui a visiblement déplu aux autorités belges et suisses.

Les sites spécialisés rassurent

La fermeture de Razorback a forcément ému la communauté eDonkey/eMule. La plupart des sites spécialisés se sont empressés de « rassurer » les fans de ce réseau sur les conséquences possibles de la saisie des serveurs. En théorie, les autorités auraient pu s'en servir pour retrouver les internautes adeptes des échanges illégaux de fichiers.

« Toutes les données nécessaires au bon fonctionnement de Razorback étaient stockées en mémoire vive, et ont donc été perdues lors de la saisie. C'est ce que nous assure une source proche de Razorback », indique Ratiatum.

De son côté, Open-files invite les internautes à se méfier : « De faux serveurs Razorback (certains étaient déjà présents) font surface, y compris un faux Razorback 2.0. On se doute déjà qu'ils sont là pour pister les internautes. »

L'avant-projet de loi français sur le droit d'auteur prévoit actuellement une amende de 38 euros en cas de téléchargement illégal.



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