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[ STRATÉGIE ]
SGBD : l'open source stimule le marché
Oracle, Sybase et Microsoft ont dévoilé la nouvelle version de leur système de gestion de base de données et font face à des concurrents venus du Libre.

Alain Clapaud , 01 Réseaux (n° 156), le 25/01/2006 à 07h00

Loin des batailles marketing et commerciale que se livrent Oracle, Microsoft et IBM, les bases de données open source MySQL 5, PostgreSQL 8.1 ou encore l'étoile montante Firebird montent en puissance. Une menace qui n'a échappé à aucun des grands éditeurs de systèmes de gestion de base de donnéees (SGBD), chacun ayant bâti sa propre stratégie.

« Nous ne visons pas les parts de marché de tel ou tel éditeur, se défend Michael Carney, responsable du développement de MySQL en France. Nous cherchons à développer la meilleure base de données possible en fonction de ce que nos utilisateurs nous demandent, pour leur offrir un produit de qualité que bien souvent ils ne pourraient pas se payer chez un éditeur commercial. Nous sommes en quelque sorte le Volkswagen ou l'Ikéa du SGBD ! »

Au-delà du clin d'oeil, ces solutions open source ont gagné en maturité. MySQL 5 bénéficie enfin de procédures stockées, de déclencheurs (triggers) et de la gestion de vues. Le SGBD dispose aussi de la technologie de distribution des transactions XA et va bénéficier sous peu d'une évolution importante de MySQL Network, son outil d'administration. De son côté, PostgreSQL n'est pas en reste. Sa version 8, enfin disponible en mode natif sous Windows, implémente les table spaces pour distribuer une base sur de multiples disques, la solution de réplication Slony-I et un connecteur Microsoft.NET. La toute dernière évolution, 8.1, introduit à son tour la gestion des droits des utilisateurs par rôle ou encore le 2-phase commit, un mode de validation des données nécessaire en environnement distribué.

Cette technologie a visiblement séduit Sun Microsystems, puisque le californien a annoncé non seulement la distribution de PostgreSQL avec Solaris 10, mais aussi une maintenance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Face à cette montée en puissance, tous les grands éditeurs ont réagi en proposant, sur le marché, des déclinaisons gratuites de leur logiciel vedette. IBM, Sybase, Oracle puis Microsoft ont lancé des versions bridées en nombre de processeurs, d'enregistrements ou d'espace mémoire. « Cela prouve bien qu'on leur met une certaine pression, ironise François Suter, contact régional de la communauté PostgreSQL. Mais attention aux limitations que présentent ces versions gratuites. Nous avons nous aussi une offre gratuite, mais sans limites ! »

Microsoft, pris entre deux feux

Aucun de ces éditeurs ne veut tracer une croix sur le marché colossal des PME, sensible aux coûts et qui, de ce fait, est particulièrement réceptif aux promesses de l' open source. Dans une étude récente faite sur 625 entreprises d'Europe de l'Ouest de plus de cent personnes, IDC a dénombré des machines sous Linux dans un quart des entreprises interrogées. Plus sur prenant encore, elles étaient un tiers à déclarer avoir procédé à un déploiement significatif d'une base de données open source.

Si Oracle est traditionnellement bien implanté chez les grands comptes, Microsoft est l'acteur le plus actif sur ce marché de volume. C'est également celui qui a le plus à craindre de l'essor des bases de données venues de l'open source. Le lancement de SQL Server 2005, voici quelques semaines, a semblé toutefois délivrer le message inverse. Totalement impliqué dans sa conquête de parts de marché face à IBM et Oracle, Microsoft a axé son lancement sur les capacités analytiques de son SGBD, sur sa montée en charge et son imbrication forte avec sa plate-forme .NET et son outil de développement Visual Studio. Beaucoup de fonctionnalités supplémentaires qui ne seront pas neutres pour les clients, puisque le Gartner estime à 25 % la hausse des coûts de licences de SQL Server par rapport à sa version 2000.

Sans surprise, Microsoft a ainsi dû se résoudre à décliner son offre en version gratuite. SQL Server 2005 Express Edition est une base de données gratuite qui s'appuie sur le moteur de SQL Server, mais qui est volontairement bridé à 4 Go de données et 1 Go de mémoire vive. Le géant du logiciel espère ainsi convaincre les éditeurs indépendants et les développeurs de se rallier à sa solution en espérant que ses entreprises clientes atteignent rapidement les limites de la version bridée et adoptent une démarche générant des frais de licences.

Face à cette double concurrence, IBM a retenu une stratégie bien plus évoluée. L'américain s'est appuyé sur Cloudscape, base de données Java acquise lors de la prise de contrôle d'Informix en 2001. En 2004, il a offert le code source de Cloudscape à la fondation Apache qui en a fait le projet Apache Derby en juillet dernier.

IBM, sur tous les fronts

Cette base de données d'entrée de gamme est tout particulièrement bien placée pour contrer la plate-forme Lamp (Linux, Apache, MySQL, PHP), si populaire sur le Web. IBM s'est ainsi rapproché de Zend Technologies, éditeur spécialisé dans les technologies PHP.

Outre le ralliement de ce dernier au consortium Eclipse, cet accord permet à IBM d'annoncer que la prochaine version de DB2 (nom de code Viper) sera dotée de Zend Core, le moteur d'exécution de PHP. En surfant sur la mode PHP, il espère rallier les aficionados de Lamp qui, en prenant du galon dans les grandes entreprises, pourraient se tourner vers sa base de données DB2. Par ailleurs, Big Blue dispose bien d'une offre allégée dans sa gamme DB2 Universal Database, facturée à partir de 633 euros. Mais franchira-t-il le pas et proposera-t-il sa version Express gratuitement ? Rien n'est encore arrêté.

Oracle, le spécialiste emblématique du SGBD, n'est pas resté l'arme au pied devant la vague marketing soulevée par le mouvement open source. Tout comme Microsoft, l'éditeur a dévoilé une version Express de son produit vedette, une version gratuite qui a pour mission de batailler dans l'entrée de gamme. Oracle Database 10g Express Edition (XE) reprend quasi point par point les limitations de SQL Server 2005 : monoprocesseur, 1 Go de mémoire et 4 Go de disque. La même cible est également visée : étudiants, administrateurs de base de données, développeurs d'applications ainsi que les éditeurs de logiciels indépendants et les vendeurs de matériels.

Oracle rachète InnoDB, un composant de MySQL

Karim Mokhnachi, directeur marketing chez Oracle France, relativise toutefois l'impact des solutions open source dans ses comptes : « S'il y a une vraie adoption de Linux par le marché - nous nous appuyons sur Linux pour nos développements internes -, l'impact de MySQL reste faible. Les clients doutent toujours quant à la fiabilité et aux capacités de monter en puissance de cette solution. Il nous arrive d'être confrontés à l'open source sur des appels d'offres du secteur public, mais nous restons le numéro un sur ce secteur. » Ce lancement d'Oracle Database XE a précédé de quelques semaines seulement le rachat du finlandais Innobase, éditeur du moteur de stockage transactionnel InnoDB que l'on retrouve, parmi d'autres, dans MySQL.

Cette prise de contrôle n'a pas été sans soulever quelques craintes dans la communauté d'utilisateurs MySQL : le prédateur n'allait-il pas saborder de l'intérieur une technologie qui permettait de faire jeu égal avec son SGBD en termes de performances ? Si, pour l'heure, rien n'a filtré sur les conséquences de cette acquisition, les analystes du Gartner écartent, a priori, l'hypothèse de l'arrêt pur et simple des activités d'Innobase. InnoDB étant sous licence GPL, personne, y compris Oracle, ne pourra empêcher un groupe de développeurs de créer un fork d'InnoDB, c'est-à-dire de lancer un nouveau projet sur la base des sources d'InnoDB.

Les analystes estiment plus probable une prise de contrôle d'InnoDB puis de MySQL pour freiner et ensuite arrêter le plus crédible de ses concurrents issus du monde libre. Toutefois, l'hypothèse qui retient les faveurs des analystes du Gartner est la possibilité pour Oracle de commercialiser une base de données légère à destination de la communauté open source, sans entrer en concurrence avec sa base installée. Un scénario proche de ce que réalise IBM avec son tandem DB2 Universal Database Express et Apache Derby, ex Cloudscape.

Que feront les grandes entreprises ?

La bataille est âpre entre les éditeurs américains et les communautés open source dans la conquête des PME. Mais MySQL et PostgreSQL sont-ils capables de tenir la dragée haute aux solutions logicielles défendues par ces éditeurs auprès des grands comptes ? MySQL peut d'ores et déjà se targuer de prestigieuses références, à commencer par les universités, centres de recherche, la Nasa ainsi qu'Airbus, DaimlerChrysler et la RATP. PostgreSQL peut annoncer BASF, mais le positionnement de leurs concurrents commerciaux est radicalement différent. Plus qu'un simple SGBD, ceux-ci proposent désormais de véritables suites logicielles qui dépassent très largement le cadre de la base de données elle-même.

« Notre objectif est de développer la meilleure base possible et pas une plate-forme applicative complète, se défend François Suter. Un certain nombre d'extensions gravite autour de PostgreSQL, mais chacune d'entre elles s'appuie sur son propre groupe de développeurs indépendants. Il ne faut pas s'attendre à disposer d'un package entier qui s'installe d'un seul coup. » Michael Carney complète : « De telles plates-formes existent dans le monde open source. Regardez le succès de Lamp ! C'est une architecture complète qui a été aujourd'hui retenue par plusieurs banques françaises. Les éditeurs ont tendance à oublier que l'open source, ce n'est pas seulement réduire à zéro les coûts de licence, c'est aussi se libérer de l'emprise des éditeurs, se fixer sur un timing client et non plus sur celui d'un éditeur. »

Si vous êtes pressé...

Les systèmes de gestion de bases de données open source ont gagné en maturité et proposent désormais performances et fiabilité.

Les offres de support et d'intégration de ces solutions répondent mieux aux attentes des entreprises.

Tout en soulignant que les frais d'acquisition ne constituent qu'une part du coût d'exploitation (ou TCO), les éditeurs commerciaux ont tous ajouté une version gratuite à leur catalogue. Des versions qui sont néanmoins bridées dans l'espoir d'amener les entreprises à payer pour acquérir une version plus complète...


Un marché très largement dominé par IBM et Oracle

En valeur, l'impact de l'open source sur le marché mondial des SGBD n'est pas significatif. IBM reste le numéro un du marché en dépit de la chute des ventes d'Informix alors qu'Oracle devance toujours Microsoft malgré la croissance de 18 % affichée par ce dernier en 2004. La plate-forme Linux reste encore modeste sur ce marché, représentant 654,8 millions de dollars de déploiement contre 3,1 milliards de dollars pour Windows.

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Microsoft et l'open source, les plus populaires chez les développeurs

Une étude quantitative réalisée par Evans Data auprès de quatre cent trente développeurs dans les entreprises de mille personnes et plus témoigne de la montée en puissance des solutions open source auprès de cette population. MySQL et Firebird devancent Oracle et IBM, les leaders du marché. Ces développeurs, en montant en compétence sur ces solutions, représentent une menace que les deux éditeurs ont bien comprise. Ils ont contre-attaqué avec des déclinaisons gratuites de leurs offres.

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Ils ont dit...

Peter O'Kelly (analyste chez Burton Group) : « Les entreprises recherchent des plates-formes complètes »

Les bases de données open source connaîtront quelques succès sur le marché des PME, mais pas suffisamment pour déstabiliser SQL Server. Beaucoup d'entreprises recherchent maintenant des plates-formes complètes plutôt que des offres spécialisées issues de multiples vendeurs et qui fonctionnent, ou pas, entre elles.

IBM, Microsoft et Oracle, tous ont maintenant des suites très compétitives et bien intégrées, souvent avec un avantage de coût significatif par rapport aux solutions spécialisées. L'implacable compétition entre les trois éditeurs continuera de rendre difficile le décollage des initiatives open source.



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