Peut-être lassée d'attendre un hypothétique accord avec le monde de l'édition française sur la numérisation de leurs catalogues, la société californienne a décidé de procéder, sans les autorisations préalables nécessaires, à la numérisation de plusieurs centaines d'extraits d'ouvrages des fonds de Gallimard, Grasset, Hachette ou bien encore Fayard. Parmi les auteurs concernés : Albert Camus, Paul Valéry, André Malraux, André Gide ou André Breton.
L'affaire, révélée dans son dernier numéro par la publication professionnelle Livres Hebdo, fait grand bruit dans le landerneau de l'édition. Face à cette initiative qui ressemble à s'y méprendre à une contrefaçon, une maison comme Hachette « privilégie pour l'heure une réponse qui rassemble l'ensemble des voix des éditeurs [c'est-à-dire une réaction interprofessionnelle, NDLR] », commente Valérie Bignon chez Hachette Livre.
« Les éditeurs ont été totalement pris de court, explique Hervé Hugueny, chef des informations à Livres Hebdo. Avec la numérisation des ouvrages, façon Google, nous sommes en présence d'un phénomène mondial. Comme tout nouveau venu dans l'Histoire, les responsables de Google avancent dans un domaine inexploré, ils défrichent. Le seul problème, c'est qu'ils ont décidé d'ouvrir une brèche au bulldozer! »
Des soucis également aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis, si les velléités de numérisation de Google ont reçu le soutien de petits éditeurs, souvent universitaires, en quête de visibilité, le géant américain a essuyé à l'automne dernier les foudres judiciaires de l'Association des éditeurs américains (qui représente, entre autres, les intérêts de grands noms comme Pearson, Simon & Schuster ou Penguin). L'affaire suit son cours, mais Google n'a pas pour autant arrêté de numériser les livres. « Ils estiment même être dans leur bon droit et, avec leur bataillon d'avocats, ont déjà préparé leur argumentaire », souligne Hervé Hugueny.
En clair Google, dont la capitalisation boursière est aujourd'hui plus que confortable, serait décidé à aller au clash quoi qu'il en coûte. Pour numériser, la société américaine a retenu deux techniques. D'un côté, les accords et les contrats passés avec certains éditeurs et, de l'autre, une numérisation à grande vitesse via les fonds universitaires américains, agrémentée d'un principe : « qui ne dit mot consent » . Une pilule difficile à avaler pour les éditeurs français qui ont fait du respect du droit d'auteur la pierre angulaire de la protection des oeuvres littéraires.
« Les éditeurs et les auteurs ont un intérêt commun à réglementer l'accès aux oeuvres, notamment dans le cadre de la numérisation », explique Brice Amor, directeur du service juridique des éditions Gallimard.
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