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Cet article est extrait de : 01 Informatique

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Que sont devenus les enfants de l'Inria ?
L'institut de recherche français bénéficie d'une aura mondialement reconnue en mathématiques appliquées au calcul numérique, à la simulation et à l'optimisation.

Eliane Kan et Erick Haehnsen , 01 Informatique, le 15/09/2005 à 17h00

C'est sur ce créneau qu'ont éclos sa première start up, Simulog, et son fleuron, Ilog, avec ses 115 M$ de CA.

Dans l'informatique embarquée, ses jeunes pousses héritent de technologies exclusives au plan mondial - tels les langages synchrones.

Dans l'imagerie, le salut viendra peut-être d'applications utilitaires comme la vidéosurveillance.

L'Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria) est une mine d'or. Après 38 ans d'existence, son bilan est flatteur : issus de la recherche académique, 175 brevets sont encore actifs et nombre de logiciels libres sont tirés de ses travaux, dont le célèbre Sci-Lab pour le calcul scientifique. L'institut a aussi beaucoup essaimé. Depuis 1984, 80 start up ont été créées, dont la moitié est encore en activité. Qui sont-elles ? Deux sont vraiment sorties du lot. Kelkoo, qui s'est vendu à Yahoo pour 475 millions d'euros, et Ilog, le spécialiste mondial du moteur de règles. Ce dernier est même la seule société issue de l'Inria à avoir franchi la barre des 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Beaucoup d'autres peinent à atteindre le million d'euros. Bref, le modèle de start up « made in France » n'accouche pas de géants. Cela n'empêche pas nos jeunes pousses d'exercer une influence technologique considérable dans nombre de secteurs stratégiques de l'économie. Revue de détail dans trois pôles d'excellence.

L'héritage : calcul, simulation, optimisation

« La France génère 7 % des mathématiciens de la planète », assure Gilles Kahn, président de l'Inria. « D'ailleurs, ce sont des mathématiciens qui, il y a trente ans, fondèrent l'informatique française », ajoute Albert Benveniste, chef de projet à l'Inria de Rennes. Cette excellence académique a influencé le pôle calcul, simulation et optimisation de l'Inria. Notamment dans l'univers de la conception d'objets manufacturiers. A cet égard, rappelons que deux des plus grands logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO) - Catia, de Dassault Systèmes, et feu Euclid - sont d'origine française. Dans leur sillage, l'Inria a cogité sur la simulation en intégrant à la CAO du calcul par éléments finis. « Ce créneau s'est vite saturé, raconte Alain Dervieux, chercheur à l'Inria de Sophia-Antipolis. Les industriels réclamaient de manipuler en plus la mécanique des fluides. »

D'où la création, en 1984, de la première start up de l'Inria, Simulog. « Le choix était le suivant : faire de l'édition logicielle, activité gourmande en capitaux, ou vendre du service », poursuit Alain Dervieux. La seconde option a été retenue, mais l'aventure a tout de même tourné court. Simulog a été revendu à une société d'ingénierie. « Son créneau commercial n'était pas le bon », reconnaît Pierre Haren, le PDG d'Ilog. De son côté, il a senti très tôt la nécessité de changer de langage de programmation. « Au début, nous utilisions Lisp. Puis, grâce à un de nos ingénieurs qui a travaillé le week-end, nous sommes passés au C++, à Java et maintenant à C#. » Une stratégie payante : Ilog est le fleuron des start up de l'Inria, avec 650 employés et un chiffre d'affaires de 115 millions de dollars.

Toutefois, Simulog ne se révélera pas un échec complet. La jeune pousse en a engendré d'autres. Distene, née en 2004, a racheté et développé ses outils d'intégration du calcul numérique (éléments finis et mécanique des fluides) pour la simulation. Sa cible : les grands éditeurs de CAO ou de simulation numérique. Pour développer son activité (1,2 million d'euros), la société se lance, dans le cadre d'un des nouveaux pôles de compétitivité, dans une activité de recherche menée sous forme de service auprès des industriels prescripteurs des éditeurs. « Le potentiel de ce marché ne dépassera pas les 10 millions d'euros. En revanche, il nous aidera à financer des recherches pour élargir notre offre logicielle », annonce Laurent Anné, directeur commercial et cofondateur de Distene.

Forte position de la France dans les langages

Autre point fort de l'Inria, les langages synchrones de programmation qui automatisent, de manière sûre, des systèmes physiques complexes (robots industriels, avions, trains, automobiles) constitués d'organes fonctionnant en parallèle. « Ils se comportent comme si l'on décrivait les programmes informatiques avec des équations physiques, précise Albert Benveniste. Ils facilitent la certification des objectifs de sécurité des systèmes. » Un respect de la sécurité physique impossible à obtenir avec les langages généralistes de programmation. Sur ce terrain, la France se défend bien. Au plan académique, elle accapare la moitié de la contribution mondiale. Et quant au plan technologique, elle détient trois langages majeurs depuis les années 80.

Tout d'abord, le langage Lustre (du laboratoire Verimag, à Grenoble) qu'utilise l'avionneur Airbus pour la spécification formelle de commandes de vol. Sa version industrielle, dénommée Scade, génère automatiquement du code à partir de la spécification. Quant à Sildex, la version de Signal (Inria, Irisa) commercialisée par TNI-Valiosys, Snecma l'a adoptée pour concevoir ses moteurs. Pour sa part, le plus ancien langage synchrone, Esterel (Ecole des mines de Paris, Inria), a fait l'objet de la création, en 2000, d'Esterel Technologies, qui le vend pour la conception et la validation formelle des circuits intégrés. C'est l'autre spin off de Simulog.

Cette nouvelle société, qui a également inscrit Scade à son catalogue, n'a cessé de faire évoluer ces technologies. Le succès est au rendez-vous : l'entreprise affiche une croissance de 50 % par an et devrait enfin trouver son point d'équilibre cette année. « Nous sommes implantés notamment en Chine et aux Etats-Unis », précise Jean-François Baggioni, vice-président d'Esterel. Les investisseurs, qui ont apporté 25 millions d'euros, envisagent une introduction en Bourse d'ici deux à trois ans.

Les succès de l'informatique embarquée

Une chose est sûre, l'informatique embarquée suscite les plus vifs appétits. Particulièrement à propos des logiciels de tests. C'est ainsi qu'Alain Deutsch a fondé, en 1999, la société Polyspace Technologies avec son PDG Daniel Pilaud, pour y développer un correcteur de bogues. Aujourd'hui, leurs outils de tests sont diffusés auprès de 300 industriels de l'automobile, de l'aérospatiale et de la Défense. Ce qui les place au premier rang européen... avec 7 millions d'euros de chiffre d'affaires prévus pour 2005. « Grâce à la technologie développée à l'Inria, nous gardons une longueur d'avance », estime Daniel Pilaud, le PDG. Caps Entreprise, une autre start up du secteur, édite depuis 2002 des compilateurs qui transforment les langages de programmation en code machine afin de réduire le temps d'exécution du programme embarqué. « Nous accélérons ainsi l'Itanium d'Intel de 20 à 30 % », souligne Laurent Bertaux, le PDG. Un succès... Bien que, ici également, le chiffre d'affaires ne crève pas le plafond : 200 000 euros prévus pour cette année. « Mais nos produits sont prêts. Et nous avons levé 100 000 euros pour embaucher un commercial. Il sera mieux payé que moi », assure Laurent Bertaux.

La plupart des start up de l'Inria restent d'une taille modeste. « Leurs clients sont peu nombreux », regrette, pour sa part, Albert Benveniste. « Il n'est pas sûr que le modèle économique d'éditeur soit adapté. Car il est trop capitalistique », enchaîne Laurent Kott, directeur général au transfert technologique à l'Inria.

Un pôle image hétéroclite

Une situation qui se vérifie particulièrement dans le pôle image (visualisation, synthèse de haut niveau, analyse et diffusion). En témoigne Dominique Pouliquen, cofondateur et PDG de Realviz, un éditeur d'effets spéciaux pour la vidéo, la photo et le cinéma : « Notre problème n'est pas la technologie, mais le marketing. » Pourtant, l'image continue de fasciner les créateurs d'entreprise. Surtout dans le jeu vidéo. « C'est vrai que nous sommes un peu dingues. C'est justement ce qui attire les créateurs, reconnaît Sylvain Cunzi, gérant et directeur technique de l'éditeur de jeux Coyotte Software, né cette année. Mais il suffit d'un seul jeu à succès pour vraiment décoller. » Cela fait rêver...

Le succès viendra peut-être d'applications moins ludiques. C'est l'avis de Pierre de la Salle, PDG de Blue Eye Vidéo. Il applique l'analyse de comportements à la vidéosurveillance dans les villes, les transports en commun et pour le trafic routier. « Nous développons un logiciel qui analyse les images vidéo provenant d'une caméra intelligente. » Lauréate du Concours national de la recherche 2003 (Anvar, ministère de la Recherche), où elle a reçu 170 000 euros, et 400 000 euros de Vitec Multimédia, un fabricant de cartes de compression professionnelles. Bleu Eye Video a pu embaucher huit personnes, et racheter le fabricant de caméras intelligentes Genod. « Nous avons une stratégie produit. Et vendons essentiellement à des partenaires intégrateurs comme Alcatel, Altius, eProcess, Netceller ou Thales. On ne peut pas tout faire soi-même », note Pierre de la Salle, qui a déjà créé plusieurs start up aux Etats-Unis. Prévoyant cette année 200 000 euros de chiffre d'affaires, il compte lever 2 millions d'euros d'ici au printemps 2006. Une démarche de patron et de vendeur plus que de chercheur.

Enquête

Avec 5,631 Md€ dépensés en 2004, selon IDC, l'Etat représente 13 % du chiffre d'affaires total de l'informatique nationale.



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