La promesse du Content Delivery Network (CDN) est séduisante : optimiser les temps de réponse des applications Internet, grosses consommatrices de bande passante. Ce concept s'appuie sur une infrastructure de serveurs de cache placés au plus près de l'utilisateur pour accélérer la diffusion du contenu. Seulement, ce marché, né à l'époque où la diffusion de vidéo en ligne battait son plein, n'a pas tenu ses promesses. En 2002, IDC lui prédisait une croissance de 80 % entre 2001 et 2006. Les acteurs se bousculaient pour y entrer. Or, aujourd'hui, il ne reste qu'un seul opérateur important de CDN : Akamai. Ses principaux concurrents ont tous jeté l'éponge ou se sont fait racheter. Dernier exemple en date : Speedera, repris en mars dernier justement par Akamai. Lequel détient désormais plus des deux tiers de parts de marché, selon le cabinet d'analyses Forrester Research.
Une omniprésence qui fait la différence
Akamai doit d'abord sa survie à sa puissance : son réseau de plus de 15 000 serveurs répartis dans 80 pays est interconnecté à plus de 1200 réseaux de fournisseurs d'accès. Il la doit aussi à la diversification de ses services. En s'adaptant aux besoins du commerce électronique, des intranets et des extranets, il combine désormais savoir-faire technique et suprématie sur le réseau mondial. Quatre clients d'Akamai témoignent de l'intérêt d'un service de CDN.
SKF, le numéro un mondial de la production de roulements à billes, fait appel à Akamai pour optimiser son trafic intranet et extranet. En raison de la nature confidentielle du contenu, ce fournisseur ne souhaite pas que ses données soient stockées dans les serveurs de cache du prestataire. Pour fournir des temps de réponse acceptables à ses collaborateurs et partenaires commerciaux - notamment dans des régions mal desservies par Internet comme l'Asie, où la société réalise 13 % de son chiffre d'affaires -, SKF a retenu le service accélération de trafic. Il repose sur trois mécanismes.
Trois services pour accélerer le trafic
Le premier, « sureroute » , utilise les capacités de monitoring du réseau Internet. « Grâce aux tests que nous effectuons toutes les huit secondes chez les fournisseurs d'accès où nous sommes présents, nous disposons d'un état global du trafic, détaille Patrice Boffa, consultant chez Akamai, état sur lequel nous nous fondons pour optimiser le routage des requêtes de nos clients. » Fort de cette cartographie du trafic mondial, Akamai teste en temps réel des routes de délestage pour éviter les goulets d'étranglement, et adopte celle offrant les meilleurs temps de réponse.
Le deuxième mécanisme, dit de « l'optimisation de la fenêtre TCP », prévoit la suppression des négociations préalables à l'établissement d'une connexion entre deux serveurs. Sur l'infrastructure publique, les serveurs présents au fil de l'itinéraire d'un paquet sont tenus d'échanger, entre autres, des informations d'identification avant d'effectuer le transfert des données. Et cette opération doit se répéter chaque fois qu'un serveur est rencontré. Ce qui finit par allonger le temps de parcours. En réorientant le trafic au sein de son réseau de serveurs, qui se connaissent déjà entre eux, l'opérateur s'épargne ces négociations répétées.
Le troisième mécanisme repose sur l'anticipation des requêtes du navigateur. En temps normal, le navigateur analyse le code HTML d'une page, puis va chercher les objets un par un, les images arrivant généralement en dernier. Akamai anticipe ces requêtes successives, et transfère les objets avant que le navigateur les demande, évitant les temps de latence entre chaque transfert.
Des temps de réponse divisés par dix
« Là où télécharger une de nos pages demande généralement une vingtaine de secondes sur des régions qui ne sont pas en haut-débit, Akamai ne requiert qu'une seconde et demie », explique Richard Olivecrona, directeur du management Internet et intranet de SKF Group Business Development. Pour l'industriel, le chargement d'une page ne doit pas excéder dix secondes. Au-delà, il perdrait des clients et fâcherait ses collaborateurs distants, qui consacreraient plus de temps à attendre les informations qu'à les exploiter.
Darty, pour sa part, n'est pas soumis à des contraintes de confidentialité. Pour son site de commerce électronique, le distributeur d'électroménager utilise donc les services de cache. Mais ceux-ci n'étaient pas adaptés à son moteur de comparaison de produits en ligne, car, vu la multitude de choix proposés, la probabilité que deux utilisateurs effectuent la même demande s'avérait infime. De ce fait, la mise en cache du résultat d'une comparaison ne présentait que peu d'intérêt. Darty a donc confié à Akamai l'exécution du traitement.
Du cache pour délester sur les serveurs
La requête du moteur de comparaison s'effectue par un servlet hébergé sur les serveurs de l'opérateur, au plus près de l'utilisateur. Les données nécessaires à ce traitement (fiche produit, disponibilité, image, etc.) sont stockées dans les baies d'Akamai et mises à jour toutes les trois minutes par extraction des bases de Darty sous forme de fichiers XML. Outre de réaliser des gains en délais d'affichage, Darty se déleste ainsi d'une grosse partie du trafic sur ses serveurs, évitant le redimensionnement de son architecture interne. Ce service personnalisé répond aux mêmes mécanismes que celui du cache : déployé sur une dizaine de serveurs au départ, le servlet est par la suite automatiquement dupliqué sur de nouvelles machines en fonction de la localisation des utilisateurs.
Comme Darty, CDiscount utilise les services de cache. Mais uniquement pour les images, qui abondent sur son site de commerce électronique. Centralisées sur un serveur de la société, ces images sont appelées par une commande « include » insérée au coeur des pages, et mises en cache sur les serveurs d'Akamai au fur et à mesure des demandes des utilisateurs.
Un nouveau service de géolocalisation
Comme il peut identifier la provenance de chaque utilisateur dans un rayon de 40 kilomètres - indispensable pour orienter les utilisateurs vers le serveur de cache le plus proche -, Akamai en profite désormais pour agréger et enrichir les données recueillies par ses serveurs (débit, fréquence des visites, etc.). Il constitue un nouveau service de géolocalisation, que CDiscount vient de tester.
Insérées dans l'entête HTML, les informations sont exploitées par les serveurs HTTP de CDiscount. Le marchand en ligne s'en sert pour personnaliser le contenu des pages. « On peut prévoir des pages comportant uniquement du texte pour les utilisateurs en bas débit, des produits personnalisés, ou encore insérer des bandeaux publicitaires géolocalisés » , explique Stéphane Perrin, responsable d'exploitation de CDiscount. La personnalisation étant l'un des nerfs de la guerre du commerce électronique et de la publicité en ligne, ce service de géolocalisation constitue un atout supplémentaire. Il s'ajoute aux économies de bande passante et au service d'accélération.
L'optimisation du streaming en coeur de métier
Enfin, le tour d'horizon des services d'Akamai ne serait pas complet sans le métier de base, à savoir l'optimisation du streaming. Un service qu'Allociné utilise depuis 2001. Le contenu du site dédié à l'actualité du cinéma est entièrement mis en cache. Y compris les vidéos, pour lesquelles Akamai procède par synchronisation. Toutes les bandes-annonces des films sont dupliquées sur les serveurs du réseau Akamai, le streaming n'opérant qu'entre l'utilisateur et le serveur le plus proche de lui. Cette optimisation du trafic autorise aujourd'hui Allociné à proposer de la vidéo haute définition en plein écran. Un service qui coûte très cher, mais permet au site marchand de se détacher des contingences matérielles et techniques pour se concentrer sur son métier. « C'est un prix que nous payons volontiers. Surtout quand il se concrétise par une qualité de diffusion qui fait le succès de notre site, conclut Bertrand Stefann, PDG d'Allociné. Sans Akamai, nous n'en serions pas là. »
Historique
. Cette société basée à Cambridge (Etats-Unis) a été créée en 1998.
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Taille
. Elle compte 600 salariés et 1300 entreprises clientes, pour un chiffre d'affaires 2004 de 210 millions de dollars.
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Métier
. Cet opérateur de CDN dispose de 16 500 serveurs, répartis dans 80 pays.
D'où provient la puissance d'Akamai ?
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Akamai est fort de son statut d'indépendant et de ses capacités d'investissement. Bâtir une infrastructure de diffusion de contenu (autrement dit, une CDN) à l'échelle de la planète suppose de placer des serveurs chez tous les grands
fournisseurs d'accès. Akamai, qui n'entre pas dans les rivalités entre opérateurs, est bien placé pour négocier cette présence. Par ailleurs, le Massachusetts Institute of Technology (MIT), dont Akamai est issu, a permis, grâce à ses équipes de
recherche, de bâtir une technologie de pointe. Aujourd'hui encore, certains brevets sont détenus conjointement par les deux entités.
Existe-t-il une alternative au CDN pour optimiser le trafic ?
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Plusieurs solutions existent au niveau du réseau. Avec les technologies MPLS, les entreprises définissent des priorités de trafic en fonction du protocole. Mais la granularité qu'offre MPLS s'arrête au protocole : il s'avère
impossible de faire passer le flux encapsulé en HTTP d'un progiciel avant celui d'une autre application, par exemple. Et comme toutes les technologies de réservation de bande passante, MPLS reste tributaire du routage aléatoire d'Internet.
Peut-on bâtir son propre CDN ?
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De nombreux acteurs, tels que Cacheflow (devenu Blue Coat), Cisco, Netapp, mais également Novell, Sun et Microsoft, ont investi dans les technologies de cache afin de mettre en oeuvre des CDN. Ceux-ci restent limités au périmètre
du réseau d'entreprise et ne disposent pas des algorithmes de routage pointus, qui font aujourd'hui la force d'Akamai.
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